‹ L'homme d'oraison (volume 2)Chapitre 78 sur 144 · II, CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

II, CONSIDÉRATION

Ceux qui permettent la communion de tous les jours, et môme qui la conseillent à tous les fidèles de quelque condition qulls soient , pourvu qu'ils soient exempts de péché mortel, se fondent premièrement sur la pratique générale de la primitive Église, établie parles apôtres, et confirmée par les canons, qui commandent que tous communient après la consécration, sous peine d'être chassés de l'Église ; parce que,dit le pape AnarU I.

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(1) Suarcsylnï.p. tom. 3. disju 69. sccl. 4.

les apôfres l'ont ainsi ordonné, et que l'Église romaine l'observe (1)

Secondement, ils allèguent le concile de Trente, qui d'un côté « souhaiterait qu'à chaque messe tous les fi- » dèles communiassent, non-seulement spirituellement » et par un sentiment intérieur de dévotion , mais aussi » par la réception sacramentelle de l'Eucharistie , afin » de participer plus abondamment au fruit de ce très- » saint sacrifice (2); » et d'autre côté déclare expressément, «que l'examen nécessaire à ceux qui veulent » communier, consiste en ce que nulle personne , sen- » tant sa conscience chargée d'un péché mortel , quel- » que contrition qu'il lui semble en avoir, ne doit s'a p- » procher de la sainte Eucharistie, sans avoir fait » précéder la confession sacramentelle (3). »

Ils ajoutent, en troisième lieu, ce que dit le Catéchisme du concile de Trente, que la coutume de communier tous les jours a persévéré long-temps dans l'Église , et

(1) Peractà consecratione omnes communicent , qui noluerint ecclesiasticis carere liminibus; sic enim et Apostoli statuerunt, et sancta romana tenet Ecclesia. Anaclet, Papa, Ep. 1, c. 2. Pide Clément. Rom. /. 2. Const. Apost. c. 37. et S. Dionys. c. 3. de Eccl. Hierar.

(2) Optaret sacrosancta synodus , ut in singulis missis fidelç? adstanles non solùm spirituali affectu, sed sacramentali etiam, Eueharistise peiceptione communicarent , quo ad eos sanctissimi hujus sacrifiai fructus uberior proveniret. Conc. Trid. sess. 2 cap. 6.

(3) Quarè communicare volenli revocandura est in memoriam ejus prœceptum : 1 rohet seipsum homo. Ecclesiastica autem consuctudo déclarât eara probalionem necessariam esse, ut nullus sil)i conscius mortalis peccali, quantumvis sibi contritus videalur, absque praemissâ sacramentali confessione ad sacram Eucharistiam accedere^debeat , quod à christianis omnibus, etiam ab iissacerdotibus , quibus ex officio incubuerit celebrare , hœc sancta synodus perpétué servandum esse decrevit , modo non desit i 1 lis copia confessons : quôd si , necessitate urgente, sacerdos absque prœviâ confessione celebraverit,quàm primiim confiteatur. Conc. Trid. sess. 13. cap. 7.

que le prêtre, pour cet effet, après avoir consommé le sacrifice, se tournait vers le peuple, et disait à haute voix : «Venez, mes frères, à la communion (1).» Qu'au reste, encore que le concile de Trente n'oblige par un précepte positif à communier qu'une fois en l'année , néanmoins c'est le devoir des pasteurs d'exhorter souvent le peuple à ne point négliger le soin de nourrir tous les jours leur ame de ce pain céleste, comme ils donnent chaque jour à leur corps sa nourriture ordinaire; vu que l'âme n'a pas moins besoin de son aliment que le corps (2).

Ils citent encore plusieurs saints Pères, qu'ils attifent à leur parti , en rapportant les textes qu'ils tirent de leurs écrits , pour appuyer ce sentiment.

Prenez tous les jours, dit saint Ambroise , ce qui vous profite tous les jours. Vivez de telle sorte, que vous méritiez de le recevoir tous les jours. Celui qui Démérite pas de le recevoir tous les jours, ne le mérite pas non plus après un an (3).

Vous pécheztous lesjours, communiez tous les jours,

dit saint Augustin (4).

Car, comme dit saint François, si ce pain divin Oit la nourriture de Pâme , sans lequel elle devient sècho et languissante , pourquoi tous les fidèles ne souhaiteront ils pas de s'asseoir tous les jours à la table où il est présenté à tous , pour le manger (5) ?

(1) Venitc , fratres, ad communioncm. Catech. Rom. p. 2» c. 4.

(2) Quarè parochi partes crunt, fidèles crebro adhorlari, ut qucmadmodùm corpori in singulos dies alimcntum subministrnrc necessarium est, ilà eliam quolidiè hoc Sacramcnlo alendae animée cura m non adjiciant : neque cnim minus spirituali cibo aui- Btm, quam natiuali corpus indigcre, perapicuam est. Ibid..

(8) Aocipe quotldlè, quod quotldlè prosit.Sic vive, utquoti- ,1,, , accipere. Qui non meretur quoiidiè acciperc , non

returpott .mnum acciperc. S. Amb. /. 5. de Sacram. c. 4V

(4; Quotldlè p«cc*a, quotldlè lume. S.Aug. serm. 18. de vwla punit tu.

(5, m enta BU Clboi est anim;c,sinè quo languet et m

162 L'HOMME D'ORMSON.

Quelques-uns disent qu'il faut recevoir tous les jours l'Eucharistie , s'il n'y a quelque péché qui en empêche , puisque nous demandons tous les jours qu'on donne ce pain , ainsi que le Seigneur nous l'ordonne. Ce qui est bien dit, pourvu qu'on le reçoive avec sentiment de piété, de dévotion et d'humilité (1). Car enfin n'est-il pas étrange que tous les jours le prêtre célèbre les divins mystères et consacre le pain des anges , pour le donner au peuple , et que personne ne communie? 0 coutume ! s'écrie saint Chrysostome* ô présomption ! ô sacrifice inutilement offert tous les jours ? En vain nous assistons tous les jours a l'autel : personne ne eommunie(2).Voilà ce que disent ces saints docteurs de l'Église, et, pour conclure par les termes du Catéchisme romain: Quiconque y voudra faire une sérieuse réflexion, trouvera aisément que tous les Pères qui ont écrit sur ce sujet, sont dans le même sentiment (3).

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