‹ L'homme d'oraison (volume 2)Chapitre 119 sur 144 · CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATION

Il y a trois séparations des élus et des réprouvés, qui s'ont de la dernière importance :

La première a été faite avant tous les tejnps; la seconde se fait durant le cours de tous les temps ; la troisième se fera à la fin de tous les temps.

La première est un acte de providence par lequel Dieu, prévoyant dans son éternité que tous les hommes qu'il avait dessein de créer pour les rendre heureux en leur proposant la jouissance du souverain bien, et leur fournissant les moyens de l'acquérir, ne répondraient pas à la bonne volonté qu'il avait pour eux, ni aux grâces qu'il leur prépare, s'est résolu d'exclure les pécheurs impénitents de son royaume , de les effacer du livre de vie, et de n'admettre dans le ciel que ceux qui lui auraient été soumis et fidèles jusqu'à la mort. Sur quoi il faut peser trois grandes vérités : la première, que Dieu a un désir extrême de nous sau-

ver, et par le mouvement de sa bonté, qui je plaît à faire du bien, et par celui de sa justice, qui ne peut dignement récompeuser les travaux de Jésus-Christ que par Je talut des pécheurs, pour lesquels il est mort, et par les intérêts de sa gloire, qui consiste à se faire connaître, aimer et respecter de ses créatures.

La seconde , qu'il ne veut pas nous sauver sans nous, ni malgré nous; mais qu'il veut que nous coopérions et que nous travaillions à notre salut avec crainte et fidélité.

La troisième, qu'il ne manque jamais de nous départir ses grâces, et de faire c? qu'il doit de sa part; mais que nous manquons souvent delà nôtre, et que nous le quittons toujours les premiers.

Nous ne devons donc rien craindre du côté de la bonté de Dieu, mais nous devons nous défier de nous-rnûmes, et vivre toujours entre ia confiance et la crainte.

Voici ce que dit le Seigneur : Gardez mes commande,* mtnis, et faites de bonnes œuvres, parce que le temps s'approche auquel je viendrai achever l'ouvrage de votre salut et manifester ma justice. Heur eux celui qui fait ce que je dis ! heureux le fils de l'homme qui en conçoit l'importance ! gardant Ut jours consacrés à mon service, de peur de les profaner; et retenant ses mains, de peur de faire le moindre mal. Quiconque en usera ainsi, fût-il étranger, fût-il barbare, qu'il ne craigne point 7 disant : Le Seigneur me séparera de ton peuple ; il n'en séparera que les méchants (1).

Û Père des miséricorde!, j'espère tout de votre bonté et des mérites de votre Fils; mais je crains tout de la malice de mon cœur : eh ! ne permettez pas qu'elle

(1) Ilfcc dicit Dominus : Cuglodilc judiciurn, et facitejustiliam,

quia juxià est salus mca ut trottât, et JuiUtfl mca ut rcvclrtur.

I Uflr qui faeltboc, et filins bomiDil qui apprehendet islud :

Kilem labb Itum ne polluai lllud , eustodiens manus suas ne

i.i ilum. Bt doo dical films advenue, qui adhœret Do-

. Scparalioue dividetme Dominus à populo suo. Is,

8$C L'HOMME D'OIUISOî*.

me sépare de vous. 0 Jésus ! vrai médiateur entre Dieu et les pécheurs , soyez le nœud sacré , l'union de mon ftme avec votre Père céleste. Liez toutes mes puissances si étroitement à vous, que je ne vous quitte jamais ni de pensées ni de désirs. Cachez-moi si avant dans vos sacrées plaies, que je n'en sorte point; mettez moi à couvert des assauts de l'ennemi, qui tâche par sa malignité de me désunir d'avec vous. Ne le souffrez pas, Seigneur, s'il vous plaît; faites que je vive et que je meure près de vous; régnez sur moi absolument durant la vie et à l'heure de ma mort, appelezmoi en votre royaume , afin que je vous loue à jamais avec les saints (1).

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