‹ L'homme criminelChapitre 272 sur 315 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

j\lio, GoUing, Giovanni di Âgordo, Costa, Militcllo, Palniciini, Didier, Bussi, Brienz, Ceresa, Abbado); c'est cette même proportion plus faible que M. Sommer a vcrinéc chez les fous criminels en les comparant avec les autres.

Pendant que chez les fous ordinaires, écrit-il, l'hérédité est de 30 0(0, elle n'est que de 22 0(0 chez les fous criminels; en revanche, elle est plus marquée dans les branches collatérales. Et ici, notre auteur cite des cas où l'aïeul, le père, les oncles du sujet étaient atteints de folie, et tous ses frères très-exaltés; d'autres où le grand-père, la mère et les sœurs étaient atteints de folie, le père adonné au vin, trois sœurs démentes (Beitr. zur Kennlniss des Criminal Irresein, Berlin, 4883).

L'influence directe des liqueurs alcooliques a été relevée 6 fois sur i5 par M. Campagne, qui l'a vue trois fois jointe à des excès vénériens. Nous l'avons déjà trouvée nous-mêmes et nous la trouverons bien mieux •encore plus loin dans le crime- (Vol. ii®).

M. Kraift-Ebbing parlait des méningites, des blessures à la tête, comme d'autant de causes de la folie morale; nous verrons aussi qu'elles produisent la tendance au crime, par exemple, au vol, s'il faut en croire Acrell, Morel, Gall. Rappelons ici que les coupables se rencontrent aussi souvent avec des blessures à la tête; j'en ai trouvé 7,0 0(0; Del Bruk en a compté 21 cas sur 58 sujets, et Flechs 3 sur 28.

On n'a pas oublié sans doute l'ostéoma de Faclia, du voleur de Pavie; ni les traces de méningite ou d'encéphalite trouvées sur Fusil, Prévost, Freude, Faella^ Menesclou et presque tous les grands criminels.

-Mais, plus que toute autre chose, il importe de signaler la proportion assez faible, il est vrai, mais cer-

laine, de ceux qui doivent leur folie morale ù une mauvaise éducation.

MM. Ilollander et Savage font remarquer la fréquence du mal chez les individus qui, par suite delà faiblesse ou de la négligence de leurs parents, ont manqué de frein dans leur enfance, ne se sont pas habitués à ces réserves qu'impose la loi et qui constituent la moralité de rhommc. — On peut en dire autant de certains criminels, en particulier de ceux qui vivent dans des pays barbares ou peu civilisés: de là la vendetta corse, et autres crimes de ce genre.

J'ai été longtemps chargé de traiter un jeune homme^ T..., qui confirme celte observation. Son père était un alcoolique d'humeur fort bizarre; sa mère, légèrement hystérique, avait la manie du suicide; son grand-père s'était donné la mort, ses frères étaient d'ailleurs d'une honnêteté irréprochable. Choyé par ses parents, et surtout par une femme de chambre qui l'avait pris sous sa protection et savait toujours excuser ses fautes, il se livra au vol dès sa première enfance. A peine âgé do trois ans, quand on le conduisait au marché, il prenait dans les corbeilles de l'argent, du poisson, des fruits; un peu plus tard, il dépensait en douceurs l'argent qu'il pouvait dérober à sa mère ou à la femme de chambre, et celle-ci, même lorsqu'elle s'en apercevait, ne se plaignait pas; à l'école, il prenait tout ce qui lui tombait sous la main. Ce malheureux finit par devenir un escroc émérite..

Cela se comprend d'autant mieux que, dans la première partie de ce livre, consacrée aux tendances criminelles des enfants, nous avons vu ceux-ci présenter au point do vue physiologique, un état qui ressemble fort à la folie morale; en sorte que, si le milieu où

■ CHAPITRE XllI 581

ils se trouvent n'olîre pas de circonstances favorables pour les liansibrmer moi'alcmenl et faire d'eux des lioniines lionnôlcs, ils restent tels, comme les tritons alpestres qui conservent leur nature de têtards dans Jes eaux fi'oids (1). Cet état pathologique est transformé par le temps en habitude, môme si l'individu n'a pas eu de tendance spéciale au crime, môme s'il n'a clé qu'un homme comme tous les autres. A plus forte raison en est-il ainsi, quand il porte au dedans de lui des influences héréditaires, comme ce T,.. dont je parlais plus haut. Ce fait nous explique le cas des criminels nés tels en apparence, môme quand ils n'ont aucune anomalie du crâne ou de la face (V. page 112 •cl seqq.). 11 nous explique aussi la folie morale des despotes, qu'ils soient assis sur le trône, comme la plupart •des Césars, ou qu'ils dominent dans les rues, comme Masaniello, Cola da Rienzi, Marat, comme ces tyranneaux des républiques hispano-américaines, qui, paisibles et humains quand ils vivent dans la vie privée, deviennent cruels au contact du pouvoir absolu, avec ou sans influence hérédilaire, même s'ils ne poursuivent pas un avantage particulier, même quand leur caprice seul est en jeu.

Après cela, les cas les plus importants sont ceux qu'ont signalés MM. Virgilio (2 sur 14) et Campagne (7 sur 15), frappés de folie morale après de vives impressions morales.

M. Todi parle encore d'une excellente ménagère qui, -ayant perdu subitement sa petite fdle , fut atteinte de folie morale et se sentit irrésistiblement portée à déterrer les cadavi'cs de petits enfants.

(1) Camerano, Accademia délie scienze, Tiiriu, 1884.

En ce dorniercas, l'arrêt de développement des centres psychiques avait été provoqué, comme le sont plusieurs maladies du cerveau, par des causes morales plutôt que matérielles; mais les efl'ets qui en résullèrent élaient les mômes. Il est évident qu'ici la folie morale s'enchaîne avec un groupe de crimes qui ne produisent pas de grandes anomalies: ceux qu'engendrent la passion ou une occasion imprévue (V. vol. if).

Page 1