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CHAPITRE IX

bietla, la liacliR. Les Français disent: êlrc chaud, pour se méfier (de caulwn); juste, pour voisin; cambriole {\) r pour chambre. Ce dernier moL est, selon d'Ascoli, du provençal ancien. L'Espagnol dit milanes pour pistolet, par allusion aux anciennes fabriques de Milan; joî/os pour épée, du nom du glaive que portait le Cid.

Un reste curieux de ces archaïsmes est le mot auher pour désigner l'argent; il vient des hauberts du moyen âge qui étaient souvent faits de ce métal. Citons encore 'pelun, pour tabac, d'un ancien mot americo-espagnol.

Les voleurs anglais, écrit M. Latham, sont les conservateurs, les plus obstinés, des termes anglo-saxons: ils disent encore frow pour jeune fille, muns pour bouche.

Nous avons encore un archaïsme qui rappelle le temps des hiéroglyphes; c'est le mot si curieux de serpent pour désigner l'année. Il faut y joindre di del vecchio (jour du vieux) = samedi; mamma (mamelle) = terre; et le parmesan breviario (bréviaire), qui désigne une lettre.

(1) Dans le Supplément au dictionnaire de l'argot et dans les Note de Mayor on trouve pour le français: suader = persuader: du latin suadere, passé un français dans les seuls composés persuader, dissuader, et leurs dérivés. Répérir = trouver, retrouver: du latin reperire, Bler = aller, peut-être de irXeîv.

Carreau, est un mot qui appartient à la langue noble et à la poésie, il signifie foudre. L'usage l'a abandonné dans ce sens; mais l'argot l'a conservé en lui donnant une autre signification. Carreau, en argot, désigne un outil de fer qui sert à ouvrir ou forcer les serrures et qui a la forme de deux Z superposés; c'est à peu-près la forme adoptée dans le nioude pour représenter la foudre. Roussette — botte: noua avons en italien uose, de l'ancien houseaux, aujom-d'liui inusité. Braies n'est plus employé. L'argot a conservé braillards = caleçons. Carie = argent, de Carolus , monnaie que l'on commença à frapper sous Charles VIII.

6. — Nature et caractère de Vargot. — Ces archaïsmes doivent paraître plus surprenants encore, quand on pense à la mobilité, aux variations rapides des mots qui composent l'argot. Pour ma part, dans l'espace de quelques années à peine, j'ai vu naître et mourir à Turin et à Pavie un nombre considérable d'expressions, p. ex., gra, pour voleur; michino, pour garçon; pila, pour argent; gaffi , pour commissaire; spiga, pour route; stec, pour couteau; gian, pour soldat; piota, pour auberge; scuro, pour avocat; caviglia, pour somme de 100 francs; gamba, pour 1000; busca, pour 50; vecia, pour masturbation.

Il importe de noter la richesse extraordinaire de synonymes servant à désigner certains objets ou certaines parties d'objets qui intéressent spécialement les malfaiteurs; ce sera un moyen de mieux connaître ces derniers. Ainsi, MM. Cougnet et Righini ont trouvé 17 termes différents pour indiquer les gardes ou les carabiniers (bajoun, boutun, maso, pungolist, stravaca-olij,

7 pour indiquer les poches, et 9 pour désigner le crime de sodomie. (Archivio, ii, p. 103).

L'argot français a 44 synonymes pour exprimer l'ivresse, et, en outre, 50 pour rendre l'action de boire,

8 pour désigner le vin; cela fait en tout 72, tandis qu'il y en a seulement 19 pour l'eau et 36 pour l'argent. Les criminels ont besoin de posséder de bons yeux (et nous avons vu qu'ils ont l'orbite plus développée que le reste des hommes ); aussi les appellent-ils : ardents (1), clairs, mirettes, quinqiiets. Ils ont une tendance à animaliser, à désigner ce qui touche à l'homme par des mots s'appliquant aux bêtes: ainsi, la peau est pour eux

(l) Le rothwelsch a six synonymes d'odeur; cequi confirme l'acuité olfactive des criminels.

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