CHAPITRE XI
osé dire (style Barré), que je me de tout, du tiers
comme du quart )>.
On doit à Fallaci, outre un traité sur les allumettes, plusieurs poésies sentimentales, qu'il a composées entre ses deux assassinats.
Le faussaire Ruschovich, dans quelques pages recueillies par M. Nocito (Sloria di un condannato, 1873), dépeint d'une façon vraiment étonnante, l'âme des prisonniers.
<£ Ah! trop souvent on oublie que, en parlant des prisonniers, en faisant leur portrait, on peint des membres de la société. Tous ces corps parfois abandonnés tous, sauf des satellites chargés de leur garde, non, non, ils ne sont pas tous opaques, il y en a parmi eux 4e diaphanes et de transparents. Le sable vulgaire que vous foulez aux pieds donne un cristal brillant, après avoir passé par l'ardent creuset. La lie elle-même peut devenir utile, si l'on sait l'employer; en la foulant aux pieds, comme on le fait, avec indifférence et sans souci, on mine le sous-sol de la société et on l'emplit de volcans. Connaît-il bien la montagne, l'homme qui n'en a pas visité les cavernes ? Le sous-sol , pour être situé plus bas et plus loin de la lumière, est-il par hasard moins important que la croûte extérieure? 11 y a parmi nous des difformités et des maladies capables de faire frémir; mais depuis quand l'horreur exclue-t-elle l'étude, et la maladie éloigne-t-elle le médecin ? »
Dans une . autre lettre il écrivait , parlant de luimême: «Ah! quel tourment que l'inaction, pour l'homme qui fut toujours habitué à l'étude et au travail et qui sent vivre encore en lui-même cette activité, ce besoin <l'occupation qui anoblissent l'homme en le perfectionnant! Me tenir ainsi dans une oisiveté honteuse! Me
faire ainsi graduellement pourrir au sein de la misère ! ah ! cela afflige et débilite mon esprit, au point que je crains de perdre enfin le peu d'intelligence qui me reste. Quoi ! Toute la création est fondée sur le mouvement •et sur le travail, la nature entière a horreur de l'inertie, et le prisonnier doit faire exception à cette loi universelle? Doit-il, lui seul, comme les eaux stagnantes, se corrompre et pourrir dans sa propre fange? Doit-il seul consommer et non produire, causer du dommage sans faire rien d'utile, détruire tout autour de lui et en même temps se détruire lui-même ?
« Si les dernières statistiques sont exactes, s'il est vrai que les prisons du royaume d'Italie renferment environ quarante mille détenus, c'est l'œuvre de cent années de travail que l'on fait perdre chaque jour au trésor commun de la société. La religieuse de Cracovie criait: du pain! du pain ! Et moi, du fond de ma cellule solitaire, je fais de même entendre ma voix suppliante: du travail! donnez-moi du travail!
» Si le corps a besoin d'exercice pour se plonger ensuite avec plus de plaisir dans le sein du repos, l'esprit a besoin de converser, pour méditer ensuite avec fruit aux heures de la solitude; si nous nous en tenons à la méditation pure, nous resterons dans une indigence orgueilleuse. Dans le cerveau d'un solitaire, la pensée, rude et assauvagie, pour ainsi dire, ressemble à un aventurier vagabond qui s'applique à franchir des espaces imaginaires, et, finalement,- va périr au milieu de plages solitaires et désertes. Les pensées trop longtemps enfermées et comprimées dans l'esprit se gâtent et se corrompent, comme ces ballots de marchandises qui, entassées, fermenteraient rapidement, si