‹ L'homme criminelChapitre 217 sur 315 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

fourchette = mourir; calanclier =■ mourir; c'est un augmentatif de caler qui, en argol, veut dire ne rien faire: il signifie donc se reposer pour toujours; épouser la veuve = être guillotiné. La veuve fut d'abord la potence; c'est maintenant la guillotine: veuve, parce qu'elle perd son homme; mettre à V ombre == tuer; négociant = souteneur; paletot = cercueil; boire dans la grande tasse = se noyer; sonner = tuer, en saisissant la victime par les oreilles et lui frappant la tête contre le pavé; passer à la lunette = être guillotiné; figurant de la morgue = suicide; garde-manger = water-closet ; fumer une souche = être inhumé; mannequin de macchabées = (littéralement) panier de morts =^ corbillard; mannequin de trimballeurs de refroidis = (littéralement) panier des croquemorts = corbillard; rebouis = cadavre: de reboué = objet remis à neuf; d'où rebouiser = remettre à neuf = tuer ; manger du plomb — être tué d'un coup de feu; séchoir = cimetière; serrer la vis = le quiqui = le cou étrangler: il peut devenir réfléchi et signifier se pendre; tappe = marque au fer rouge: les enfants jouent à la tape (ils se poursuivent et celui qui, étant pris, a reçu la tape sur les épaules, doit à son tour poursuivre les autres). Or, c'était également sur les épaules que «'infligeait la marque.

11 se pourrait aussi que certaines entorses, si je puis ainsi parler, ou encore la création de certains mots, fussent, comme les tortures du tatouage, le résultat •d'un désir de nouveauté, d'un amusement destiné à ■charmer l'oisiveté des longues détentions.

H. — Contact. — Une autre part, et une part notable, doit revenir au contact que les criminels ont forcément avec des personnes étrangères à leur contrée

et!à leur nation, par suite de leur vie misérable et presque toujours nomade. Ainsi s'explique, d'un côté, le grand nombre de termes hébraïques, sanscrits, dont s'émaillent les argots anglais et tudesque; de l'autre, l'unité de l'argot italien, que n'a pu briser la diversité des dialectes.

La chose est d'autant plus probable, que les malfaiteurs, plus souvent encore que les soldats, sont transportés hors de leur province, par une excellente mesure de police.

12. — Tradition. — L'influence de la tradition, léguée de siècle en siècle, est suffisamment démontrée par les expressions curieuses que l'argot lient des temps anciens, comme arlon, lenza, etc., et les allusions à des faits historiques presque oubliés, que nous avons citées plus haut(l).

Les trois locutions passer en lunette — faire un trou à la lune — montrer le cul, employées encore par l'argot comme synonymes de faire faillite, sont empruntées à

(1) Coup de Raguse — défection. C'est une allusion à la trahison (contestée d'ailleurs par plusieurs historiens) de Marmont, duc de Raguse; Bue de Guiche = guichetier : ici l'allusion est purement phonétique. Plusieurs Guiche sont restés dans l'histoire. Ils appartiennent à la famille de Grammont; aller à la cour des aides — être adultère: c'est une allusion à une ancienne coutume juridique, bdton blanc — commissaire de police. A une certaine époque , le sergent d'armes avait pour insigne une baguette dont il touchait l'épaule de l'homme qu'il arrêtait; Waterloo — derrière.

Amiral signifie couteau et préfet cuillère, en souvenir de l'amiral Jurien de la Gravière (encore vivant) qui, étant préfet maritime de Eochefort, fit rendre aux forçats de ce bagne les couteaux et les ctiillères qu'on leur avait enlevés; «laison ôancaZ = fripot, ou, en général, maison de mauvaise renommée. L'origine de cette expression se rattache à un crime qui fit beaucoup de bruit sous la Restauration. Il en est de

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