‹ L'homme d'oraison (volume 3)Chapitre 65 sur 164 · CONSIDERATION · texte numérisé non relu

CONSIDERATION

Le premier office du roi est de gouverner ses sujets , et de les conduire à leur fin , qui est la béatitude. Saint Thomas traitant ce sujet, remarque que toutes les créatures ont une fin où elles tendent par tous leurs mouvements comme à leur dernière perfection , et comme au centre où elles trouvent leur repos. Mais il y a cette différence que les unes sont pourvues d'intelligence et déraison , les autres ne le sont pas. Celles qui n'ont point de raison , ne peuvent se porter à leur fin par elles-mêmes, c'est-à-dire par des moyens qui dépendent de leur élection : elles y sont conduites par quelque intelligence supérieure qui les gouverne; et comme il y en a de deux sortes, les unes incorruptibles , comme les cieux t les autres incorruptibles, comme les éléments , celles-là suivent parfaitement l'impression qu'on leur donne , et »e tombent jamais en défaut. Les

178 L'HOMME D'OïUISON.

autres se détraquent et sont sujettes à cfffoerses altérations; mais ces altérations et ces changements munies tendent au bien de l'univers, parce qu'ils servent à la conservation des espèces par la succession des sujets particuliers, qui sa détruisent les uns les autres, et contribuent par cette diversité , à Pornement et à la beauté du monde.

Il n'en est pas ainsi des créatures raisonnables , qui* étant libres par le privilège de leur nature , peuvent choisir les moyens pour arriver à leur fin selon leur volonté : mais comme elles sont sujettes à faillir et à se tromper au choix du bien et du mal , elles ont besoin de direction et de conduite. Les rois sont établis de Dieu principalement pour ce sujet , afin de conduire les peuples qui sont sous leur empire, à leur béatitude^ soit en bannissant le vice , soit en favorisant ia vertu , soit en maintenant les lois, soit en les gardant euxmêmes, et donnant au public un éclatant exemple de bien vivre. Aussi la plus solide louange d'un grand roi, est celle qu'un célèbre auteur (1) attribue à Marc-Aurèîe, savoir qu'ayant trouvé au commencement de son règne de bons et de mauvais sujets, de mauvais il les avait rendus bons , et de bons il les avait rendus meilleurs.

Page 1