V. CONSIDÉRATION
Cela néanmoins n'empêche pas que les saints ne puissent intercéder pour nous, et travailler à notre réconciliation en qualité de médiateurs subalternes selon le crédit qu'ils ont auprès du souverain médialeur, et le pouvoir qu'ils en reçoivent.
Ainsi Moïse est appelé médiateur, parce que ce fuj par soç; entremise que les anges donnèrent la loi au: ïsraélites'dans le désert (3). Ainsi saint Augustin nouj représente Aaron avec l'encensoir comme médiateu entre les vivants et les morts, lorsqu'il arrêta par s[ prière la violence du feu qui dévorait les enfants d'Ii raël dans leur camp : et il ajoute que l'ange exlermj nateur respecta dès-lors en la personne du gran< prêtre le mystère de la passion de Jésus-Christ, qi
(l)OmnesChrislianiinvicem se commendant orationibus sui pro quo autem nullus interpellât , sed ipse pro omnibus , his un| verusque mediatorest. Heb. 7. 26.
(2) Benedictus Deus qui propter nimiam charitâtem suam q\ dilexit nos , Filium suum dilectum misit , per quem pacem haï mus ad eum , et idem fit nobis hujus reconciliationis et mediatl et obses. Non est quod verearaur, fratres mei , sub tàm pio M diatore ; non est quod de tàm fîdo obside dubitemus. 5. At\ /. 2. contra Parme n. c. 8.
(3) Ordinatara per angelos io manu Mediatoris. Galat. £,
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devait se mettre en mourant entre les vivants et les morts, pour arrêter la colère de Dieu par ses prières, par ses larmes , et par le sacrifice de sa vie qu'il offrit sur le-Calvaire (1). Ainsi saint Jean-Baptiste est appelé par saint Grégoire de Nazianze, médiateur avant le médiateur (2); par saint Augustin, très-digne médiateur du nouveau et de l'ancien Testament (3) ; par le cardinal Pierre Damien, le médiateur de toute la sainte Trinité (4), par l'entremise duquel les trois divines personnes se tirent connaître au baptême de Jésus-Christ. Ainsi saint Bernard dit « que les apôtres lui ont été donnés » pour maîtres et pour médiateurs, auxquels il s® » peut confier avec toute sûreté , parce qu'ils lui ont appris le chemin pour parvenir à la vie, et que par leur a moyen il peut monter jusqu'au suprême médiateur» » qui est venu rétablir la paix entre le ciel et la terre » par l'effusion de son sang. Car celui-ci, dit-il, est • très-pur selon l'une et l'autre nature , il n'a point » commis de péché, on n'a point trouvé de tromperie » dans ses paroles. Comment est-ce donc que j'ose- » rais m'approcher de lui, moi qui suis pécheur jus- » qu'à l'excès , qui ai commis plus de crimes qu'il n'y » a de grains de sable dans la mer, puisqu'il ne peut » être plus pur qu'il n'est, ni moi plus impur que je ne » suisPJe dois donc craindre de tomber entre les mains » du Dieu vivant, si je présume de me présenter, ou » de m'attacher à lui; vu que la différence qui le sé- » pare de moi n'est pas moindre que celle du bien et » du mal. C'est pourquoi il m'a donné ces médiateurs
(1) Hoc fuit mysterium , quod futurum jam tune angélus ille qui populum vastabat , expavit. S. Aug. serm. 98. de temp.
(2) Mediator ante Mediatorem. S. Greg. Naz, orat. 2. i. et%2%
(3) Novi et veteris Testamenli Mediator idoneus. S. Aug. serm. 10. de Sanctis.
(4) Totius médius Trinitatis. Petrus Damian.serm, 23. qui est te S, Joan. Bapt.
» pour procurer ma réconciliation avec lui (1). » Ainsi saint Grégoire de Nazianze, que j'ai déjà cité, appelle les martyrs médiateurs de la Divinité; et généralement parlant l'Église donne ce nom à tous les saints et à tous les Esprits bienheureux, qu'elle invoque comme nos intercesseurs qui n'ont pas moins de zèle pour notre salut, que de crédit auprès de Dieu. Mais elle rend cet honneur à la bienheureuse Vierge par préférence à tous les autres, pour trois raisons principales : la première, parce que c'est par son entremise que le Père éternel nous a donné son Fils unique ; car c'est d'elle , dit saint Épiphane , que Jésus-Christ , qui est l'union du ciel et de la terre, a pris sa naissance temporelle (1). Aupara vaut les anges jouissaient seuls de la claire vue de Dieu; mais la bienheureuse Vierge qui les surpasse en sainteté et en pouvoir, l'ayant conçu en terre, les a tous attirés ici-bas, afin de converser avec les hommes.
La seconde, parce que c'est par elle que les pécheurs ont accès auprès de son Fils. Car, pour nous réconcilier avec Dieu, nous avons besoin d'un médiateur auprès de celui-ci; et il n'y en a point de meilleur que Marie (3). A la vérité , Jésus-Christ en tant qu'homme est un fidèle médiateur entre Dieu et les hommes ; mais si son humanité donne de la confiance aux hommes, sa divine majesté leur donne aussi de la crainte et di respect (4). Il semble que son humanité a été absorbéi dans la divinité, non que sa substance ait été changée J mais son affection a été déifiée : on ne loue pas seule-
(1) S. Bernard , serm. 1. de SS. Petro et Paulo.
(2) Ipsa est enim , quse unionem naturaliter peregit. S. Epiphan* de laud. Firgin.
(3) Opus est enim mediatore ad mediatorem istum, necalter nobîï ulilior quàm Maria. S. Bernardus , servi, super Signum magn.
(4) Firîelis plané et potens mediator Dei et hominum homi Christus Jésus : sed divinani in eo reverentur hommes mawfi tera. Ibid.
ment sa miséricorde, on célèbre encore sa justice (1). La médiation de cette femme, qui est bénie entre les femmes, ne sera donc pas inutile ; on trouvera son lieu dans cette réconciliation ; nous avons besoin d'un médiateur auprès de ce médiateur, et nul autre ne nous peut être plus utile que Marie (2).
Car enfin c'est par ses mains qu'il reçoit favorablement tout ce que nous lui présentons, et qu'il nous donne tout ce que nous lui demandons. C'est la dernière raison qui a porté les saints à lui donner la qualité de médiatrice, dont l'intercession nous est si nécessaire , que saint Bernard assure que ie Fils de Dieu ne nous communique aucune grâce que par sa mère , et que nous ne devons rien lui offrir que par elle, si nous ne voulons souffrir un refus. Pourquoi? afin que la grâce retourne à celui qui en est le distributeur, par le même canal par où elle est venue (3). C'est pourquoi si vous ne voulez souffrir un refus, ayez soin de mettre tout ce que vous voulez lui offrir, entre les mains de Marie, qui lai sont très-agréables, et trèsdignes de sa faveur (4).
Vous me direz que Jésus-Christ est toujours prêt à nous écouter nous-mêmes, et qu'il nous aime plus que tous les saints ensemble; qu'on n'a point besoin de suffrage pour gagner la faveur de Dieu, comme ilit
(1) Absorpta videtur in Deitatem humanitas, non quod mutata sitsubstantia, sed affectio deificata : non sola ei cantatur misericordia, cantatur pariter et judicium. S. Bern, serm. super signum magnum.
(2) Itaque nec ipsa millier benedicta in mulieribus videbitur otiosa; invenietur equidem locus ejus in hàc reconciliatione. Opus est enim Mediatore ad Mediatorem istum : nec aliter nobis utilior quàm Maria. Ibid.
(3) Quidquid illud est , quod offerre paras, Mariae commendaie mémento. Ut eodem alveo ad largitorem gratiae , gratia redeat , quo influait.
(4) ïdeôque modicum istud, quod offerre desideras , gratissimis illis, omni acceptione dignissimis Mariae raanibus , oflerendum tradore cura , si non vis sustinere repuîsam.
mini Ambroise, parce qu'il n'ignore rien> et qu'il connaît tous nos méïites (1); qu'autrefois on a défendu dans un concile de prier les anges (2); que saint Paul môme en condamne le culte ; Que personne ne vous séduise en affectant des sentiments humbles , et par le culte des anges (3). Je réponds premièrement que saint Paul ne condamne point l'invocation ni le culte des anges (4) , non plus que le concile de Laodicée, mais la superstition de ceux qui, sous prétexte d'humilité, disaient qu'il ne fallait pas prendre Jésus-Christ pour médiateur, afin de se réconcilier avec Dieu , mais qu'on devait se servir de Pentremise des anges , sans lesquels on ne pourrait parvenir à la faveur du Dieu de l'univers , parce qu'ii était invisible, inaccessible, et incompréhensible t\ l'esprit humain. C'est saint Chrysostome qui parle; h quoi Théodoret ajoute , que c'était par humilité qu'ils donnaient ce conseil (5). Je réponds en second lieu que saint Ambroise dit que nous n'avons pas besoin d'intercesseur auprès de Dieu, pour lui faire connaître nos misères, ou nos mérites, parce que rien ne lui est inconnu ; mais il ne dit pas qu'il nous soit inutile d'en avoir pour apaiser sa colère et fléchir sa miséricorde ; qu'à la vérité il a plus d'amour pour nous que les saints , mais que les Saints ont plus de crédit que nous
(t) Ad Deum autem quem utiquè nihil Iatet, omnia enim mérita novitpromerendum, suffragatore non opus est , sed mente devotà. S. Ambv. in 1. caput ad Rom.
(2) Théodoret. in 2. caput ad Coloss. adhœc verba : Vos seducat , etc., sic ait : Synodus quse convenit Laodiceœ , lege prohibât ne precarentur Angelos.
(S) Nemo vos seducat volens in humilitate et îeligione Angelorum. Coloss. 2. 18.
(4) Suntnonnulliquidicunt non oporterc per Christum réconciliais , et ad Patrem accedere, sed per Angelos.
(5) Illiergôhocconsulebant, humilitate utentes, dicentes uni- Versorum Deum nec cerni, nec comprehendi , nec ad eum posse peiveniri,sedoportere per Angelos divinam sibi benevolentiam conciliare?
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auprès de lui, et que c'est en cela qu'il fait éclater sa bonté , en nous donnant le moyen d'obtenir de lui , par la prière de ses amis, ce que sa justice refuserait absolument à notre peu de mérite et de vertu. Ce n'est pas pourtant que nous devions nous reposer sur leur crédit, sans travailler nous-mêmes à notre salut, et recourir à la pénitence (1). Les prières que les saints font pour nous , ont une très- grande force, dit saint Chrysostome dans la 5e homélie sur saint Matthieu; mais c'est lorsque nous joignons notre pénitence à leurs suffrages. Ne méprisons donc pas leurs prières ., ne disons pas : Qu'est-il besoin que je les prie , pourvu que je m'acquitte fidèlement de mes obligations? Mais aussi ne rejetons pas tout sur eux (2).
(t) Habent enim vim pro nobis et quidem maximam , orationes Sanctorum , sed tune profectô , cùm nos que-que id ipsum pfîp pœnitentiam postulamus.
(2) Nunquàm hoc dixeris homo : Multà prece necesse est. Nec Sanctorum preces contemnamus : ne que totum inillas projida* S. Chrysost. hom. 1. in vrim. épis t. ad The&sai.
82 I/HOMMF d'ORMSOH.
ENTRETIEN