‹ L'homme d'oraison (volume 3)Chapitre 38 sur 164 · II. CONSIDERATION · texte numérisé non relu

II. CONSIDERATION

En effet, si tout ce qui est dans le siècie est imaginaire, et qu'il n y ait rien de vrai, selon la maxime de Tertuîlien (2), tous les empires de la terre sont bornés dans le siècle ,et ne subsistent que sur la base du teïrips , qui en est un perpétuel mouvement ; mais l'empire et le domaine du Verbe incarné est éternel et immuable. Pierre Damien dit qu'il n'a commencé qu'après la résurrection. Le Fils de Dieu a été pendant trente-trois ans non Seigneur, mais sujet; non maître , mais serviteur; non dans l'honneur, mais dans la bassesse. Mais depuis qu'il est ressuscité d'entre les morts, et qu'il a été reçu dans le siège de son triomphe, ses lois impériales ont été publiées dans tout l'univers, et il a planté les marques de sa domination dans toute l'étendue du monde. Celui qui portait auparavant le nom de pauvre et d'un homme délaissé , sans suite et sans pouvoir, est maintenant environné de noms de majesté; et rejetant ces qualités basses et servîtes, il paraît tout éclatant de gloire, comme le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs (3).

Il est vrai néanmoins que s'il a pris la forme de serviteur, et s'il a voulu cacher sa grandeur royale sous

(1) Insimulatum imperium tuum porlans. Sapient. 18. Sic explicat Rupertus jam laudatus.

(2) Omnia imaginaria in hoc seculo , et nihil veri. Tertul.

(3) Filius Dei triginta tribus annis servus fuit, non dominus; minister, non magister ; vilis , non gloriosus : sed postquàm resurrexit àmortuis,et in triumphali sede receptus est, împeralorû décréta propalata sunt orbi, fixitque crucifixus in totam mund/ latitudinem suae dominationis insigne. Jam majcstativis nomini* buscircumfundilur ille pauper et unicus, et servilinm nominum vililate dimotà, Rex regum et Dominus dominantium multâ luce praefulget, Petrus Damian* serm. de sançto Michaelç,

cette apparente bassesse , il a bien pu renoncer pour un temps à l'usage de son pouvoir, mais non pas à «on droit. La qualité de Seigneur n'est point un accident à son égard dont il puisse se dépouiller : elle lui est substantielle , il la porte gravée sur sa cuisse , c'està-dire par le droit de sa naissance (1) ; il ta porte sur son épaule , c'est-à-dire par le mérite de la croix (2) ; il la porte avec lui et dans lui-même (3). Que veut dire : Votre principauté est avec vous? c'est-à-dire, votre principauté n'est point un bien extérieur, elle est en vous de toute éternité par le droit de votre naissance éternelle (4); elle est en vous pour toute l'éternité, par le droit de votre naissance temporelle. Sa principauté est dans sa nature et dans sa substance. Il ne Ta point reçue après sa naissance. Elle ne lui est point venue de iehors, elle ne lui est point échue fortuitement; il est roi, parce qu'il est né tel. C'est pourquoi étant interrogé s'il était roi, il disait lui-même : Je suis né pour cela (5). ter qualité des princes mortels n'est pas attachée nécessairement à leur naissance , ils pouvaient naître sans autre domaine que sur leurs affections qui leur sont libres; mais le domaine de toutes les créatures est naturel au Fils de Dieu, son onction royale est une onction du bois de vie, comme dit saint Clément (6) : elle est inséparable de sa personne et de sa naissance.

(1) Habet in femore scriptum : Rex regnum , et Dominus dominantium. Apoc. 19.16.

(2) Cujusprincipalus super humerum e.jus. Is, 9. 6.

(3) Tecum principium in die virtutis tuae. Ps. 109. 3.

(4) Quid est : Tecum principatus ? in te est principatus , qui noa posteà accessit, sed in te est perpétué. S. Chrysost. ad illud PsaL 109 : Tecum principium.

(5) Ipse habet principatum in naturâ et subslantiâ , ut qui nan eam acceperit posteaquàm fuit genitus, nec extrinsecùs importatam aut adventitiam possèdent, sed quôd ità sit genitus. fit ideô de regno interrogatus dicebat : Ego ad hoc natus sum. Ibid.

(6) Ex unguento virgulti vitae. Clem. Rom. 1. recogn. p<m* éft- «l ep. 3.

Elle a commencé avec l'union hypostatique ; elle a paru en quelque manière au jour de sa nativité. Rupert dit que les mages le vinrent adorer au nom de l'univers (1) ; mais il n'a exercé sa juridiction ni sa puissance royale qu'après sa résurrection. Que s'il a souvent commandé aux éléments, chassé les démons, et fait beaucoup d'autres miracles , quoique le cardinal Tolet 0) estime qu'il usait alors de son pouvoir d'excellence, néanmoins plusieurs autres théologiens sont d'un sentiment contraire, entre lesquels les uns disent qu'il usait d'un domaine indirect qui était annexé à son empire spirituel; les autres, qu'il agissait par la toute-puissance de sa divinité; les antres , par l'instinct du Saint-Esprit , à la manière des prophètes et des saints , qui semblent commander à toute ia nature , tant ils opèrent de merveilles. Isidore semble favoriser le sentiment de Tolet : car il dit dans Pépitre 166e du 4e livre, que Jésus-Christ n'a point usurpé la qualité de roi, comme un simple soldat, mais qu'il l'a cachée sous la forme de serviteur. Car il n'appartient qu'au roi de dire: Et moi je vous ordonne et vous commande. Cette parole : Je le veux, soyez guéri, est une parole de roi. C'est au souverain de dire : Qu'il vous soit fait selon votre désir. C'est un coup de maître d'imposer silence , et de drre avec erppire : Taisez-vous, je le commande (3).

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