CHAPITRE XIII
Irès-précoces à l'immoralité, continuation de celles qu'ils avaient apportées en naissant? Ces tendances congénitales sont la meilleure explication de ce qui frappe nos yeux, et nous donnent la cléf d'une telle diffusion ; car tout cela n'est, au fond, que le développement d'une maladie, d'un état physiologique.
Quelquefois il se produit une recrudescence au moment de la puberté. Plusieurs enfants, selon MM. Todi et Legrand du Saulle, paraissent tout d'abord admirablement doués pour les arts et pleins d'ardeur pour l'étude; mais, à l'apparition delà puberté, ils deviennent timides, puis se plongent dans le vice avec la même énergie qu'ils avaient apportée d'abord au travail. Ils cherchent, alors, dans de riches bénéfices, de quoi effacer l'humiliation de la gloire perdue; impatients du succès, peu fermes dans leurs jugements, ils accomplissent avec cynisme l'action la plus coupable, s'ils y voient un moyen de parvenir.
Chez d'autres, la puberté seule, sans que rien vienne s'y joindre, fait naître des tendances immorales.
Nous rappellerons à ce propos Verzeni, Lemaître, Sbro... Aucune autre cause que la puberté ne peut expliquer les penchants criminels qui se sont développés en eux, tout d'un trait, et avec tant de force.
Enfin, l'influence de la vieillesse, l'affaiblissement des forces génitales, peuvent marquer, provoquer même subitement la recrudescence de tels penchants et en donner une explication plausible. C'est le cas de Garrayo Sacaraantecas, qui, vertueux d'abord et très-honnête, s'avisa, à 40 ans, de tuer neuf femmes pour les violer, et qu'on pourrait appeler un nécrophilomaniaque (V. Archivio, ii).
L'hérédité de la folie se rencontre également ici; mais, comme nous le verrons pour les criminels-nés, en pro-
poi-lion moindre que chez les fous ordinaires. La proportion allcint, au contraire, un chiffre plus élevé, dès qu'il s'agit de parents égoïstes, vicieux ou criminels. Ainsi, M. Campagne n'a relevé l'iiérédilé de la folie que
4 fois chez la mère;
2 id. une tante;
3 id. des cousins, à propos de 15 fous moraux;
tandis que
l'égoisme lui est apparu 12 fois cliez leur père;
id. id. 13 id. mère;
l'apoplexie id. 3 id. id.
l'excès d'énergie morale lui est apparu 15 fois chez leur mère; la faiblesse d'énergie morale id. 5 id.
Si je fais la somme de ces chiffres et de ceux qui ont été relevés par moi, par Krafft-Ebbing , etc., j'arrive au résultat suivant:
Folie Alcoolis. Névrop. Crime Vices
Parents directs des fous
moraux 6 8 13 10 40
Parents collatéraux . . 17 1 11 5 i
On voit par là que l'influence héréditaire de la folie n'y est pas si forte que celle du vice et de la criminalité, — constatation déjà faite sur les criminels: — J'appellerai surtout l'attention sur Sbro..., qui est peut-être le type le plus classique de la folie morale; son grandpère avait commis un meurtre par jalousie, son oncle était un incendiaire, son père, condamné pour viol, avait tué une femme pour essayer un fusil.
Mais c'est précisément cette proportion un peu moindre que nous trouvons chez les criminels, en qui l'hérédité de la folie ne dépasse pas 22 0[0, tandis que chez les fous ordinaires elle va au delà de 50 (elle est pourtant plus élevée chez les grands coupables: Faella, Alberli,