III. CONSIDÉRATION
considérez qu'il est maintenant aisé d'éviter cette terrible sentence des réprouvés; mais que, si nous attendons davantage, peut-être qu'il ne sera plus temps.
Pensons donc sérieusement aux moyens de gagner notre juge, et de nous mettre à couvert de ses foudres.
Premièrement, si nous voulons être en assurance au jour qu'il viendra juger les vivants et les morts, craignons ses jugements tous les jours de notre vie : Celui qui craint Dieu, s'en trouvera bien au dernier jour de sa vie et au dernier jour du monde (2). La bénédiction du ciel le comblera de joie et de consolation. Ce sera en sa faveur que le Fils de Dieu prononcera cet arrêt si glo< lieux : Venez, bénisde mon Père, possédez le royaume que je vous ai préparé dès !a création du monde. « Nul 9 de ceux qui pensent souvent au feu de l'enfer, n'y tom- » bera, dit saint Chrysostome ; nul de ceux qui le mé- » prisent, ne l'évitera. 11 est en cela de la justice di- » vine comme de la justice humaine, elle ne frappe » point ceux qui l'appréhendent : ce sont ordinairement » ceux qui la méprisent, qui en ressentent les effets : » les Ninivites étaient perdus sans ressource, s'ils n'eus- » sent craint leur ruine totale, et si les hommes du » temps de Noé eussent redouté le déluge, ils n'y eus- » sent pas été enveloppés (3). »
Secondement, ne jugez jamais personne , et vous ne serez point jugés (4) : c'est notre juge qui nous en assure lui-
(1) Recordare Jesu pie, quôd sum causa tuœ vise: nemeperdas illà die. Prosa.
(2) Timenti Deum benè erit in extremis, et in diedefunctionis guae benedicetur. Ecclùl.
(3) S. Chrjrsost. liam. 2. in 2. ad The s s al, (4 Nolite j udicare, et non judicabimini. Luc* 6.
môme; et, comme dit saint Éloi, il nous traite biet; doucement, puisqu'il nous met au choix de la manière dont nous voulons qu'il nous juge (1).
En troisième lieu, soyons soumis à ceux qui nous gouvernent, l'obéissance nous mettra en assurance, nous n'aurons point de compte à rendre , les supérieurs le rendront pour nous : et ainsi nous sommes assurés de gagner notre cause : Au jour du jugement, celui qui se sera rendu parfaitement soumis sera victorieux (2) , parce que, comme dit saint Jérôme, s'étant efforcé, durant sa vie, de vaincre sa propre volonté, et de combattre ses inclinations, le Fils de Dieu, qui est l'arbitre de la victoire, lui adjugera la couronne et le triomphe (3). « Toutes les vertus, dit ce même Père, sont enfermées » dans l'obéissance, parce qu'elle conduit l'homme d'un » pas simple et droit à Jésus-Christ ; et l'âme chrétienne » n'est pas seulement exempte de rendre compte des » autres, mais encore de soi-même. 0 souveraine li- » berté, dont la possession met l'homme dans un état » où il ne peut presque offenser Dieu (4). »
En quatrième lieu, soyons charitables et miséricordieux, Dieu nous fera miséricorde. Le bien que nous faisons aux membres de Jésus-Christ, passe jusqu'au chef et le gagne. La miséricorde se présente à son tribunal, et plaide notre cause si heureusement, qu'elle obtient notre grâce, de quelques crimes que nous soyons
(1; Satis délicate nobiscum agitur, quanddin potcslalc noslrà dalur qualitor judiccmur. S. Ellgius Novioduncnsls,cp. homil.
(2) Vir obedleoi loquetur victorios. Prov. 20.
(3) Quia cùm per ohedicntiam sua dcsideria vincerc satagit, perjustiliamjudicispostmodùm victoriae palmam pcrcipit.A\ Hier. in frov.
(4) In obedientli ranima virtutom clama ettj Dam ilmplici
grcgsu homincm ducit ad ChriftlMB : < t DOH lOllUB mCD
tur a nddaud! ratione deiubditis, Md doc eltam obligatur i
derc d€ HÏfik* 0 summ.i libei t.i^, <|u.ï obtenU l '*■ |'"ssit hoiao | carc! s. Hifiim. in lu g. Munnrh cap.%.
S06 'homme d'oraison.
atteints et convaincus : elle gagne tellement notre juge, qu'elle en fait notre avocat et noire protecteur, qui nous donne une entière aboliWon,et nous déclare digues de la couronne. Heureux l'homme miséricordieux eL bienfaisant! il se prépare à rendre ses comptes au jour du jugement; il ne craindra point cette funeste sentence : Allez, maudits, allez dans les flammes éternelles. Bienheureux celui quia de l'intelligence sur le pauvre et l'étranger, le Seigneur le délivrera au jour mauvais (1).
En dernier lieu, jugeons-nous nous-mêmes, et nous ne serons point jugés ; punissons nos crimes, faisons pénitence de bonne heure, et nous ne serons point punis. Que l'homme, dit saint Anselme, monte sur le tribunal de la raison, et qu'il s'oblige à comparaître devant lui-même (2). Que sa conscience soit son témoin; la crainte, l'exécuteur de justice, et, confessant ses péchés, qu'il fasse couler ses larmes comme le sang de son cœur. Qu'il se représente l'image du jugement futur, et tout ce que le juge qui doit venir pourrait reprendre et châtier, qu'il le reprenne lui-même et le punisse. Car il n'y a point de péché, "soit grand, soit petit, qui demeure impuni : il faut que Dieu le juge et le punisse, ou que le pécheur prévienne le jugement et la peine. Au reste, la vengeance divine cesse, si la conversion de l'homme la devance; car c'est le plaisir de Dieu de pardonner aux pénitents, et de ne condamner point ceux qui se jugent eux-mêmes, suivant ces paroles de l'Apôtre : Si nous nous jugions nousmêmes nous ne serions point jugés (3).
(1) Reatus qui intelligit super egenum et pauperem i in die malà Iiberabit eura Dominus* Ps. 40.2.
(2) S. Anselm.in 1. Cor. c. 11. Ascendat homo, etc.
(3) Hœc Christi adstat tribunali, non tanlùm patrocinans, sed et ipsi persuadens judici, ut reo palrocininm praestet, et proco sententiam ferat. Et licèt milliespeccaverit, coronat, et victorem promulgal. Ait enîm : Date eleeraosynam,et omnia erunt munda. S» CàtysosJ, hom. 33. ad populum. Psal. 40. Vide S. Au g.
Odébonnaire Sauveur, qui pardonnezavec plaisir, et ne punissez qu'à regret, remplissez-moi de la crainte de vos jugements : touchez mon cœur d'un véritable repentir de mes fautes, et tirez tant de larmes de mes yeux, que je puisse laver toutes les taches de mon dme, et mériter d'entendre de votre bouche ces douces paroles, qui feront le sujet de ma gloire et de mon bonheur éternel : Feriez , les bénis de mon Père , possédez le royaume qui vous a été préparé dès la création du monde.
in fume psalmum ; et S. Chrysos. serm. 14.) et S. Chrysol. serm. M. et S. Hildebert.cv. 5 et 62.
ENTRETIEN