I. CONSIDÉRATION
Considérez que l'avènement du Fils de Dieu n'est funeste qu'à ceux qui meurent dans le péché; l'arrêt qu'il fulmine contre eux n'est qu'une suite de leur impénitence finale.
Aussi est-ce le commun sentiment de tous, que le plus £rand malheur qui puisse arriver à un homme est de mourir r ms avoir fait pénitence ; ce sentiment est si universel, que les plus grands ennemis estiment ne pouvoir souhaiter un plus horrihle mal à ceux qu'ils ît que celui d'une mauvaise mort. Auconlraire,
-i inf'jrnorum. Hune ergô nemo potest fugeie. Ipsc scrulatur recorda , cujus oculis omnia nuda sunt et aperta. Deus scienllariun Dominus, prxscius omnium, et consciu-. singulorum, occulinium occuK'tnim indagator. Hnnc ergo nemo potest lalcrc. Ipsr jiil'x jtfttttf, fouis et longanimis, qui nec prece, nec prelio, Vffft, nec olio, déclinai à serai II recliliniinis ; via regià I, nullun! malum prœtcrit impunitum, nullum l>oi nu iiijint. InnoC( nîius III, t. 3. de cort-
Umylu iuuii.lt , c. \ô.
Ï92 L'HOMME D'OSUtôOK.
la bonne mort est le vœu ortlioaire de tous les hommes, comme la chose du monde la plus désirable: de là vient que les parents ne déplorent rien tant dans la perte de leurs enfants et de leurs proches, que lorsqu'ils sont surpris, et qu'ils n'oi t pas le loisir de SO disposer à foien mourir : et véritablement ils ont raison.
Premièrement, parce que le pécheur qui meurt impénitent, est dans un état de haïr Dieu éternellement et d'être éternellement haï de Dieu.
Il sera éternellement haï de Dieu , parce qu'il portera toujours l'horrible tacho du péché, qui est le seul objet que Dieu peut haïr ; car le mal étant l'unique rbjet de la ifaine, et le seul péché étant le mal de Dieu, parce que c'est une injure qui lui est faite, il
ensuit que le péché est la seule chose qu'il peut haïr.
Il haïra éternellement Dieu, p ce qu'il portera toujours la cruelle peine de son péché sans aucun relâche, et régalant Dieu comme fauteur de son tour* ment, comme son ennemi irréco ciliable, comme son juge et son persécuteur impitoyable, inflexible, inexorable, soncccv.r sera toujours plein de fiel et de rage contre lui.
Secondement, le oécheur qui meurt impénitent , est en éiat d'être éternellement maudit de Dieu, et de se maudire éternellement. 11 maudira éternellement Dieu: car son cœur Uant plein de haine, sa bouche ne le pourra jamais bénir. M sera éternellement maudit de Dieu : car sa sentence, qui porte malédiction et réprobation, est irrévocable : Allez, maudits, au feu éternel (1).
En troisième Jieu, le pécheur qui meurt dans le péché, est dans un état où Dieu n'aura jamais aucune bonne pensée pour lui, ni lui pour Dieu. Jamais il ne fera aucun bien , ni jamais il n'en recevra. Il blasphémera et offensera Dieu sans cesse , et Dieu se vengera sans cesse. Jamais il ne mettra fin à ces cri-
(1) Ile, maledictij in ignem rtcrnnm. Malth, 25. 4i,
LECTURES SPIRITUELLES. ]g*
mes, et jamais Dieu ne mettra de fin à la peine g., il mérite : en vérité, un homme dans cet état n'est-il pas infiniment misérable ? Y a-t-il rien au-delà de la Vn\Q irréparable de tous les biens et du comble inévilaUo de tous les maux ?
0 Dieu! qui ne tremblerait à la seule pensée d'un 8i funeste malheur ? Mourir, c'est un grand mal qui fait horreur à la nature. Pêcher, c'est encore un plus jrand mal , qui renverse l'étal de la grâce ; mais mourir dans e péché, c'est le dernier de tous les maux, qui détruit tout le bien de la nature , de la grâce , de la gloire*
Ll toutefois, qui pense à cela ? Où est l'homme qui s en mette en peine dans le monde? Où est l'homme qui appréhende ce que c'est que mourir dans Pimpénitence, et qui craigne de tomber dans ce malheurêtre éternellement haï de Dieu, elle haïr éternellement; être à jamais maudit de Dieu , et le maudire a jamais ?
Pécher sans cesse, et soutTrir sans cesse la peioe de «on pèche , ô que cette pensée est effroyable! E
Ah! Seigneur, ne permettez pas que ce malheur m arrive. Quoi! ne vous bénir jamais! ne pouvoir jamais aimer votre souveraine bonté, ni être aimé de vous! Mon Dieu, détournez ce malheur de votre pauvre serviteur. Puisque ceux qui meurent dans le péché et qui descendent dans les enfers, ne vous loueront 'jamais, je veux vous bénir Incessamment durant ma vie, et des ce moment je vais commencer à vous honore, et à vous servir, pour ne mettre jamais de fin
vos louanges ni à mes respects (1).