II. CONSIDÉRATION
Vous me direz qu'après la fin des temps* il n'y aura plus de sacrifice. Que fera donc ce pontife immortel dans toute I éternité ? Que fait, dit saint Augustin, ce pontife éternel? que fait-il, lui qui est à la droite de Dieu , et qui prie pour nous , comme prêtre ; lui qui entre dans le plus intérieur de la Divinité , dans le Saint des saints, dans le lieu le plus secret des deux; lui enfin qui est seul exempt de péché , et par suite qui peut facilement purifier les hommes de leurs péchés (1)? Je réponds, dit ce Père, que celui qui est à la droite de Dieu, briserales rois au jour de sa colère (2), Mais si sa colère a de si terribles effets pendant qu'il n'est pas encore connu dans le monde , et qu'il agit en secret , que sera-ce lorsque, au jour du jugement, il fera éclater sa puissance (à)? Il remplit maintenant les ruines , il casse la tête de plusieurs sur la terre , c'est-à-dire que de superbes il les rend humbles (4) ; mais au jour du jugement il ne les remplira pas, il les détruira , il les condamnera (5). Ce sont là des actions de juge , me direz-vous , plutôt que de prêtre , qui finiront avec le monde. On demande quelle fonction pontificale il exercera durant toute l'éternité , pour conserverie nom et îa qualité de prêtre? car après le jugement universel, il n'y aura plus de sacrifice , ni de
(!} Quid agit sacerdos in seternum ? Quid agit ? qui est ad dexteram Dei, et interpellât pro nobis, tanquàm sacerdos; intrans in interiora, vel in Sancta sanctorum, in secreto cœlorum , i 1 le solus non habens peccatum, et ideo facile mundans à peccalis. 5. Aug. in Psal. 109.
(2) Dominus à dexlris tuis confregil in die irae suœ reges : con* quassabit capita, etc. Psal. 109.
(3) Si tanta est ira occulti , quod erit judicium manifeslati !
(4) De super bis hum i les facit.
(5) Modo sic judicatin geniibus, utrepleat ruinas: nam çuandà in fine judicaverit ? damnabit ruinas,
prière pour les péchés du monde. Pourquoi donc un sacrificateur ? car tout pontife est établi pour offrir à Dieu des présents et des victimes : c'est pourquoi celui-ci doit avoir aussi nécessairement quelque chos$ qu'il lui offre (1). Je réponds que Jésus-Christ, en qualité de souverain pontife , étant le suprême adorateur , qui seul peut rendre autant d'honneur à Dieu qu'il en mérite , il est convenable qu'il soit éternellement adorant en tant qu'il est homme , comme il est raisonnable qu'il soit éternellement adoré en tant qu» Dieu. Son emploi sera donc de rendre à jamais hommage à son Père, et de lui offrir pour toute la nature humaine et angélique d'éternelles actions de grâces et de louanges. Mais quand cette fonction sacerdotale ne serait pas éternelle, comme elle ie sera en effet, il conserverait toujours la qualité de prêtre éternel ; et même ilrne s'en pourrait pas défaire , parce qu'elle est fondée sur l'union hypostatique, qui est indissoluble , et sur l'onction substantielle de la divinité, qui le consacre et lui donne une puissance souveraine sur tout ce qui regarde le culte divin. Il ne lui faut donc point d'autre victime que celle qu'il a immolée sur la croix d'une manière sanglante, et qu'il renouvelle tous les jours sur l'autel d'une manière non sanglante jusqu'à la fin des siècles. 11 a reçu cette dignité pour durer éternellement selon la puissance de sa vie immortelle , quand même il n'aurait fait aucune fonction de prêtre par l'espace d'un temps infini (2).
(i) Omnis enim pontifex ad offerendum mimera et hostia*ccfistituitur : undè necesse est hune habere quod offerat.
(2) H.anc dignitatem in seternum duraluram accepit secundùm virtutem vitee insolubilis, etiamsi infinito lempore nullo mimera sacerdotis functus sit. Fasquez 9 3. parte diap, 85> c* S*
ENTRETIEN