A UN CRANE DE JEUNE FILLE
De quelque belle enfant restes froids et sans vie.
Beau crâne apprêté par mes mains, Dont j'ai sali les os et la surface blanchie
D'un tas de noms grecs et latins.
Compagnon triste et froid de mes heures d'étude,
Toi que je viens de rejeter Dans un coin, ah ! reviens tromper ma solitude.
Réponds à ma curiosité.
Dis-moi combien de fois ta bouche s'est offerte
Aux doux baisers de ton amant; Dis-moi quels jolis mots de ta bouche entr 'ouverte
Dans des heures d'égarement...
(1) Majno, Arch. di psichiatria, 1883, it, fasc. m. M, Lacassagne en fait aussi mention dans son Homme criminel, 1882.
Insensé! Tu ne peux répondre, pauvre fille;
Ta bouche est close maintenant, Et la mort, en passant, de sa triste faucille
A brisé tes charmes naissants.
Triste leçon pour nous, qui croyons que la vie
Peut durer pendant de longs jours !
Et jeunesse, et bonheur, et beauté qu'on envie,
Tout passe ainsi que les amours !
Aussi, quand, vers le soir, âpre et dur à la tache.
Je travaille silencieux, Mon esprit suit le monde et, tout inquiet, s'attache
A des pensers plus sérieux , Je rêve au temps qui passe alors, je te regarde,
Et, songeant aux coups du destin, Sur ton front nu je crois lire en tremblant : « Prends garde,
Mortel, ton tour viendra demain! ».
« Pauvres vers ! Mais , pour mauvais qu'ils soient , ils peignent fidèlement l'état de mon âme dans les moments de solitude. Dans le monde je suis aimable et gai. On me prend pour un étourdi qui se moque de tout. Mais si l'on connaissait le fond de mon caractère, si l'on savait que je ris et que je fais des jeux de mots au sortir d'une solitude où je me suis laissé aller au désespoir et aux larmes ! Si l'on savait que j'ai des sanglots au fond du cœur quand le rire s'épanouit sur mes lèvres, on ne dirait pas que je me moque de tout.
» Ma gaîté n'est qu'un masque; elle cache l'angoisse qui depuis si longtemps déchire mon cœur.
j> Ah ! si les hommes qui m'ont vu rire avaient pu me voir dans une de ces excursions solitaires , au cours desquelles je cherche les pauvres plantes que je dois étudier; s'ils m'avaient vu pleurer comme un enfant, ra'asseoir sur le revers d'une colline, au pied d'un arbre, y rester des demi heures la tête dans les mains, ils m'auraient pris pour un fou, mais ils n'auraient point