IV. CONSIDÉRATION
Le corps ne tient pas seulement la force de l'esprit qui le fait vivre , niais encore tout ce qu'il a de perfections qui lui peuvent donner de l'éclat. 11 en est de même de l'Église. Le corps de Jésus-Christ dans le trèssaint Sacrement , est tout son bien , sa gloire , son ornement et sa beauté. Quel est son bien, dit le prophète Zacharie ,-- et quelle est sa beauté, sinon le froment des élus, et le vin qui produit les vierges (1), les martyrs, les confesseurs, les docteurs, et tout ce qu'il y a de saints dans le monde? Le sang de Jésus-Christ est la rançon de l'univers. Avec ce sang il a racheté son Église ; avec ce sang il l'a ornée et embellie. Car comme celui qui achète des esclaves pour le servir , y emploie l'or, et, s'il veut avoir un train leste et magnifique, emploie encore l'or pour les habiller ; de même Jésus- Christ nous a rachetés de son sang, qu'il a répandu sur la croix, et maintenant dans ce mystère il nous pare encore de son sang (2). Tout le bien de l'Église et toute sa beauté viennent de ce pain des élus : parce qu'encore que ses enfants la nourrissent tous les jours de leurs crimes , Jésus-Christ répare continuellement la beauté de son épouse par ce sacrement, afin qu'elle soit sans tache et sans ride (3),
Cela ne paraîtra pas étrange , si l'on considère que
(1) Quid bonum cjus est , et quid. pulchrum ejus, nisi frumenlum electorum, et vinum gcrminans virgines ? Zach. 9.17.
(2) Sanguis Chrisli lerrarum orbis^est pretium. Hoc Christui çmit Ecclesiam , hoc etiam omnem ornavit. Sicut cnim homo servosemensaurumerogat, ctrursùm eos ornare volcns, aiiro id facit, sic et Christus émit nos sanguine suo , <H in hoc mysterio sanguine nos ornavit. S. Chrysost. hom. GUadpopulum.
(3; Ex electorum cibo bonum salulis Ecclesiee, et pulchriludo decoris praestatur ; quia ctsi quolidiè sordescit , exindè reparatur, ut sponsa Chrisli sine macula acrugâ talibus inveniatur resper*a rauuejibus. rasc/iasius, de Corp. Vonu c. 21.
l'Église est cette femme miraculeuse de l'Apocalypse , revêtue du soleil, qui a la lune sous ses pieds, et sur sa tète une couronne de douze étoiles, dont la lumière relève l'éclat de son visage. Car si l'Apôtre dit que tous ceux qui sont baptisés sont revêtus de Jésus-Christ , à plus forte raison le peut-on dire de tous ceux qui communient. Ceux qui participent au sacrement sont compagnons et des anges, et des archanges, et des vertus célestes, lis sont revêtus de la pourpre royale de Jésus- Christ: que dis-je, de sa pourpre royale ? ils sont revêtus du roi même , qui est le soleil de justice , sans lequel l'Église ne serait que ténèbres (1). Otez le Saint- Sacrement de TÉglise, dit saint llonaventure , il n'y aura qu'infidélité dans le monde ; le peuple ne sera plus qu'un troupeau d'animaux immondes. Que feriez- \ous donc vous-mêmes, si \ous vous éloigniez de la taule eucharistique , et si votre tiédeur vous faisait oublier de manger ce pain divin ? Pesez ces paroles de David : Mon cœur est decenu tout seCj parce que j'ai oublié de manger mon pain (2).
(I) Qui liiiju, lacramenti s uni participes cum angelis,et archangelis , ac luperois vii luhlnis commorantur , i|>sam regiam Christi stolam induti ; sc<l nihil dix» : imù ipsum itiduli sunt reg«-m. A. Chrysost. hum. 05. ad popuium.
(2; Aruitcor meum, (juia obliUia j>uui cumcdcju [taucin uicuw, Vud. 101. 5.
98 L'HOMME D*ORAISÔH.
ENTKEÏIEN