II. CONSIDÉRATION
Jésus est la source de la gloire des saints , parce que toute leur gloire remonte vers lui par un retour plein de justice, comme les fleuves retournent à la meF, d'où ils tirent leur origine. En effet, comme l'image n'a aucun trait de beauté qui ne recommande son original; de même les saints, qui sont autant de vifs portraits des vertus de Jésus-Christ, n'ont aucun rayon de sainteté, qui ne rejaillisse sur lui, et ne lui rende un tribut de gloire qui est très-légitime. Car si les vices des chrétiens le déshonorent et tournent à son mépris, il est raisonnable que leurs bonnes œuvres le glorifient,
(!) Domine, dabis pacem nobU : oiunia enim opéra nostra operatus es nobis. Is. 26. 12.
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et laissent dans l'esprit de ceux qui les voient, une forte impression de ses grandeurs. Et puis quand la gloire des saints ne retournerait pas à Jésus-Christ par tm rapport nécessaire, ils la lui rendraient eint-mômes par un amoureux renvoi \ comme la fidélité et la recon» naissance les y obligeât. C'est un de leurs plus doux emplois dans l'éternité, de mettre leurs couronnes â ses pieds, et de lui donner comme par concert la gloire de les avoir sauvés , et d'être l'auteur de \mt bonheot. Vous êtes digne, Seigneur > de prendre le livre de vie et d'ouvrir ses sceaux , d'être le roi de Iq gloire et le souverain arbitre de la béatitude; parce que vous avez été mis à mort, que vous nous avez rachtth avec Ipptim de votre sang, et que vous nous avez faits-roi et sacrifice leurs de notre Dieu : c'est par vous que nous règneromêUT In terre (1).
fhéodoret raconte que l'empereur ïbéodose, avant soft avènement à l'empire, songea une nuit que sain! Mélèce lui mettait la couronne sur la tète, Le lendemain il raconta sa vision à un de ses confidents qui n'en fit qu£ rire, et lui dit que c'était un songe, ftiais après qu'il fut par veri« à l'empire, ayant convoqué un cpneile dans la ville de Constantinople contre Macédoinus, oui enseignait une nouvelle hérésie contre le Saint-Espnt, lui voulant ravir la divinité, comme les ariens avaient tâché de la ravira Jésus-Christ, il convia par honneur tous les évêques, et les fit manger à sa table. Mélèce était du nombre, et saiht Chrysostome dit qu'il était dans cette assemblée comme un excellent original où les autres évêques pouvaient remarquer la sainteté de leur ministère, et la perfection avec laquelle ils doivent s'en acquitter. Théodose, qui ne l'avait jamais vu qu'en songe , ne l'eût pas plus tôt aperçu ,
(1) Dignus es, Domine, accipere librura , et aperire signacula eju,s : quoniani oçcisus es, et redemisti nos Deo in sanguine luo -, et fecisti nos Deo nostro regnum et sacerdotes : et regnabinut? super terrain. Apoc, 5. 9.
qu'il le reconnut pour cet évêque qui lui avait donné le couronne : et s 'approchant de lui il l'embrassa tendrement, baisant sa tête, ses yeux, sa poitrine, et surcou^ celte main qui l'avait couronné par avance. Si ce Grince fit tant de caresses et rendit tant d'honneur à un pr-ft&it qu'il croyait avoir été l'auteur de sa fortune, quelle doit être la reconnaissance des saints envers le Fils de Dieu , qui est la source de leur gloire et l'aut&ar de leur bonheur éternel! Avec quelle tendresse qciyent-ils baiser et adorer les plaies de son cœur, et dé ses mains, de qui ils tiennent tous leur couronne! «U principalement que l'honneur dont ils jouissent lui a coulé tant d'opprobres et de douleurs , et qu'il porte encore sur son front les marques de la couronne d'épines , qu'il n'a pas refusé de souffrir , pour leur acquérir un diadème de gloire et un empire éternel dans le ciel! Avec quels ravissements doivent-ils dire : Bénédiction, honneur, gloire, puissance, soient rendues à jamais à celui qui est assis sur le trône , et à l'Agneau qui règne dans tous les siècles des siècles (1) !
Jésus est la source de la gloire des saints, parce qu'elle dépend de lui , comme le ruisseau de sa source, et ne subsiste que par son estime , par sa faveur et par son pouvoir. Elle dépend de son estime, parce que son jugement est la règle du vrai honneur. Il sait en quoi consiste la véritable et solide gloire, et quiconque la met ailleurs se trompe et s'éloigne de sa règle ; car en matière du vrai honneur, tout homme doit considérer avant toutes choses ce que la sagesse de Dieu en juge. Tels que nous sommes dans l'esprit de notre Seigneur, qui ne se peut tromper, tels nous sommes en effet. S'il nous juge dignes d'honneur , tous les mé-
(1) Sedenti in thronoet Agno, henediciio , et lionor, et gloria, et potestas in seculaseculorum. Apoc, 5,
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pris des hommes ne nous peuvent pas ôter un seul rayon de notre gloire; s'il nous réprouve , s'il nous condamne , toute la gloire du monde ne peut pas couvrir notre infamie. Elle dépend de sa faveur , qui est le premier et le plus solide fondement de l'honneur que toutes les créatures rendent aux justes , vu que la plus grande gloire que les hommes et les anges puissent prétendre , c'est de gagner son affection , et d'être au rang de ses amis (1). La seule qualité de serviteur de Jésus-Christ est p!us honorable que celle des rois et des monarques, et il est plus glorieux de le servir, et de lui appartenir en qualité d'esclave, que de régner absolument sur tous les peuples de la terre. Enfin elle dépend de son pouvoir , parce qu'il n'y a rien de plus inconstant que le jugement des hommes, rien de p!us fragile que la gloire qui en dépend, rien de plus injuste que le procéJé du monde, qui la distribue souvent à ceux qui en sont indignes, et l'ôte à ceux qui la méritent. C'est pourquoi quand la vertu est en honneur dans le siècle, c'est un trait signalé de la puissance de Jésus-Christ , qui fait voir l'empire qu'il a sur les cœurs, en assujettissant le faste et l'orgueil du monde à l'humilité de ses serviteurs : outre que ce n'est pas une moindre preuve de la force de sa grâce de soutenir la sainteté de ceux qui le suivent , et d'empêcher qu'ils ne se départent de leur devoir, parmi tant d'occasions où leur vertu serait en danger de périr , s'ils n'étaient soutenus d'une main toute-puissante qui les protège. Mais ce qui relève davantage la grandeur de son pouvoir, c'est la gloire qu'il leur donne dans le ciel, qui n'est pas moins durable que l'éternité même : car la gloire du monde passera, mais celle du royaume de Jésus-Christ demeurera à jamais (2). Cette considération seule nous devrait lier étroitement à son service, et nous enflammer en son amour, puisqu'il nous est
(1) Nimis honoriticati sunt amici tui,Deus. Ps. 138.
(2) Regni ejus non erit finis.
*{ avantageux, et qu'il nous met en possession d'une gloire si solide et si durable. C'est ce qui ravissait le cœur de Salomou , et tirait de sa bouche ces amoureuses paroles : J'ai aimé la sagesse étemelle plus que la santé, plus que la beauté , et je me suis résolu de la prendre pour mon soleil , parce que c'est la seule lumière qui ne s'éteint jamais. Toutes sortes de biens me sont venue avec elle, et elle m'a apporté des trésors inestimables de gloire (1). Je n'ai trouvé partout que des douceurs, parce qu'elle marchait devant moi , et me servait de conduite. Hélas ! avant que de l'aimer , je ne savais pas qu'elle fût cause de tant de biens , et la mère de tout mon bonheur. Quelle beauté n'a-t-elle pas ! c'est Téclal de la lumière éternelle, le miroir sans tache de la majesté de Dieu , et la parfaite expression de sa bonté.
(1) Super salutem et speciem dilexi illam , et proposui pro iitce habere illam : quoniam inexsthiguibile est lumen illius. Venerunt autem mihi omnia bona pariter cum illâ , et innumersbilis honestas per manus illius. Sap. 7,
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POUR LE MARDI DE LA CINQUIÈME SEMAINE d'àPRÈS L'OCTAVE DE PAQUES.
De la qualité de roi, et du merveilleux empire que Jésus-Christ a dans le ciel, qui est le royaume de iâ gloire.
Que Jésus- Christ se plaît à glorifier, même dès cette vie , ceux qui l'aiment et qui le servent.
Qutcumque glorificaverit me , glorificabo eum : qui ctutem
contemnunt me erunt ignobiles.
Je comblerai de gloire tous ceux qui me glorifieront. Mais ceux
qui me me'prisent, seront vils et sans honneur. 1. Reg. 2. 30.