‹ L'homme criminelChapitre 314 sur 315 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

vertu; ils volent, frappent, mentent sans la moindre appréhension. Comment nous étonner après cela si tant d'enfants laissés à l'abandon, orphelins ou enfants trouvés, se laissent aller au mal? s'ils font preuve d'une précocité effrayante dans le crime? Et nous comprenons enfin que le trait de caractère le plus odieux du coupable et du fou moral, la méchanceté sans cause, puisse èlre considérée comme une continuation de l'âge enfantine, comme un état d'enfance prolongée: et que la folie morale, aussi bien que la tendance au crime, puisse encore se manifester par le seul fait d'une mauvaise éducation qui, au lieu de mettre un frein, apporte plus de facilité aux mauvais penchants congénitaux (voir première partie, p, 125).

L'atavisme nous aide, encore, à comprendre pourquoi le châtiment a si peu d'efficacité, pourquoi l'on voit revenir avec ce caractère si singulier de constance et de périodicité un certain nombre de délits; si bien que les plus grandes variations présentées par le nombre des attentats contre les personnes (au dire de MM. A. Maury et Guerry) ne dépassent pas un vingt-cinquième, et contre les propriétés, un cinquantième (1). Et l'on peut en conclure, observe M. Maury, que nous sommes gouvernés par des lois muettes, mais qui ne tombent jamais en désuétude, et qui régissent la société avec plus d'autorité que les lois inscrites dans les codes.

Le crime, en somme, aussi bien d'après la statistique que d'après un examen anthropologique, apparaît comme un phénomène naturel; et, si nous voulons emprunter la langue des philosophes, comme un phénomène né-

(1) Maury, Mouvement moral de la société, Paris, 1860. — Voir le mémoire de Poletti, Sulla tutela ^'enaZc — au bas de mou Uomo delin- ■quente, Turin, 2' édit.

ccssaire, aussi bien que la naissance, la mort, la conception, les maladies mentales, dont il est souvent une triste variété. — Et voilà que les actes instinctivement cruels des animaux et même des plantes ne semblent plus séparés comme par un abîme (V. p. 3 à 24-) de ceux de Tbomme criminel; chaque différence va diminuant sans cesse et tend à disparaître, si bien que, dans cette forme étrange qu'on dit de méchancelé brutale du criminel, se laisse entrevoir une analogie, je dirais presque une identité, à laquelle ne songeaient certainement pas ceux qui abusaient de ce mot.

7. — Diffusion du criminel-né. — Il est bien entendu que tout ce que nous avons dit jusqu'ici s'applique à une seule classe de criminels; que si l'on s'en tient aux observations de la physionomie réunies de façon à créer un type, on arriverait à 23 0|0 de l'ensemble des criminels, avec un maximum de 36 pour les assassins, de 25 pour les voleurs et de 6 0(0 pour les bigames et les escrocs; que si l'on observe ces mêmes traits isolés, le chiffre serait bien plus fort, la mâchoire seule donnant 37 Ojo chez les hommes criminels et 36 Û|0 chez les criminelles, et l'absence de barbe 32; que si l'on s'en tient aux particularités du crâne, on arrive à 58 0|0 pour les anomalies isolées, et à 43 0(0 pour celles qui se trouvent réunies en grand nombre dans le même sujet.

Cela pour les adultes.

Chez les enfants, en réunissant dans une même étude les anomalies de la physionomie et celles du crâne, nous trouverions une proportion plus forte, 59 OfO; cl si nous considérerions chaque anomalie prise à part, la proportion s'élèverait h 91 0[0.

Si l'on s'en tient au tatouage, on aura la proportion de 10 0(0 chez les adultes et de 34 Oio chez les mineurs;

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