‹ L'homme d'oraison (volume 3)Chapitre 137 sur 164 · IV. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

IV. CONSIDÉRATION

Ajoutez à cela pour quatrième tache d'infamie, qui est une suite des précédentes, remploi honteux que le péché donne à ces esclaves qui, pour le servir, tournent le dos à Jésus-Christ, qui est l'auteur de leur liberté. Ceci est naïvement représenté par le malheureux état de Nabuchodonosor, qui vécut sept ans à la façon des bêtes, et par celui de l'enfant prodigue , qui , après avoir dissipé toute sa substance , fut contraint de garder ies.pourceaux,lui qui était de bonne naissance et d'une famille honorable. Quelle infamie de passer ses jours à la garde de ces sales animaux! les tyrans voulant décrier la religion chrétienne , et rendre infâmes ceux qui en faisaient profession, les condamnaient quelquefois à panser les chameaux, et à faire le métier des valets d'étable : le pape Marcel mourut dans ce vil emploi, par le commandement du tyran Maxence ; etSapor , roi de Perse, voulant insulter à l'empereur Valérien, ju'il avait pris en guerre, le faisait servir de marchepied, Jorsqu'il voulait monter à cheval ou sur le trône. Quelle indignité de voir un souverain réduit à ce déplorable état! cependant la vie que mènent les pécheurs est incomparablement plus infâme que tout cela. Car le péché, qui les tient esclaves, leur fait faire des actions de réprouvés et commencer la vie des démons, dont l'exercice continuel est de déshonorer Dieu en eux-mêmes , et de procurer qu'Usoit déshonoré par les autres \Vom

êtes enfants de ténèbres y il ne faut pas s'étonner $i vous voulez suivre les inclinations de votre père (1). Votre père c'est le prince des ténèbres, et vos actions sont des actions de ténèbres. De là vient que ceux qui veulent mal faire, fuient le jour, cachent tant qu'ils peuvent leurs désordres et leurs mauvais desseins, ou s'ils sont contraints de les faire paraître, ils se servent de mille-artifices pour les déguiser et les couvrir du voile de la vertu; parce qu'ils savent bien que l'honneur est un fruit de la bonne vie, et que l'infamie est la peine que Dieu a imposée au péché, pour se venger du tort e t de l'injure qu'il en reçoit. Que s'ils évitent quelquefois ce châtiment durant leur vie, trompant les hommes, qui ne voient que l'apparence, ils ne peuvent l'éviter au jour du jugement^ lorsque le Fils de Dieu viendra dans l'éclat de sa gloire pour rendre à chacun l'honneur ou le blâme qu'il mérite. Ce sera pour lors qu'ils tomberont dans la confusion, et que, n'osant paraître en la présence de leur juge > ils souhaiteront de pouvoir se cacher et s'ensevelir sous les ruines de l'univers (2). 0 mon Seigneur, que ce châtiment est juste, et qu'il me doit donner de crainte de vous avoir si souvent et si indignement offensé ! car qu'y a-t-il de plus indigne que deperdre le respect que je vous dois, étant ce que vous êtes, et moi ce que je suis? Eh ! mon souverain maître, que suis-je devant vous qu'un vil esclave, un pécheur, un néant? et comment se peut-il faire qu'un néant déclare la guerre à l'être infini; un pécheur, à la sainteté môme; un esclave, à son souverain Seigneur, à qui tous les anges et les saints rendent une respectueuse obéissance? et pourquoi cette rébellion? pour un léger intérêt, pour un infâme plaisir, pour un misérable point d'honneur. Race de Chanaan, que vos bail) Vos ex pâtre diabolo estis , et desideria patris vestri vulti» facere. Joan. 8. 44.

(2) Qxioniam non résurgent impii injudicio, ueque peccatore in concilio justorum. PwU\*

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lances sont injustes (1) ! on met Dieu d'un côté avec toutes ses promesses, et un peu de terre de l'autre , et notre mauvaise volonté fait pencher la balance du côté de la terreau mépris de son infinie grandeur. Oui, mo*> Sauveur, on vous a pesé dans la balance : avec quoi? avec trente deniers, avec trois grains de blé, avec un morceau de pain, comme dit PÉcrilure, et ces trente deniers valent plus dans notre estime que la vie de Jésus (2). Je chéris plu5? ce morceau de pain que je n'aima le ciel, que je ne crains l'enfer, et que je ne respecte mon Sauveur (3). Comment est-ce, mon Dieu, q*:e vous me pouvez souffrir? comment me puis-je souffrir moi-même, sans me plonger dans un abîme de larmes, pour laver la tache de mon infamie ?

(1) Chanaan , in manu ejus statera dolosa. Osée. 12.

(2) Appensus es in staterâ , etinventus es minus habeilS. Dan. 5,

(3) Violabant mepropter pugillum hordei , et iragmen punis

ENTRETIEN

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