I. CONSIDÉRATION
Encore que chacun, selon l'Apôtre, doive s'éprouver soi même, avant que de s'approcher de la sainte table pour participer aux saints mystères, il est néanmoins obligé, pour plus grande sûreté, de prendre conseil, sur une matière de si grande importance, d'un sage directeur qui règle ses communions, et de suivie
tetement ses conseils. Car, comme dit saint Thomas (1) , l'inférieur ne doit point cécider, de son propre sens, ce qui peut se faire, mais il doit s'arrêter au jugement de son supérieur. En effet, qui oserait marcher sans guide durant le pèlerinage de la vie présente , et dans ce vaste désert, où l'on s'égare si souvent , où l'on trouve tant de sorles de cruels ennemis, et ou une armée de voleurs fait de continuelles courses. et nous tend partout des embuscades; vu qu'à peine celui qui est conduit par un guide bien expéri-
i s 1.2. ?. Ifl.fl S.
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mente, peut échapper de leurs pièges (1) ? Je sais que, pour conserver la paix entre ceux qui s'approchent souvent de la table du Seigneur par dévotion , et ceux qui s'en retirent par respect, saint Augustin yeut qu'on les laisse tous à leur bonne foi : Que chacun tasse, selon sa conscience , dit ce saint Père, ce qu'il pense pieusement devoir faire ; car ni Pun ni l'autre ne déshonore le corps et le sang du Seigneur, s'ils tâchent à l'envi l'un de l'autre d'honorer le très-salutaire sacrement(2). Zachée n'eut point de dispute avec le centurion , et l'un ne se préféra point à l'autre, parce que Zachée reçut avec joie le Seigneur dans sa maison , et que le centurion s'en estima indigne, Tous deux rendirent honneur au Sauveur, quoique d'une manière différente, et même, en quelque façon, contraire : aussi tous deux, étant pécheurs et par conséquent misérables, attirèrent sur eux la miséricorde divine. On peut encore apporter ici la comparaison de la manne, qui avait dans la bouche des Israélites tel goût qu'ils souhaitaient. Ainsi, dit ce même Père, faut-il juger de l'usage du Sacrement par le goût qu'il a dans la bouche de chaque chrétien en particulier. Car celui-là par honneur n'ose le prendre tous les jours, et celui-ci par honneur n'ose passer aucun jour sans le prendre. Seulement ce que l'on peut dire est que cet aliment ne souffre point le mépris, non plus que la manne ne souffrait point le dégoût (3).
(1) Quis enim in hàc vilœ peregrinatione et in hujus crcmi constitutus vastitale, ubi errores innumeri, inimicorum saeva gênera, et prœdonum discurrens insidiatur exercitus, incederesecurus absque directore audeat, cùm vix evadere valeat qui spiritualis expertique ducis muriitiir prudentià ? S. Laur. Justin, de casto connub. Christi et animas , c. 3.
il) Faciat unusquisque quod secundùm fidem suara pie crédit esse faciendum. Neuter enim illorum exhonorat Corpus et SanguinemDommi, si saluberrimumSacramentum certatim honorare contendunt. S. Aug. ep. 118.
(3) Sic in ore cujusque christiani,sacramentum ilkid quomodo
Cela néanmoins n'empêche pa9 que le chrétien , pour agir plus sûrement et avec plus de prudence , ne doive prendre conseil d'un sage directeur, qui règle des communions selon qu'il le jugera plus conforme à son état , et de plus grande utilité pour sa perfection. Car, comme dit un savant théologien , « on ne peut pas donner en » particulier une règle certaine sur le sujet de la fré- » quente communion , qui convienne à tous les fidèles , » mais il en faut user prudemment, selon les mœurs » et les conditions différentes d'un chacun (1). » Or à qui appartient ce jugement, sinon au eonfesseur prudent et discret, qu'on a choisi pour sa conduite pour ne se point tromper , comme font d'ordinaire ceux qui se fient à leur propre sens , surtout en ce qui les touche , soit pour le temporel , ou pour le spirituel. Saint Augustin ne prétend donc pas, au lieu que je viens d'alléguer, s'opposera cette sage maxime, mais seulement à la chaleur de la dispute qui s'élevait de son temps, et qui partageait les esprits sur la communion de tous les jours : question qu'on a fait revivre encore de nos jours, et qu'il faut examiner ici sans passion , nous contentant seulement de savoir les raisons qu'on apporte de part et d'autre.