‹ L'homme d'oraison (volume 3)Chapitre 56 sur 164 · V. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

V. CONSIDÉRATION

C'est ici la dernière prérogative , qui donne au cœur de Jésus un admirable pouvoir sur le nôtre. Car il est la source de toutes les grâces et de toutes les inspirations divines, par lesquelles notre Seigneur fléchit nos cœurs comme il lui pîaît , et les porte à ce qu'il veut, non-seulement en éloignant les occasions , qui pourraient les solliciter au mal, ou refusant son concours aux pensées et aux sentiments illicites qu'ils seraient capables de former, mais encore positivement en touchant nos volontés par les impuisions secrètes de son esprit, et par les impressions de la grâce, qui change les esprits les plus opiniâtres, sans blesser leur liberté ; car outre qu'il les a toutes acquises par ses mérites * plusieurs théologiens estiment qu'en mourant sur la croix* avant que d'expirer il les appliqua lui-même à ses élus ,qui devaient croire en lui après sa mort , traitant avec son Père de chaque grâce et de chaque

don qu'il leur voulait distribuer; ce qui est un trait de providence plus obligeant, que s'il se fût contenté de présenter son sang et sa vie confusément pour tous, et laisser à Dieu son Père le soin de les distribuer selon sa sainte volonté. Ainsi voyons-nous qu'il pria spécialement pour ses apôtres la veille de sa passion , et qu'il avait encore auparavant demandé en faveur de saint Pierre, que sa foi ne fût jamais éteinte ni affaiblie.

Et certes si plusieurs saints ont obtenu des grâces particulières pour ceux qu'ils recommandaient à Dieu, nommément en leurs prières , il est croyable que Jésus-Christ l'a fail pour chacun des prédestinés, qu'il connaissait distinctement, et qu'il avait présents à sa pensée. Cette considération attendrit davantage nos cœurs , et les attache plus fortement au cœur de Jésus- Christ, voyant qu'il pensait à nous, particulièrement lorsqu'il faisait le partage de ses grâces, et que chacun peut dire avec saint Paul , qu'il est mort spécialement pour lui, et qu'il s'est livré à la croix pour le mettre en liberté (1).

Quoiqu'il en soit, nous devons avoir une entière confiance en Jésus-Christ , et recourir à son cœur royal avec assurance , nous souvenant qu'il n'y a rien de si dur dans le nôtre, qu'il ne puisse ramollir; rien de si rebelle, qu'il ne puisse dompter ; rien de si impénétrable, où il n'entre avec autant de facilité qu'il fit auiiefois dans le cénacle, puce qu'il a dans ses trésors certaines grâces, parle moyen desquelles il peut faciliter ce qui noirs donne plus de peintr, et nous faire entreprendre avec allégresse ce qui nous semble plus contraire à nos inclinations. De là viennent ees changements si surprenants et si étranges, que l'Histoire ecclésiastique nous représente, comme celui de saint Paul, qui, d'un lion furieux devient tout-à-coup plus traïiabie qu'un agneau ; de Magtieleine , qui avait sept dé*

(1) Qui tradidit semelipsum uro me. Calât. 2. 20.

mons dans îe cœur , qu'un rayon de grâce chasse en un moment, pour donner entrée au Fils de Dieu ; d'une autre Marie Égyptienne, qui devient en un clin d'œii un proJige de sainteté , après avoir vécu dix-sept ans en toutes sortes de désordres , comme la plus prostituée de son siècle; et de cette femme dont parle saint Bernard , que saint Malachie changea tout-à-coup en la confessant , par un miracle plus grand que s'il l'eût tirée du tombeau.

Qui fait ces changements sî merveilleux? le cœur de Jésus, le roi des cœurs , le cœur de la sagesse incarnée, qui est, comme dit Salornon, la plus agissante de toutes les causes (1); la première règle de tous les mouvements, et par conséquent des mouvements de l'âme. D'où saint Bernard conclut (2) que notre cœur ne doit jamais agir, ni concevoir aucun désir, ni se porter d'inclination à quelque objet , que par l'impression du cœur de Jésus, auquel il doit être parfaitement soumis. 0 cœur humain, dit ce Père, c'est en vain que tu t'occupes de tant de choses vaines et périssables : tu es plus noble que tout ce que tu vois.

11 n'est pas bienséant que tu t'y assujettisses; il faut t'élever au-dessus, et t'en rendre maître. Tu n'en as pas besoin pour être heureux ni immortel ; lu peux en user comme de viatique, mais avec mesure; tu peux t'en servir, mais sobrement (3) ; tu es au milieu du corps comme un roi au milieu des peuples. Ne souffre rien dans ton royaume , qui contrevienne à tes lois , ni l'œil , ni la langue , ni la main (4) ; mais si lu veux être obéi , sois le premier obéissant ; suis le mouve-

(1) Omnibus mobilibus mobilior. Sap. 7. 24.

(2) S, Bern. de int. Vomo, c. 25.

(3) Non tedecet his subesse, sed praeesse; tu his neque ad beatitudinem indiges, neque ad immortalitatem. Viaticum parent in via, sed ad mensuram sumantur , non ad ebrielatem.

(4) Non sit in regno corporis tui , qui iinpunè d rae varice tu r , non oculus, lingua, manus.

ment du cœur de Jésus , et n'écoute jamais le tien : car autrement tu tomberas dans la confusion., et au lieu d'être dans un mouvement régulier, tu seras toujours dans le trouble (1).

(1) 0 cor humanum, cùm te moverit Deus, movearis, aliter non movearis; quia non esset moveri, sed commoverk

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ENTRETIEN

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