‹ L'homme d'oraison (volume 3)Chapitre 143 sur 164 · III. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

III. CONSIDÉRATION

On pourrait néanmoins objecter que l'union de ces deux dignités en une même personne, n'est pas sans exemple dans le christianisme. Car, après la mort de Sébastien, roi de Portugal, Henri, son oncle, lui succéda, quoiqu'il fut déjà archevêque d'Ébora ; et le souverain pontife de Rome, pour être le pasteur universel des âmes, ne laisse pas d'avoir un domaine temporel , qu'il gouverne en souverain. C'est pourquoi le cardinal Belïarmin, traitant de la puissance temporelle du pape contre les hérétiques, dit que le Fils de Dieu a tellement séparé les droits des empereurs chrétiens d'avec ceux des souverains pontifes, qu'il n'a point voulu qu'ils étendissent leur pouvoir au-delà des bornes , au préjudice les uns des autres , mais qu'il n'a point prétendu ôter par là aux successeurs de saint Pierre tout domaine temporel , comme prétend Calvin , ni leur interdire la possession des terres qui seraient données au Saint-Siège.

A cela il faut répondre que le sacerdoce et la royauté ne sont point absolument incompatibles , et que ces deux premières dignités du monde ont été autrefois unies dans quelques maisons royales , mais non pas de la manière qu'elles le sont dans l'humanité

(1) Et dixi : Unius iialura Régis, et cunetorum Dei , natura quoque ob salutem noslram Pontifiais facli , unus erat typus Melchisedech. Quôd si secundùm oi'dincm Melchisedech alium dicif esse regern et sacerdotera , et reliqua praesume dicere, id est, sine pâtre, sine maire, sine genealogià ? neque initium dierum , nequeftnem vitse habenlem.

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sainte de Jésus-Christ. La différence est si grande, qu'elle a donné sujet à de célèbres auteurs de dire qu'il n'appartient qu'à lui d'être roi et prêtre tout ensemble (1) ; car enfin c'est en lui seul que ces deux qualités sont substantielles, inséparables et éternelles, comme nous le montrerons ensuite. C'est pourquoi saint Bernard dit excellemment qu'elles ne pouvaient être unies, et comme entrées Tune dans l'autre, d'une manière plus douce , ni plus aimable , ni plus étroite , qu'en la personne de notre Seigneur (2), Il a raison : car le lien qui les unit en la personne, n'est autre que l'union hypostatique, et Ponction qui le consacre et comme roi et comme prêtre, c'est la divinité même. Onction admirable, dont la vertu se répand sur tous les membres de son corps mystique , c'est-à-dire sur tous les fidèles, que saint Pierre appelle la race choisie , la nation sainte, le sacerdoce royal, le peuple conquis 9 afin de publier les grandeurs de celui qui les a appelés de» ténèbres à son admirable lumière (3). Car, comme dit le même Père, tous ceux qui sont prédestinés à la vie nesont-uYpas appelés prêtres et rois (4)? A la vérité , s'il fallait prendre ces termes dans leur sens propre et naturel, on ne les pourrait pas appliquer indifféremment à tou^ ceux qui sont enfants de l'Église, et qui font partie* du corps mystique de Jésus-Christ; mais. dans un sens figuré, les Pères ne font point de diffi-

(1) Christi solius esse regnum cum sacerdolio simul habefe. Facundus , l. 12. pro tribus Capit. c. 3.

(2) Nec dulcius, ncc amicabilias , sed nec arctius omnino regxum sacerdotiumque conjflftgi, seu complantari invicem potueruntquàm ut in personà Domini ainbo haec pariter convenirent. S. Bern.ep.2të.'f

(3) Vosaulemgcnus electuna, regale sacerdotium , genssancta, popuîus acquisilionis; ut viptutes annunlietis ejus, qui de tenebris vos vocavit in admirabile lumen suum. 1. Petr.2.9.

(4) Quotquot sunt praedestinati ad vitam , nonne omnes regcs «t sacerdotes nominanlur? S. Bern* eadem ep. 2£. ad Conra» dum Regem tiom,

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tïûlé de leur donner à tous les noms de prêtres et de rois. Tout chrétien, dit saint Ambroise,est oint, au bap- Hï$e et à la confirmation , comme prêtre et comme roi ; mais son royaume est spirituel, et son sacerdoce, spirituel (1). Tousceuxqui sont régénérés en Jésus-Christ, le signe de la croix les fait rois, et Ponction du Saint- Esprit les consacre comme prêtres , dit saint Léon (2). Ils n'en ont pas proprement le caractère, ni Tordre, ni les pouvoirs; mais ils en doivent avoir la sainteté et le mérite. Car ils sont domestiques de Dieu , dévoués et consacrés au culte de la très-sainte Trinité , et en cette qualité ils sont obligés, non-seulement de lui offrir par eux-mêmes un sacrifice de justice , c'est-à-dire d'une YÎe sainte et vertueuse; un sacrifice de louange, qu'ils continueront dans l'éternité bienheureuse ; un sacrifice de leurs larmes, et d'un cœur contrit et humilié; mais surtout de lui présenter par les mains du prêtre qui célèbre, à l'autel , le sacrifice de la messe à laquelle ils assistent : or, qui ne voit que toutes ces fonctions sont sacerdotales et royales ? car qu'y a-t-il de plus royal qu'un esprit soumis à Dieu, qui a l'empire sur son corps et sur toutes ses passions ? quelles fonctions plus saintes et plus dignes du sacerdoce , que de consacrer à Dieu une conscience pure, et de lui offrir des victimes sans tache, d'une piété solide, sur l'autel de notre cœur (3) ? Commençons donc dès maintenant à faire, pendant le cours de cette vie mortelle, ce que font les bienheureux dans l'éternité. Rendons grâces au souverain pon-

(1) Unusquisque ungitur in sacerdotium, ungitur in regnum: sed spirituale regnum est , et sacerdotium , spirituale. S. 4mb. U 4. de Sacra m. c. \.

(2) Omnes in Chnsto regeneratos Crucis signum efficit reges : sancti verô Spiritûs unctio consecrat sacerdotes. S. Léo ? serm.3* in die assumpt. suœ in Pontif.

(3) Quid enim tàm regium , quàm subditum Deo animum corporis sui esse reclorem? et quid tàm Sacerdotale quàm vovere Domino conscientiam puram , et immaculatas. pietatis hostiai de aUari cordis offerre ?5. leo% loço çitQtQ,

tife de nos âmes de nous avoir associés à sa royauté et à son sacerdoce tout ensemble, et disons-lui avec eux : Vous êtes digne, Seigneur, de prendre le livre de vie, et d'en ouvrir les sceaux , parce que vous avez été mis à mort, et que vous nous avez rachetés.... Fous nous avez faits rois et prêtres pour la gloire de notre Dieu, et nous régnerons sur la terre (1).

(1) Fecisti nos Deo noslro regnum et Sacerdotes, et regna^ Mmus super lerram. Jpoc. 5. 10.

ENTRETIEN

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