‹ L'homme criminelChapitre 255 sur 315 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Au premier abord, le lecteur éprouvera, j'en suis persuadé, une vive répugnance à accepter cette fusion. Pourquoi? '1° Parcequ'une longue suite de siècles nous a habitués à charger le coupable d'une responsabilité d'autant plus lourde, que sa faute est plus grande, et que nous sentons plus vivement le besoin de nous venger et la crainte de le laisser libre; en sorle que la terreur qu'il nous inspire sert de règle à notre appréciation. En second lieu, parcequ'on n'a connu jusqu'ici, pour arrêter le mal, d'autres moyens que la prison ou la peine capitale. En un mot, parceque le sentiment de la vengeance et celui de la peur, joints à l'habitude, qui est un de nos tyrans les plus absolus, ont longtemps modifié nos jugements du tout au tout, sans nous permettre de chercher une explication de nature différente. Moimême, comme je l'ai fait observer déjà dans ma préface, je partageais cette opinion pendant que j'écrivais les deux premières éditions de ce livre; je n'avais, même, pu m'en débarrasser entièrement quand j'ai entrepris la troisième.

Je ne pouvais détourner les yeux de l'origine du criminel-né, qui remonte presque toujours au moment de la conception, de sa diffusion tous les jours plus grande, grâce au développement de la civilisation et aux facilités que procurent les grands centres: sa bonne santé apparente, sa taille plus élevée, l'abondance plus grande des cheveux, ses passions, qui, non moins que sa physionomie, rappellent l'homme sauvage plus que l'aliéné,

Jahrg. n. 4. — Waiilberg, Ber Fall Hackler in Gesammelte kleinere Schriften, Wien, 1877. — Bannister, Chicago Journ., 1877, Oct. — Palmerini, BoNFioLi, Rivista siierim., 1877, fasc. 3 et 4, etc. — Bonvec- CHiATo, Il senso morale e la follia morale, Venise, 1883. — Dagonet, Folie morale, 1878.

la paresse surtout, et la soif de l'orgie et de la vengeance, qu'on ne voit presque jamais chez le fou; tout cela, joint à l'idée du péril social auquel me semblait pouvoir donner lieu la confusion du criminel et du fou, m'avaient persuadé, tout d'abord, que j'avais mis en lumière les différences bien plutôt que les analogies existant entre ces deux malheureuses conditions pathologiques de l'esprit. Bien mieux; — alors que tous, partisans et adversaires, étaient d'accord là dessus, moi seul, n'osais encore en convenir et m'en dire convaincu.

Mais la distinction qui s'est faite ensuite entre le criminel d'occasion et celui qui agit par habitude, la faveur universelle qu'a rencontrée ma proposition d'un asile criminel, la découverte de cas nouveaux, comme ceux de Faella, de Zerbini, de Verzeni, de Guiteau, de Sbro..., où la folie et le crime se mêlaient complèlement, rendaient impossible la distinction entre la folie morale et le crime. Et les caractères nouveaux assignés par les auteurs les plus récents, Krafft-Ebbing, HoUànder, Mendel, Magnan, à la folie morale; ceux que j'ai découverts moimême dans le criminel-né, par ex. l'anesthésie, l'analgésie, les anomalies réflexes, le mancinisme ont fait subir un changement complet à mes convictions premières.

2. — Statistique. — Une des choses qui prouvent indirectement l'identité de la folie morale et du crime, et qui en même temps nous expliquent les doutes dont les aliénistes ont été possédés jusqu'à ce jour, est l'extrême rareté de la première dans les hospices d'aliénés et sa grande fréquence, au contraire, dans les prisons.

M. Dagonet, sur 3000 fous, n'en a vu que 10 ou 12 cas. MM. Adriani à Pérouse, Palraerini à Sienne, sur 888 fous, n'en ont pas rencontré un seul. M. Raggi en

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