‹ L'homme d'oraison (volume 3)Chapitre 58 sur 164 · I. CONSIDERATION · texte numérisé non relu

I. CONSIDERATION

Si ceux qui ont plusieurs créanciers, sont estimés malheureux, parce qu'ils ne peuvent avoir un moment de plaisir ni de repos , il faut avouer que les pécheurs sont bien aveuglés , qui, pouvant facilement se décharger de leurs dettes, en contractent tous les jours de nouvelles, et s'engagent volontairement à des créanciers cruels et injustes, qui les poursuivent sans cesse, et ne leur donnent point de trêve. Car n'est-ce pas un aveuglement déplorable, de ne vouloir pas écouter ce que l'Évangile nous dit si clairement, que nous ne devons rien à la chair ni au sang, dont la tyrannie est insupportable, et qu'il n'y a pour nous qu'un Seigneur, qui est venu du ciel pour nous ramener à Tu-

nité suprême de son empire , de laquelle nous nous (lions séparés, pour nous répandre dans la multiplicité des créatures ?

Certainement quand nous ne ferions que jeter les yeux sur l'état de la nature, sans nous élever à la sonsidération de la grâce, il serait aisé de remarquer, svec saint Augustin, que cette souveraine sagesre qui travaille sur le néant, et qui en tire ses plus excellents ouvrages, les a tellement réunis, qu'elle n'en a voulu faire qu'un monde, aûn de nous montrer, par l'unité de ce grand corps, Punité du maître qui le gouverne (1).

En effet, de ce grand nombre de créatures qui font partie de l'univers , les unes ne possèdent simplement que l'être, les autres ont l'être et la vie, les autres joignent l'être sensitif au végétable, les autres sont dans un degré plus éminent, qui les distingue par une éclatante lumière d'intelligence et de raison. Or si vous assemblez par une manière de composition ces quatre degrés de l'être qui font les quatre principales parties de son état, dont la première comprend les simp et les mixtes; la seconde, les plantes; la troisième, les animaux; la quatrième, les créatures raisonnables, vous commencerez par l'unité de l'être , que vous verrez éclore du néant, et monter de degré en degré de l'être simple à l'être végétable; de l'être végétable, à l'être sensitif; de l'être sensitif, jusqu'au faîte de l'être intelligent, qui comprend tous les autres, et qui s'élève audessus comme la fleur s'épanouit sur sa tige : et derechef, si vous les divisez par une juste analyse, vous retournerez enfin à l'unité , et des quatre degrés qui se rencontrent dans la nature de Phomme, vous descendrez à trois, de trois à deux, de deux à un, qui" est comme le nœud sacré qui lie toutes les créatures dans la participation d'une commune existence , et qui les

(1) Unum Dominum communis nalura teslatur, quia uausest mundus. S> Aug* tfTM» & Innoc, el B* Atnb* U de ficle* c. *•

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ramasse en un tout qui ne doit reconnaître qu'an roi, puisqu'il ne fàit qu'un monde et un royaume. II ne faudrait donc qu'écouter simplement la voix des créatures, pour apprendre par leur propre témoignage, que nous n'avons qu'un souverain monarque. Il suffirait de nous souvenir de la noblesse de notre âme , pour connaître, par le rang qu'elles ont dans son royaume,, que c'est à tort que nous idolâtrons les ouvrages du créateur, puisqu'il les a faites pour nous servir, et non pas pour nous commander.

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