‹ L'homme d'oraison (volume 2)Chapitre 100 sur 144 · CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATION

Il n'y a rien qui me paraisse plus étonnant que la justice rigoureuse avec laquelle le Fils de Dieu punit ses plus fidèles serviteurs dans les flammes du purgatoire.

Que le feu de la fournaise de Babylone dévore les ministres de la fureur d'un roi barbare, ce châtiment est extraordinaire, à la vérité , mais i! n'est que pour des idolâtres. Que la terre s'ouvre pour engloutir Coré , Dathanet Abiron , et que le feu du ciel cansume en Blême temps deux cent cinquante hommes de leur p.irti, c'est une punition sévè.re; mais elle n'est que

oui des factieux, qui osent prendre l'encensoir, et

'élever, par une entreprise insolente , contre l'autorité égilime de Moïse et d'Aron. Qu'une pluie de soufre

t de feu tombe sur les habitants de Sodome et de Goorrhe et les réduise en cendres, c'est une effroya-

le désolation; mais elle est proportionnée à leurs cri-

Nowkt. Œun. xvi a m

mes abominables, on n'y peut trouver à redire. îl n'en est pas ainsi du purgatoire: je n'y trouve que des justes , des enfants de Dieu , des élus , des préde stinés , des favoris de Jésus-Christ, et des héritiers de son royaume ; et cependant le feu qui les éprouve surpasse infiniment tout ce que je viens de dire , et tous les tourments de cette vie n'ont rien d'égal à celui que Jésus-Christ leur fait souffrir. ïl ne se contente pas d'employer l'activité du feu pour satisfaire à sa justice , il fait un effort de sa toute-puissance pour augmenter leur tourment; et quoiqu'il ne les frappe pas de toute la force de son bras, néanmoins il appesantit sa main sur eux d'une manière si étrange, que tout ce que la justice humaine peut inventer de supplices les plus horribles , n'est rien en comparaison , soit que l'on considère la peine du dam , ou la peine du sens, que la violence du feu leur peut causer. Car, comme dit saint Bonavenlure , à l'égard de l'une et de l'autre , la moindre peine du purgatoire est plus considérable que; la plus grande peine de cette vie (1 . S'il est question de la peine du dam , dit ce saint docteur, le désir du souverain bien est incomparablement plus grand dans les âmes séparées, que la plus forte passion qu'un homme mortel puisse avoir pour les biens créés ; pat conséquent la privation *>st aussi plus fâcheuse : et poui la peine du sens , il est le la douleur comme de la joie , on n'en peut mieux juger que par rapporta la cause qui la produit , à la sensibilité du sujet qui la reçoit» Or, lame séparée de son corps est beaucoup plus sensible que quand elle y est engagée. Tandis qu'elle es! dans le corps , elle y est comme dans une prison , où elle dépend de la faiblesse des organes , et des esprit* animaux qui s'épuisent aisément; mais , dans l'état d< sa séparation , elle est tout esprit, toute vie, toute

rQuantîim ad utrumque, minima pœna purgatorii majores max'nïïâ pœnâ mundi. S. bonaventura,in Compendio Theol verituds^liù* #\ g* 3.

lumière, immortelle, indépendante de la matière, infatigable , incapable d'aucune diminution de ses forces , ni par la durée , ni par la violence de son supplice; par conséquent toujours également sensible , et susceptible de la douleur. D'ailleurs la douleur qu'elle souffre vient d'un feu miraculeux que la toute-puissance de Dieu élève au-dessus de son activité naturelle, et lui donne la force d'agir , tout matériel qu'il est, sur un pur esprit, de le pénélrer, de le tourmenter avec une violence qui ne se peut imaginer.

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