II. CONSIDÉRATION
Maïs la grâce du christianisme nous fournit encore le plus sublimes pensées, et nous montre plus clairement combien le Fils de Dieu est jaloux de l'unité de son empire, par la qualité de rédempteur , que l'amour lui a fait prendre sur nous, que par celle de créateur, que sa toute-puissance lui donne. Car, comme dit saint Àthanase, lorsqu'il fut question de rétablir cette unité, qui avait été déchirée par la révolte des pécheurs , il se réserva cet emploi laborieux, et ne voulut point conOer notre salut à un autre qu'à lui-même , de peur que nous donnant un autre réparateur pour relever les ruines de notre nature, il ne nous laissât quelque prétexte de reconnaître un autre maître qui partageât avec lui les affections de notre cœur (1). Pouvait-il ;*3ieux nous faire entendre l'obligation que nous avon£ de l'aimer uniquement, que par cette haute indépendance de toutes choses, où il nous a rétablis en .se chargeant de toutes nos dettes, et réparant toutes nos ruines, afin que nous ne fussions redevables de notre amour et de nos reconnaissances qu'à sa bonté. Faites attention à ceci : De peur que vous n'eussiez quelque sujet de partager votre amour entre le Créateur, qui
(1) Ne alium Domiuum agnosceremus. S, Jlhan. orat. eontr9 JriatH
*ous a donné la vie, et le Rédempteur, qui vous l'a rendue, le Sauveur du monde a voulu réunir ce double titre en sa personne (1). Jugez combien il est jaloux de votre cœur; et s'il n'a pu souffrir que vous eussiez un autre réparateur que lui, voyez s'il pourrait endurer tant de tyrans, qui ne s'emparent de son royaume que pour le perdre et le détruire,