IV. CONSIDÉRATION
Enfin il surpasse toutes les hosties pacifiques qu'on immolait pour rendre grâces à Dieu des faveurs reçues, ou pour en impétrer de nouvelles. Le sacrifice de louange, dit le Psalmiste , m'honorera (voilà le sacrifice eucharistique), et je ferai voir le salut de Dieu à celui qui vient à moi par celte voie (1) : voilà le sacrifice impélratoire; sur quoi saint Augustin dit ces paroles remarquables : Quel sacrifice de louange est plus saint que l'action de grâces , et de quoi devons-nous rendre de plus grandes actions de grâces , que de la grâce que nous avons re eue de Dieu par Jésus-Christ? ce que les fidèles font dans le sacrifice de l'Église, dont toutes les sortes de sacrifices qui ont précédé , n'étaient que les ombres (2).
quamur, et gratiam inveniamus in auxilio opportune Hujus quippè oblatione placatus Dominas, et graliam,et donum pœnitenliœ concedens, crimina et peccata, etiam ingentia, dimittit ; una enim eadçnique est hostia, idem nunc operans sacerdolum ministerio, quiseipsum nunc in cruce obtulit, solâ offerendi ratione diversâ. Cujus quidem oblationis, cruenlœ, inquam, fructus per hanc uberrimè percipiuntur : tanlùm abest, ut illi per hanc quovis modo derogetur. Quarè non soliim profidelium vivorum peccatis, pœnis, satisfactionibus, et aliis necessitatibus, sed et pro defunctis in Christo nondùm ad plénum purgatis , rite, juxlà apostolorum traditionem, offertur. Conc. Trld. s es s .22. cap. 2.— Si quis dixerit missae sacrifîcium tantùm esse laudis, et gratiarum actionis, aut nudam commemoralionem sacrificii in cruce peracti, non autem propiliatorium ; vel soli prodesse sumenti , neque pro vivis et defunctis, pro peccatis , pœnis, satisfactionibus et aliis necessitatibus offerri debeic , anathema sit. Can.3.
(1) Sacrifîcium laudis honorificabit me , et illic iter , quo oslendam jlli salutare Dei. Psat. 49. 23.
(2) Quodest sacratius laudis sacrifîcium, quàm in actione gratiarum ? et undè majores Deo agendae sunt gratiœ, quàm pro ipsius gratiâ per Christum ? quod tolum fidèles in Ecclesià sacrificio faciunt, cujus umbra fuerunt omnia priora gênera sacrié ficiorum. Vide S. August. I. 1. contra advers, legis, et proph% 18, et in Enchh\c. 110.
Aussi saint Jérôme dit qu'il a été établi, afin que nous ne fussions point ingrats envers Dieu (1).
Il ne reste, donc plus que l'impétration, qui est la dernière fin du sacrifice de la messe , dont il ne faut point douter que la vertu ne soit plus efficace que de tout autre, pour obtenirdeDieu toutes sortesde faveurs. Nous lisons, dans l'ancien Testament, que David offrit des victimes pacifiques pour détourner la peste qui désolait la ville de Jérusalem , et qu'il impétra celte grâce ; que le pontife Onias offrit une hostie salutaire , pour conserver la vie à Héliodore , et qu'il obtint l'effet de sa demande ; que Job offrit un sacrifice pour ses amis , selon que Dieu le lui avait ordonné , et qu'il obtint le pardon de leur faute. A combien plus forte raison devons-nous espérer que Dieu nous accordera ce que nous lui demandons au nom de son Fils, en lui offrant le sacrifice de l'autel? car que peut-il nous accorder qui égale la valeur d'une si précieuse victime, s'il ne se donne lui-même? Écoutons donc l'avis salutaire de saint Paul, qui recommande aux fidèles de faire des prières pour tout le monde , en célébrant la sainte messe. Je vous conjure , leur dit-il, que Von fasse des supplications, des prières , des demandes et des actions de grâces pour tous les hommes , pour les rois et pour tous ceux qui sont élevés en dignité, afin que nous menions une vie paisible et tranquille dans toute sorte de pieté et d'honnêteté. Car cela est bon, et agréable à Dieu, noire Sauveur , qui veut que tous les hommes soient mu* vis (2). Par ces paroles saint Augustin dit que l'Apolro
(1) Ne nos ingrati Deo esse vldcrcmur. S.TIieron. 1.4. contri t. c. 32.
(2) Obsecro igilnr primum omnium fiori obsrcnliones, orafiones, postulation.es, graliarum ac.tionos, pro omnibus homfDlbus ,
n-gibin, et omnibus qui in sublimilale sunt , Dl gOletam ft traiH|nillam vitam agamus, in omni plttiti 61 OJtttlt ,im
boattn ut) et Mceptun ninm Si) va tort noiiro Doo, qui
hommes vult latvos fieri, et ad agnilioncni vculati» \< mra I, Jim. 2. 1.4.
104 Vt&fàÈ &'6ft\ÏSôW. J
adjoint particulièrement ce que toute l'Église pratique dans la célébration des divins mystères, soit avant que de béate ce qui est sur la table du Seigneur , soit en le bénissant et le sanctifiant, et puis en le rompant pour en faire la distribution (1). Car alors les prélats, faisant office d'avocats, offrent par l'imposition des mains, à la très-miséricordieuse puissance de Dieu, ceux pour lesquels ils prient ou qu'ils reçoivent à la participation de ce grand mystère , après laquelle pour conclusion suit l'action de grâces, qui est aussi la dernière chose que saint Paul recommande par les paroles que nous avons alléguées (2). Mais il ne faut pas omettre ce que remarque ici saint Augustin , que l'Apôtre veut qu'on fasse toutes ces prières et ces vœux, c'est-à-dire , comme il l'explique , ces oblations , car on voue tout ce que l'on offre à Dieu, et principalemenU'oblaliondu saint autel (2) ; qu'on fasse, dis je, ces vœux pour tous les hommes , parce que Dieu veut que tous les hommes soient sauvés. Et afin que personne ne dît qu'on peut se sauver parla bonne vie , et par le culte d'un seul Dieu tout-puissant , sans la participation du corps et du sang de Jésus-Christ ,! saint Paul dit immédiatement après : Il y a un Dieu , et un médiateur entre Dieu et les hommes , Jésus- Christ qui est homme, pour montrer que ce qu'il avait dit, que Dieu veut que tous les hommes soient sauvés, ne se peut accomplir que par un médian
(1) Antequàm illud quod est in mensâ Domini, incipiat benedici. Cùm benedicitur, etsanctifîcatur, et ad distribuendurai eomv nrinuitur, quam totam petitionem ferè omnis Ecclesia dominicà orationeconcludit. S. Aug. ep. 59. ante médium. S. Amb. L 6. de Sacr, c. ult. S. Chrysost. Theophyl. œcum. ad illum Pauli locum.
(2) Tune enim antistites velut advocati susceptos suos n,ojT manûs impositionem misericordissimse offerunt polestati. Quibus peractis et participato'tanto Sacramento gratiarum actio cuncta concludit, quam in his etiam verbis ultimam commendavit Apostolus.
teur, non seulement qui soit Dieu, ce que le Verbe était de toute éternité, mais aussi qui soit homme , ce qui est arrivé lorsque le Verbe s'est fait chair et qu'il a habité parmi nous (1).
(1) Et ne quisquam diceret posse esse salutis viani in bonàconversalioue, etuniusDei omnipotentiscultu sine participatione corporis et sanguinis Chrisli : Unus enim Deus, inquit, et unus me* dealer Oei et liominum hom ) Cimstuê Jcsub.
ENTRETIEN