III. CONSIDÉRATION
En vertu de ce même pouvoir, ie prêtre qui célèbre les divins mystères devient un, pour ainsi dire, avec Jésus-Christ, qui sacrifie en lui, dit saint Ambroise, et qui sanctifie par sa parole tout ce qui est offert dans le sacrifice. « Le prince des prêtres , dit ce Père , s'est fait
(1) 0 quàm magnum et honorabile est efficium sacerdotum, quibus datum est Dominum majestatis verbis sacris co&secrare, labiisbenedicere, manibus lenere, o.re propriosumere,etcéeteris ministrarel De /mit* Christi, l. 4. c. 11. in fine.
(2) 0 quàm mundae debent esse manus illee , quàm purum os, quàm sanclum corpus , quàm immaculatum cor erit sacerdotiS, ad quem toties ingredilur auctor puritatis ! Ibid.
(3) Ex ore sacerdotis nihil nisi sanctum, nihil nisi honestum et utile procedere débet verbum, qui tàm ssepe accipit sacramentum ; oculi ejus simplices et pudici , qui Christi Corpus soient inluerij manus purae , et in cœlum elevalee , quae Creatorem cœli et terrée soient contrectare. Sacerdotibus specialiter in lege dicitur : Sancti tstote, quouiam sanctus jju» Dominus Deus yester, Ibid.
» voir en venant à nous : nous l'avons vu, nous l'avons » entendu, lorsqu'il offrait lui-même son sang pour » nous. Suivons-le, nous autres prêtres, selon notre » pouvoir; car encore que nous soyons peu considéra- » blés par notre mérite, nous sommes néanmoins vé- » nérables par le sacrifice, parce que si Jésus-Christ » ne s'offre pas maintenant visiblement, c'est lui néan- » moins qui est offert en terre, lorsqu'on offre le » corps de Jésus-Christ. Et même c'est lui qui est re- » connu offrir en nous, puisque c'est sa parole qui » sanctifie le sacrifice qui est offert (1). » Si donc le prêtre est si étroitement uni au Fils de Dieu par son office, n'est-il pas obligé de l'être aussi par respect et par amour. Si Jésus-Christ est le premier sacrificateur, dont il représente la personne, ne doit-il pas, avant que d'aller à l'autel, élever son cœur vers le ciel pour prendre les ordres de son maître, et recevoir sa bénédiction? Ne doit-il pas lui dira avec un profond respect : «Grand prêtre et vénérable pontife, Jésus-Christ, » qui vous êtes offert à Dieu votre Père comme une vic- » time pure et sans tache pour nous pauvres pécheurs, » qui nous avez donné votre chair à manger et votre » sang à boire, et qui avez établi ce mystère par la » vertu du Saint-Esprit, en disant : Toutes les fois que » vous ferez ces choses, faites les en mémoire de moi; » je vous prie par ce même sang, parce prix inestima- » ble de notre salut; je vous prie par cette admirable » et ineffable charité, qui vous a porté à un tel excès » d'amour pour de misérables et indignes créatures, «'il vous a plu laver nos péchés dans votre sang;
[1) Vidimui principem sacerdotum a'1 nos venientem, vidimui
et audivimus offterenteo pro nol>;s sangiiinem suum. Sequamur
ut poitumui, lacerdolefj ut offeramus pro populo lacrifitium :
erito, la m eu honorahilea lacrifkioj quia ei si
\ i l'inr offerte , rii,
orpus offerlur. Imo Ipie offerre manifeslatur m
ii min quodoffertur. S,Ambr%
in Psal. Zt.poft r/uUiuw+
124 L'HOMME D'OlUlSON.
» faites moi la grâce de ni'instruire , puisque vouti
» m'avez appelé parle seul motif de voire miséricorde,
» et non pas en considération de mes mérites, pour
» vous servir , quoique j'en sois indigne , dans la fonction
» du sacerdoce. Enseignez-moi, s'il vous plaît, par vo-
» tre Saint-Esprit, le respect , l'honneur, la dévotion
» et la crainte que je dois avoir pour un si haut mys-
» îère; faites-moi la grâce de me donner une ferme et
» confiante foi, des lumières, des sentiments, des pa-
» rôles et des pensées qui vous soient agréables, et
» qui me soient îles pour le salut de mon âme» Que
» votre Saint-Esprit entre dans mon cœur, et que, par
» une voix intérieure, il me fasse entendre sans parole
» les vérités de ces profonds mystères qui sont couverts
» d'un voile sacré. Ayez la bonté de m'accorder celte
» faveur, que je puisse célébrer la solennité de la messe
» avec un cœur et un esprit épuré. Par la vertu de ce
» haut mystère, et parle secours de votre saint ange,
» bannissez de moi et de tous vos serviteurs l'esprit d'or-
»» gueil, de vaine gloire, d'envie, de colère, d'impu-
» reté, de doute et de blasphème. Que ceux qui nous
» persécutent, soient confus : faites périr ceux qui
» cherchent à tout perdre. »
De plus , si c'est le Fils de Dieu qui parle par la bouche du prêtre ,lorsqu il prononce ces paroles toutespuissantes: Ceci est mon corps ; si ces paroles sont les paroles de Jésus-Christ, pour être digne de parler comme Jésus-Christ et de représenter la personne de Jésus-Christ, ne devrait-il pas vivre comme Jésus- Christ , et être saint comme Jésus-Christ ? Qu'y a-t-il , et que fait-il, ou que voit il dans ce mystère, qui ne soit un motif pour le porter à la sainteté, ou un moyen pour l'acquérir ? Le changement de la substance du pain et du vin au corps et au sang de Jésus-Christ, dont il est l'organe , ne doit-il pas l'exciter à changer ses mœurs, et à se transformer en son Sauveur? L'honneur qu'il a de lui donner tous les jours une nouvelle vie mystique , de le tenir dans ses mains , de le
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porter dans ses entrailles, de traiter familièrement avec lui, de recevoir ses grâces et ses lumières, de ivntretenir et de lui parler cœur à cœur , n'est-ce pas un excellent moyen de se sanctifier ? La seule consommation du sacrifice ne doit-elle pas lui faire prendre les qualités toutes célestes de cet Agneau qui lui sert de nourriture? Voyant l'humilité , le respect, le zèle delà gloire de Dieu, que ce cher Fils pratique dans l'état où il se met sous les espèces du sacrement, avec quelle modestie intérieure et extérieure, avec quel sentiment de sa bassesse , et de la grandeur du Dieu qu'il adore, doit-il paraître en sa présence? peut-il sans confusion, à la vue d'un tel exemple, précipiter les paroles sacrées, former brusquement les signes de croix qu'il fait si souvent sur Je corps même et sur le sang de Jésus-Christ , égarer la vue avec une indécence honteuse, prier sans attention, et porter les vœux de toute l'Église jusqu'au trône de Dieu avec moins de révérence et d'application, que le moindre officier n'en aurait en servant son maître?