‹ L'homme d'oraison (volume 3)Chapitre 126 sur 164 · I. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

I. CONSIDÉRATION

Jésus se plaît à glorifier ses amis, et à les combler d honneur. 11 s'y porte par inclination, par fidélité et par justice. Son inclination est de leur faire du bien , et au lieu que les pécheurs s'engagent dans l'infamie par leurpropre malice , il travaille lui-même , et s'emploie avec plaisir à faire honorer ceux qui l'aiment et qui le servent. Il met les sainis en honneur, il abandonne les pécheurs à la confusion, dit excellemment saint Ambroise (1). La gloire des uns est son ouvrage, la peine des autres est un mal qu'ils s'attirent eux-mêmes, et où il ne les laisse tomber que parce qu'ils le délaissent les premiers. La fidélité l'oblige à dégager saparole, età accom

(1) Operatur gloriam, pœnam relinquit. S. 4mbr, /, de Bavad

plis la promesse qu'il a faite de glorifier ceux qui le glorifient (1). Et il y a même quelque sorte de justice, puisque nul n'est plus digne d'honneur que. ceux qui le servent parfaitement, soit à cause du zèl« Qu'ils ont pour la gloire de leur maître, car l'honneur ne peut être mieux récompensé que par l'honneur; soit à cause de leur humilité , car celui qui s'humilie sera élevé en gloire, selon la parole de l'Evangile; soit à cause de leurs mérites et de leurs bonnes œuvres , car il n'y a point de vertu qu'ils ne pratiquent pour son service. Ils emploient la force pour se vaincre eux-mêmes, et pour mettre en fuite toutes les puissances des ténèbres; la sagesse pour conduire les autres; la tempérance, pour modérer les passions et les affections de leur cœur ; la justice, pour rendre à chacun ce qui lui appartient ; la libéralité, pour obliger tout le monde. Etant donc le juge souverain de l'univers 9 et tenant dans ses mains tout ce qu'il y a de gloire et d'honneur solide parmi les hommes , à qui est-ce qu'il en doit faire meilleure part qu'à ceux qui le méritent mieux? ïl est vrai que c'est trop d'honneur à ses serviteurs de lui appartenir ; et quand ils n'auraient point d'autre récompense que celle de le servir, c'est une si grande gloire, qu'ils ne peuvent rien souhaiter de meilleur (2). Notre Dieu est notre honneur, dit saint Augustin ; le culte que nous lui rendons est la meilleure -partie de notre gloire (3), que nous devons tenir plus chère que la vie. C'est en ce seul point que nous devons être saintement ambitieux, et ne le céder à personne, lorsqu'il S'agit de glorifier Jésus-Christ (4). Mais outre la gloire que noua avons d'être à lui, il ne se peut dire combien il s'inlerY |e encore en tout ce qui touche notre honneur, «yiand nous lui sommes fidèles. 0 Seigneur, dit le Pro-

(î) Quiconque glorificaverit me, gloriûcabo eum.

(2) S. Chrys. serm. de laiule Deù

(3) Ilonor noster, Deus noster. S, Aug. term* 4. de Ver lis Domini,

(4) Ne traclas alteri gloriam tuarn. Thren. 4.

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phète-Roi, heureux le peuple qui se plaît à vos louanges; ils marcheront dans la lumière de votre visage: ils se réjouiront durant tout le jour en votre nom , et ils se glorifieront en votre justice. Car c'est vous qui procurez toute la gloire qu'on rend à leur vertu: *t toute notre élévation vient de votre bon plaisir (1).

H. CONSIDERATION

Jésus se plaît à glorifier ses serviteurs , même dès cette vie , quoique l'état de la vie présente soit un état d'humiliation et d'abjection, et qu'une des premières vertus du christianisme soit d'embrasser l'ignominie de la croix , et de l'aimer. Car on peut dire avec vérité que les amis du Fils de Dieu trouvent plus d'honneur, au milieu des mépris qu'ils souffrent pour l'amour de lui , que :?s plus grands du siècle n'en peuvent acquérir partons les moyens que leur ambition leur suggère. On dirait que la gloire est comme l'ombre de leur vertu, qui les suit lorsqu'ils la fuient; que plus ils s'abaissent, plus notre Seigneur les relève, et qu'il y a un admirable combat entre leur humilité , qui ne cherche qu'à s'abîmer dans le néant , et sa magnificence, qui fait des miracles surprenants pour leur donner du crédit, et faire connaître à tout le monde que ses amis sont très-honorés , et que leur grandeur est très-puissamment affermie (2). S'ils se cachent dans les solitudes pour fuir les charges honorables et n'être connus que des anges, notre Seigneus les découvre par des signes extraordinaires, et fait des prodiges merveilleux pour tirer ces flambeaux de dessous lemuiil , afin d'éclairer le monde de leur lumière.

(1) Quoniam gloria virtutis eorum tu es ; et in beneplacito tuo exaltabitur cornu nostrum. Psal. 88. 17.

(2) Nimis honorificati sunt amici tui , Deus : nimis confortatus est principatus eorum.

Saint Ambroîse marche toute la nuit pour «'enfuir de Milan , lorsque le peuple le demandait pour son évêque , et le lendemain au matin il se trouve aux portes de la ville aussi près du trône qu'il croyait en être éloigné. Saint Grégoire se cache dans les forêts , pour fuir la souveraine dignité de l'Église , et partout où il va pour se dérober aux yeux des hommes, une colonne de feu luisant dans Pair le suit et le décèle , contre son intention, pour en faire le chef de l'univers. Saint Paulin se rend esclave pour délivrer le fils d'une veuve, et pendant qu'il cache son caractère sous l'habit d'un jardinier, le Fils de Dieu en fait le juge du roi des Vandales , et le montre à ce prince dans son sommeil, comme l'arbitre de sa vie et de sa mort, S'ils se mettent par un profond mépris d'eux-mêmes sous les pieds de tous les hommes, le Sauveur du monde fait plier les têtes couronnées, pour leur rendre le respect qui leur est dû. il met Joseph en honneur dans la cour du roi d'Égyple ; Mardochée , en celle du roi ées Perses ; Daniel , en celle du roi de Babylone ; il fait de Moïse le Dieu de Pharaon; de saint Jean-Baptiste , le censeur d'Hérode ; des apôtres, les maîtres du monde ; des martyrs, les vainqueurs de toutes les puissances de la terre. S'ils s'accusent eux-mêmes, et s'ils confessent humblement leur faute, il en efface aussitôt la tache, et se fait le panégyriste de leurs louanges. 11 fait l'éloge de son précurseur, qui avait constamment refusé la qualité de Messie, protestant qu'il n'était pas digne de délier ses souliers, et l'élève incomparablement plus qu'il ne s'était abaissé ; il loue lacharité de Magdeleine , lors même qu'elle vienl pleurer ses péchés dans la maison du pharisien, et donner des marques publiques de sa pénitence ;enûn, pour dire tout en un mot, Adam ayant perdu son honneur et celui de toute sa postérité , Jésus- Christ se fait, aux dépens de sa propre gloire , le réparateur universel de la gloire de ses élus. C'est pourquoi saint Jérôme , écrivant à un sénateur romain qui avait renoncé au monde, avait raison de lui dire

qu'il avait acquis plus d'honneur qu'il n'en avait quitté, et qu'il voyait, des cette vie, les promesses que Dieu fait, d'honorer ceux qui l'honorent, accomplies en sa personne. Avant, dit-il, que Pammaque se dévouât de tout son cœur au service de Jésus-Christ, il était connu dans le sénat, mais il partageait avec plusieurs autres la qualité de proconsul : il avait quelque prééminence, mais après plusieurs autres qui étaient devant lui. Il en précédait quelques-uns , mais il marchait après les autres, là où maintenant toutes les Eglises parlent de lui avec honneur; tout l'univers, qui ne le connaissait pas lorsqu'il était riche, l'admire depuis qu'il s'est fait pauvre (1). Nous recevons donc, conclut-il, plus que nous avons donné; nous avons quitté de petites choses, et nous en possédons de grandes: Jésus-Christ nous rend fidèlement le centuple qu'il nous a promis (2). Seigneur, vous êtes mon appui, ma gloire, ma grandeur et mon élévation (3). C'est de vous qu'il faut attendre le salut, la vie et l'honneur ; vous répandez vos grâces et vos bénédictions sur ceux qui vousserveut^A).

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