‹ L'homme criminelChapitre 313 sur 315 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

morceaux si petits qu'il était impossible d'en l etrouver le cadavre (T. Live, xxxix, chap. viii).

Le premier et le plus illuctre peintre de la nature, Lucrèce, avait observé que, même dans les cas ordinaires où les sexes s'unissent, on peut surprendre un germe de férocité à l'égard de la femme; germe qui nous porte à la frapper quand même elle nenous résiste pas(l).

Je connais un poète distingué qui se sent pris de désirs lubriques dès qu'il voit dépouiller un veau ou pendre à l'étal ses chaires sanguinolentes; un auti'e qui éprouve des pollutions rien qu'en étoulTant un poulet ou un pigeon. — Manlegazza reçut un jour la confession ■d'un ami qui, ayant eu à tuer quelques poulets, ressentit après avoir égorgé le premier, une joie barbare à plonger ses mains dans les entrailles chaudes et fumantes, et qui au milieu de celte espèce de fureur, s'était senti tout-à-coup en proie à un accès de luxure (Fisiol. del piaccre. Milan, 1)870).

Qu'en conclure? sinon que les crimes les plus affreux, le plus barbares, ont un point de départ physiologique, alavistique, dans ces instincts animaux qui peuvent bien s'émousser pour un temps dans l'homme, grâce à l'éducation, au milieu, à la crainte du châtiment; mais qui renaissent loul-à-coup sous l'influence de certaines circonstances, comme la maladie, les météores, l'imitation, l'ivresse spermatique, fruit d'une trop longue continence. C'est pour cela, sans doute, qu'on les remarque surtout à l'âge où commence la puberté, chez les parésiques, les individus qui mènent une vie sau-

(1) « Osculiique adfigunt, quia non est puva voluptas;

Et stimuli suljsiiat, qui instigant la3clere id ipsiini, Quodcumque est, rabics unde illa germina surgent ».

CDe Mer. Nat., lib. iv, vers 1070).

vage, ou ceux qui se trouvent contraints au célibat ou à la solitude, comme les prêtres, les bergers, les soldats (1).

Puisque nous savons que certaines conditions morbides, comme les blessures à la tête, les méningites, l'alcoolisme et autres intoxications chroniques, ou certaines conditions physiologiques, telles que l'accouchement, la sénilité, peuvent provoquer un arrêt de développement et une irritation dans les centres nerveux et, par suite, une tendance épileptique et un retour atavistique, il ne nous sera pas difficile de comprendre que ces mêmes conditions facilitent les tendances criminelles.

Sachant, en outre, que la différence est bien petite, quelquefois nulle, entre le criminel, l'homme du peuple sans éducation et le sauvage, nous ne serons pas surpris de voir, d'un côté, l'homme du peuple, même honnête, témoigner souvent au criminel une véritable prédilection (2), s'en faire une espèce de héros, et finir par lui rendre après sa mort des honneurs divins (3); de l'autre, les galériens se mêler avec tant de facilité aux sauvages et adopter leurs mœurs, sans en excepter le cannibalisme (Bouvier, Voyage à la Guyane, 1866), comme cela a lieu dans l'Australie et à la Guyane.

Voyez nos enfants avant qu'on ait commencé leur éducation; ils ne font aucune distinction entre le vice et la

(1) Voir volume ii.

(2) «Hélas! pauvre criminel, etc. Qu'a-t-il fait? etc. Eh ! presque rien. — Ha étrangle son patron» (Neri Tan?ucio, Cento sotietti, Florence, 1873, p. 39).

(3) V. Appendice, Sui crani dei delinquenti, vol. n. — Les anciens donnaient le nom d'Hercule aux grands malfaiteurs après leur mort (Varron en cite 44) et leur vouaient un culte (Smith, Biog. and. Mith., ii).

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