‹ L'homme d'oraison (volume 3)Chapitre 16 sur 164 · I. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

I. CONSIDÉRATION

La sublimité et l'excellence de ce miracle paraît en ce qu'il égale la toute-puissance de Dieu, et la fait paraître dans toute sa force. Car encore que le pouvoir des miracles soit un pouvoir divin incommunicable à la créature, qui n'en peut être que l'organe et non pas la cause principale ; néanmoins il n'y a point de miracle qui puisse égaler la vertu de son principe, et qui ne soit infiniment plus ravalé au-dessous de la puis sance de Dieu, qu'il n'est élevé au-dessus des forces di la nature. Dieu peut faire tous les effets naturels qu( nous voyons dans le monde, sans se servir des causer ordinaires et naturelles; par exemple, éclairer sans U soleil, échauffer sans le feu, guérir les maladies san/ appliquer de remèdes, qui est le premier ordre de( miracles, qui glorifie hautement sa puissance; mais néanmoins il n'approche pas à beaucoup près de la vertu de sa cause. Il peut produire tous les effets naturels d'une manière qui passe toutes les forces de la nature, comme lorsqu'il rend la vue aux aveugles, ou qu'il ressuscite les morts , qui est le second ordre des miracles, plus considérable que le premier, mais néanmoins infiniment au-dessous de la vertu qui les opère. Enfin, il peut faire des effets absolument surnaturels, non-seulement quant à la manière, mais encore quant à la substance de l'œuvre, qui est le dernier ordre des miracles, plus relevé que les deux autres; mais, après tout, il ne nous découvre pas toute la puissance de Dieu, il n'en peut égaler l'étendue. Il n'y a que le Verbe incarné, cet admirable chef-d'œuvre qui résulte de l'union hypostalique , ce miracle des miracles , qui en est la mesure certaine, et le seul effet égal à son

principe; car encore que Dieu ait un pouvoir infini, il ne peut rien faire de plus grand qu'un Homme Dieu. C'est pourquoi saint Cyprien nu» & raison de dire que Jésus-Christ était Tunique objet do son admiration, et que tout ce qu'il y a de grand dat;s l'univers ne iui donnait point tant d'étonnement que le seul mystère de Pincamation. Je ne m'étonne point, dit-il, de voir la terre suspendue sur le néant, qui se soutient par son propre poids, et qui demeure immobile au milieu des vastes campagnes de l'air qui l'environnent, servant de centre à toute la nature. Je n'admire point ces voûtes célestes qui roulent jour et nuit sur nos têtes, et qui trouvent leur repos dans leur mouvement (1). Je n'admire point les changements de la ïune qui croît et décroît à chaque moment, ni l'égalité du soleil qui se montre toujours plein, et qui est infatigable dans sa course, marchant sur les cieux comme un géant, et portant en tous les endroits du inonde sa chaleur et sa lumière (2). Je n'admire point la variété des saisons, qui causent tant de révolutions dans la nature, et qui font revivre au printemps ce qu'elles avaient fait mourir durant l'hiver (3). Qu'admirez-vous donc, grand saint, puisque vous n'admirez point ces grandes merveilles qui surprennent tous les esprits? J'admire un Homme Dieu, j'admire un Dieu incarné dans le sein dune vierge , j'admire le Tout-Puissant couché dans un berceau (A) : dans toutes les autres merveilles je trouve des raisons qui me satisfont ; mais dans ce mystère je n'ai que de Pétonnement, et je ne puis dire autre chose , sinon ce que disait le pro-

(1) Non rairor stabilitatem terrée, non volubile firmamenlum. S, Cypr.serm. de Nat. Christ.

(2) Non miror lunée defectum et increraentum, non solern into* grum, et laborem ejus perpetuura.

(3, Non miror temporum vicissitudines, in quibui (jure UK.rtua videbantur, reviviscunt.

(4) Miror Deum hominem, miror Deum in utero Yirginis, miror Omnipotentera in cunabuiis.

phète Habacuc : Seigneur, j'ai considéré vos ouvrages t et je m'en suis effrayé (1). Joignons-nous à cet éloquent martyr, admirons aveehii un Homme-Dieu, admirons avec l'Homme-Dieu la force de Pamour divin, qui nous Ta donné (2); mais admirant un Homme-Dieu, admirons en môme temps un nomme ingrat d'un si grand bien; étonnons-nous que Dieu ait fait pour l'amour de l'homme ce qu'il pouvait faire de plus grand t de plus rare , de plus admirable , et que l'homme fasse si peu de chose pour l'amour de Dieu. Dieu s'est fait homme pour l'amour de l'homme , que doit faire l'homme pour l'amour de Dieu? qu'avez- vous fait jusqu'ici ? que voulez-vous faire à l'avenir V dit saint Prosper (3). Si vous avez quelque sentiment de reconnaissance, venez honorer et admirer avec moi, non-seulement la sublimité, mais encore la singularité de ce chef-d'œuvre miraculeux (4).

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