I. CONSIDÉRATION
Lorsque vous assistez au sacrifice de la messe, considérez l'honneur que le Fils de Dieu rend à son Père dans l'état où il est réellement présent sur les saints autels. Car il y est en forme de suppliant et d'adorant , dans le plus grand anéantissement et la plus respectueuse soumission qui puisse être, pour nous donner exemple , pour nous instruire de nos devoirs , et pour suppléer à nos défaute. 11 nous apprend, par ce profond respect , que la majesté de Dieu est si élevée audessus de toutes les grandeurs créées , qu'il n'y a ni ange, ni homme, qui lui puisse rendre l'honneur que
mérite son indépendance infinie, sinon son propre Fils, qui s'est immolé une fois pour sa gloire d'une (manière
sanglante, et qui s'immole encore tous les jours d'une manière très-amoureuse, très-sainte et très-innocente. Il nous fait concevoir une haute idée de son immensité et de son éternité, puisque pour l'adorer il fallait qu'il eût un prêtre éternel , et qu'il n'y eût ni jour, ni heure, où on ne lui présentât son corps et son sang en quelque partie de l'univers. Enfin il nous enseigne la soumission que nous lui devons, par l'obéissance prodigieuse qu'il lui rend en cet état ; car ce n'est pas seulement à son Père qu'il s'assujettit, mais encore à un homme, pour son amour : et ce qui est plus admirable , ce n'est pas toujours à l'homme juste, mais souvent a l'homme impie qu'il se soumet. Eh! que cet exemple est puissant pour confondre notre irrévérence ! Quand nous voyons ]es pius grands monarques de la terre se prosterner au pied des autels, les plus grands rois du ciel mettre leurs diadèmes au bas du trône de l'Agneau, et les pius sublimes intelligences se couvrir le visage en sa présence, nous sommes touchés d'une sainte frayeur à la seule pensée de son incompréhensible grandeur. Que devrions-nous donc faire, quand nous voyons le Verbe incarné s'abîmer, pour ainsi dire, dans le néant, pour nous apprendre la révérence qui est due à son Père et à notre créateur? avec quel sentiment d'humilité faudrait-il dire : Mon Dieu, je reconnais que vous êtes mon souverain Seigneur, qui avez tout droit et tout pouvoir de disposer de ma vie et de nia mort sans être obligé d'avoir égard à mes inclinalions? car je suis l'ouvrage do vos mains, je ne subsiste que par vous, et je ne suis que pour vous. Je n'ai rien en moi, qui m : relève de votre souverain domaine, qui ne dépende de votre in fi oie bonté, et qui no doive être en . . '• aux ;
de votre gloire. \ ic qu'en hommage de Votre
et de m i î , i I m >, je vil M , Seigneur, me prétentec devant vos autels <• •
Î08 L'HOMME D"ORA.ISON.
victime toute prête à y être immolée et consumée en holocauste , si V*u5 Paviez agréable. Mais parce que vous n'agréez pas la destruction de mon être, et que d'ailleurs, en déposant ma vie à vos pieds et la faisant évaporer devant vos yeux , je ne ferais rien qui fût digne de votre excellence suprême ; pour suppléer à ce défaut , je vous présente la vie de votre Fils , et vous offre le sacrifice qu'il vous offrit sur la croix , et qu'il renouvelle tous les jours par son immolation mystique. Il s'est donné tout à nous , pour être notre victime; recevez-le , s'il vous plaît, en hommage de votre souveraine grandeur , et acceptez l'offrande que je vous fais de sa vie , avec tous ceux qui vous la présentent aujourd'hui , protestant que votre majesté mérite qu'une vie si précieuse soit employée pour votre gloire.