II. CONSIDÉRATION
Le pape Gélase dit qu'avant l'Incarnation les princes qui joignaient la dignité sacerdotale à la royale, étaient comme autant de figures du sacerdoce et de la royauté de Jésus-Christ ; mais que depuis Vavènement du vrai ponlîfe et du vrai roi tout ensemble ,ni les empereurs n'ont point pris la qualité de pontife, ni les pontifes n'ont point affecté l'autorité royale (3). Et
(l)Omnis qui inter homines sacerdos est, siattendas ad illum Sàcerdotem de quo dixit Deus : Tu es Sacerdos in œternum secundùm ordinem Melchisedech , parvus est et exiguus. Ille autem est magnus sacerdos qui potest penelrare cœlos , et universam rupergredi creaturam , et ascendere ad eum qui lucem habitat ifîaccessibilem , Deum et Palrem universitatis,
(2) Est quidem unus pontifex magnus Dominus noster Jesu» Chïvstus, sed ille non solùm sacerdos, sed et sacerdotum Sacerdos est , et non solùm pontifex, sed pontificum Pontifex ; nec sacerdotum Princeps, sed priucipum sacerdotum : sicut et rex non dicitur plebis , sed regum Rex , et Dominus non servorum, sed Dominus dominorum. Origenes yhom. 6. in Levit. et hom. 16. in Josue. sub médium*
(3) Sed cùm ad verum ventum est eumdem regem atque pontificem, ultra sibi nec imperator pontificis nomen imposuit, ûec pontifex regale fastigium vindicavit. Gelasius Papa, epUU ad Anast. Eadem habet Nicoh 1. ep.
pour rendre* raison de ce partage, il ajoute que le Sauveur du monde a séparé ces deux puissances, pour contenir les uns et les autres dans l'humilité chrétienne : voulant pour cet effet que les empereurs eussent besoin des pontifes pour la vie éternelle, et que les pontifes usassent des ordonnances et des dispositions impériales dans le cours des choses temporelles (1). Saint Maxime, martyr, soutint cette vérité avec beaucoup de gloire dans une célèbre assemblée des premiers hommes de l'empire de Constantinople., où il raconta les demandes que le patriarche Grégoire, qui était présent, lui avait faiies lorsqu'il était à Rome, et ce qu'il lui avait répondu. Voici ses termes : Tout empereur chrétien , me dites-vous , n'est-il donc pas aussi prêtre ? Je vous repartis que non ; car il n'assiste pas à l'autel comme le prêtre , il ne sanctifie pas le pain, il ne l'élève pas en disant : Les choses saintes ne sont quepGurles saints; il ne baptise pas; il ne consacre pas le saint chrême, il ne fait pas les évêques ni les diacres (2) ; et vous me dîtes : Comment est-ce donc que l'Écriture sainte donne à Melchisédech la qualité de roi et de prêtre (3) ?je répondis que Mel« chisédech était l'unique figure de celui qui est l'unique roi par nature , le Dieu de tous les hommes, qui s'est fait encore pontife par nature pour le salut de nos
(i) Officia potestatis utriusque discrevit, suos volens medicinaîi humilitate salvari, ul chrisliani imperalores pro selernâ vità pontificibus indigerent, et pontifices pro temporali cursu rerum imperialibus dispositionibus uterentur : ut modestia utriusque oriinis curaretur.
(2) Tu dixisti : Ergô non est omnis christianus imperator etiana sacerdos?et dixi : Non est. Neque enim adstat altari , neque per f-inctificationem panis exaltât eum, dicens : Sancta sanctis ; ne- »jue baplizat, neque chrismâtis confectionem sacrât, neque facit ppiscopos, vei presbyteros autdiaconos. Hœc ex Actis S, Maximi Marlfris Card. Baron* ad annum Chrtsti 657. n. 10.
(3) Et dixisti : Et quomodô Scriptura regem et sacerdolem ■îicU esse Melchisédech ?
âmes. Que si vous prétendez qu'il y ait encore un autre roi qui soit prêtre selon l'ordre de Melchisédecb, attribuez-lui donc le reste d£ ses qualités, et dites qu'il est sans père, sans mère, sans généalogie, sans commencement et sans fin (1).