CONSIDÉRATION
L'ancienne loi défendait expressément aux prêtres qui étaient consacrés au culte du Dieu vivant , de sacrifier en tout lieu sans son autorité : Gardez-vous d'offrir en tout lieu indifféremment vos holocaustes, mais seulement en celui que le Seigneur aura choisi. Ce lieu marqué par le Prophète n'est autre que Jérusalem, que saint Chrysostome (2) appelle , pour ce sujet , le nœud sacré de la religion , à cause du
(1) Cave ne offeras holocausta tua in omni ioco cjuem videris, *ed in eo queei elegerit Dominus. Deuter. 12.
(2) S. Chrysost. hom. i.advers. Judœou
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temple, dans lequel seul il était permis de sacrifier. De là vient que le temple étant .détruit sous l'empire de Vespasien , le sacerdoce des Juifs fut aboli , de même, dit ce Père , que la clef d'une voûte étant ôtée, toute la voûte tombe par terre. Ce fut alors que la prophétie d'isaïe fut accomplie : Mon Men-aimê avait une vigne sur an lieu élevé, gras et fertile. Il l'environna d'une haie, il en ôta les pierres , et la planta d'un plant rare et excellent. Il bâtit une tour au milieu, et il y fit un pnssoir. Il s'attendait qu'elle porterait de bons fruits , etcHen'ena produit que de sauvages. Mais je vous montrerai maintenant ce que je m'en vas faire à ma vigne : j'en arracherai la haie , et elle sera exposée au pillage. Je détruirai tous les murs qui la défendent , et elle sera foulée aux pieds. Je la rendrai toute déserte: elle ne sera plus taillée ni labourée. Les ronces et les épines la couvriront; et je commanderai aux nuées de ne pleuvoir plm urelle(l).
CONSIDÉRATION
Il n'en est pas ainsi du sacerdoce de Jésus-Christ. Il n'a point de bornes dans son étendue , non plus que dans sa durée. Cyest trop peu que vous me serviez pour susciter les tribus de Jacob , et pour convertir la lie d'Israël. Je vomai destiné pour être la lumière des nations ,
(1) Vinea facta est dilecto meo in cornu filio olei. Et sepivit eam , et lapides elegit ex illà , et plantavit eam electam , et œdificavit turrim in medio ejus, et torcular exstruxit in eâ : et exspectavit ut faceret uvas7 et fecit labi'uscas. Nunc ergo, habitatores Jérusalem, et viri Juda, judicale inter me et vineam meam. Quid est quod debui ullrà facere vinea,1 meae, et non feci ei ? an quod exspectavi ut faceret uvas , et fecit labruscas ? Et nunc ostendam vobis quid ego faciam viueae meae : auferam sepem ejus, et erit in di/^plionem ; diruam maceriam ejus, et erit in conculcationera . Et ponam eam deserlarn ; non putabitur, et non fodietur , et ascendent vêpres et spinae ; et nubibus mandabo ne pHiant super eam imbrem. [s. 5. 1-6,
380 L'HOMME D'ORMSON.
et mon salut jusqu'aux extrémités de la terre (l). Il était de la dignité du souverain pontife de nos âmes, que sa puissance ne fût point resserrée dans les confins de 'a Judée. Il fallait que la loi de grâce qu'il devait établir, fut dabord publiée sur la montagne de Sion et dans la ville de Jérusalem; mais elle en devait sortir pour juger toutes les nations , et régler les mœurs de tous les peuples (2), '
Pour éclairer une maison particulière , iî suffît d'allumer quelques flambeaux; mais il n'y a que le soleil qui puisse éclairer tout l'univers. Pour instruire lo peuple d'Israël , Dieu se contenta du ministère des prêtres et des prophètes : la voix de Moïse , quelque faible qu'elle fût , ne laissa pas de leur faire entendre suffisamment ses volontés (3) ; mais pour instruire tout le genre humain, il fallait qu'il envoyât son Verbe, et que ce Verbe s'incarnât en quelque façon dans la bouche des apôtres, pour accomplir ce que David avait prédit, que le bruit de leur voix devait retentir par toutela terre (4). Le Saint-Esprit nous en a laissé une excellente ligure dans l'Écriture : Fauteur sacré du livre de la Sagesse dit que le grand-prêtre de l'ancienne l»i ne portait pas seulement les noms des douze tribus d'Israël écrits sur douze pierres précieuses, dont le pectoral était enrichi, mais encore tout le monde, qui était représenté sur ses habillements. Car tout le monde, dil-il , était représenté par sa robe sacerdotale, et les noms illustres de leurs pères étaient gravés sur les quatre rangs des pierres précieuses qu'il portait, et votre nom plein de majesté
(1) Parùni est ut sis mihi servus ad suscitandas tribus Jàco^ ., et fœces Jsraeî converlendas. Ecce dedi te in lucem genlium, ut sis salusmea psqtie ad extrernum terne. Is. 49. 6.
(2) De Sion exihit lex ; et verbum Domini de Jérusalem -, et judicahit gentes. Is. 2.
(3) $. Cyrillus, l. 3. in Joan. c. 3.
(4) In oranem terram exivit sonus eorum. Psal. 18.
était écrit sur le diadème de sa tête (1). L'Éphod , qu'il portait pardessus sa longue robe qui pendait jusqu'à ses pieds, était d'une riche étoffe en broderie, qui représentait les éléments par les quatre choses qu'on y voyait, savoir le lin, la pourpre, l'hyacinthe et l'écarlate. « Le lin, dit saint Jérôme, représentait » la terre, parce qu'il en vient; la pourpre, qui est » tirée d'un poisson, représentait la mer; l'hyacinthe, » l'air ; et l'écarlate, le feu , par la ressemblance de la » couleur. La tiare, qui éclatait sur sa tête avec la ban- » delette d'hyacinthe , représentait le ciel ; et la lame » d'or qui était sur son front, sur laquelle était écrit » le nom ineffable, marquait la providence de Dieu, » qui gouverne le monde avec une sagesse qui doit » laire avouer à tout esprit raisonnable , que le nom » et le doigt de Dieu sont sur le front de toutes les créa- » tures (2). » C'est pourquoi Vhilon le Juif remarque qu'il appartenait au grand-pontife d'offrir des sacriaces et des prières, non-seulernent pour les douze tribus d'Israël, comme le reste des prêtres , mais encore pour tout le monde. En quoi proprement il n'était que l'ombre de Jésus-Christ , à qui seul toute puissance a été donnée dans le ciel et sur la terre, et qui seul la communique à ses ministres de la manière qu'il lui plait f et qu'il est convenable pour le bien des âmes.
Ilf. CONSIDÉRATION.
C'est de lui que l'Église, unie sous un même chef visible, qui est son vicaire en terre, tient son empire spirituel, avec trois avantages considérables par-dessus toutes les puissances temporelles. La première-est son, unité : car il n'y a qu'une Église , hors de laquelle il n*y
(1) In veste enim ponderis , quara habebat , totus erat oi'bis terrarum : et parentum magnalia in quatuor ordinibus lapidum erant sculpta, et raagnificentia tua in diademate capitis illms sculpta erat. SapieiU. 18. 24.
(.2) fide S. Hieronym. ep. 127.
332 fc'ffOMME d\>IU!SON*
a point de salut L'Epouse de Jésus-Christ est toujours vierge, on ne peut corrompre sa foi ni sa pudeur; elle ne connaît qu'une maison ; elle n'a qu'une chambre nuptiale, dont elle conserve la sainteté avec une pureté inviolable ; c'est elle qui nous garde pour Dieu, et qui destina au royaume tous les enfants qu'elle engendre. Quiconque se sépare de l'Église pour se joindre à une adultère, renonce aux promesses de l'Église, et ne parviendra jamais aux récompenses que Jésus- Christ nous propose. Celui qui quitte l'Église, fait divorce avec Jésus-Christ; c/est un profane, c'est un ennemi. Qui n'a point l'Église pour mère , ne peut plus avoir Dieu pour père (1).
Le second est son universalité. Car au lieu que les puissances temporelles partagent la terre en plusieurs royaumes , l'Église la ramasse et l'enferme toute dans son unité. L'Église, éclairée de la lumière (\a Seigneur, étend ses rayons par tout le monde, et néanmoins c'est une même lumière qui se répand partout , sans diviser l'unité du corps. Elle couvre toute la terre de ses branches, qu'elle pousse par la fécondité et la vigueur de sa sève. Elle fait couler de son sein plusieurs ruisseaux , qui arrosent toutes les parties de l'univers; mais néanmoins il n'y a qu'un chef de ce grand corps, qu'une source de tant de ruisseaux, qu'une mère de iant d'enfants dont le nombre se multiplie par la suite des temps (2).
(1) Ecclesia adulterari non potest , sponsa Christi : incorrupta est, etpudica : unam domum novit , unius cubiculi sanctitalem tasio pudore custodit : hœc nos Deo servat, hsec filios regno, quos generavit , assignat. Quisquis ab Ecclesia segregatus adultère jungilur , à promissis Ecclesiae separatur , nec perveniel ad Christi prifiisii*. Qui relinquit Ecclesiam, Christi alienus est, profanus, et hostisest. Habere jam non pôles! patrem , qui Ecclesiam non habet matrem. S. Cypr. I. de unit. Eccl. c. 2.
(2) Ecclesia Domiui luce perfusà super orbem totum radios suos pomgil, unuin tamen lumen est quod unique diflunditur, ne« imitas corporis separaiur ; ramos suos ia universam lerram copia
Le troisième est l'éminence de son pouvoir, qui g'élève jusqu'au ciel. Les plus grands rois n'établissent leur trône que sur la terre, dit saint Chrysostome ; mate celui des prêtres est au-dessus du firmament 9 et leur donne la puissance de juger des affaires du ciel. Les rois régnent sur les corps , et les prêtres, sur les âmes; leur dignité est donc plus grande : de là vient que les rois baissent la tête sous la main des prêtres pour recevoir leur bénédiction (1). D'où leur vient cet honneur ? le sacerdoce vient d'enbaut : son pouvoir s'étend sur lésâmes qu'il tient dans ses liens , et s'élève jusqu'au ciel (2). Pierre, dit saint Thomas, tient son nom et sa puissance de Jésus-Christ, qui lui a dit solennellement : Vous êtes Pierre , et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et je vous donnerai les clefs du royaume des cieux. Jamais Dieu n'a honoré aucun prince mortel d'un titre si giori<mxc,} att #um£ prérogative si avantageuse (3).
ubcrlalis extendit , profluentes largiter rivos latiùs expandit, unum tamen caput et origo una, et una mater fecunditatis successibus copiosa. S. Cypr. /. de unit, Eccl. c. 2.
(!) Régi corpora commissa sunt , sacerdoti animae. Major hic principaïus. Proptereà rex caput submittit manui sacerdotis. S. Chrrsost. hom. 4 , 5, de verbis Isaiœ.
(2; Sacerdotiuoi à supernis venit, ejusque vinculum animani contingit , atque ad cœlos usquè pervadit.
(3) Tali prœslantis titulo nominis, nullus unqifam sub cœlo princcps secularis dominationis auctusethonorificatus esta Deo, S» Thomas ; sive auctor opusc. de regim. principum, /. 3. c. 10.
3S4 • l'homme d'oraison.
POUR LE JEUDI DE LA SIXIEME SEMAINE d'aHIÈS LOGTAVE DE PAQUES,
De la qualité de souverain pontife , et des prérogatives admirables du sacerdoce de Jésus-Christ.