‹ L'homme d'oraison (volume 3)Chapitre 67 sur 164 · CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATION

Saint Cyrille, admirant cette conduite, dit que ia colonne de feu qui éclatait sur l'arche de l'ancien Testament, signalée par tant de miracles, n'en était qu^ la figure, et que le peuple d'Israël, quilasuivait parle désert, nous apprend que nous n'avons point d'autre ^u id • du salut que le Verbe divin, qui s'est fait homme (3) Il avait dit auparavant que l'ordre qu'avaient les Israélites de suivre dans leur inarche le mouvement delà colonne , était comme une déclaration anticipée de ces paroles du Fils de Dieu : Je veux que celui qui me sert me suive ; et où je suis , là sera aussi mon serviteur (4) ; car il faut , conclut ce Père , qu'un cœur fidèle s'attache inséparablement à Jésus-Christ (5).

(1) Quasi rex Dominus sedet in corde, quia circumstrepentes régit animorum motus in noslrà cogilalione. In mente quippè quam inhabitat, dùm torpentia excitât, inquiéta frcnat , fiigida accendit, accensa moderatur, emollit rigida, fluxa reslringit, ex ipsà hâc diversitate cogitationum quasi quidam illum exercitus circumstat. S. Greg. L 20. Mor. c. 7. ad kœc verba Job:Ci\m(\\\Q sederem quasi Rex circumstante exercitu.

(2) Sive cei'tè quasi Rex sedet circumstante exercitu , quia prœsidentem illum mentibus eleclorum circumstat lurba virlutum.

(3) Tabernaculo igitur prœcedente Hebraei sequebantur, slanle castra melabantur , ut discamus nullum alium datum nobis esse ducem ad salutem quàrn Verbum Dei hominem factum. S. Cyrillus , /. 4. in Joan. c. 28.

(4) Qui mihi ministrat, me sequatur ; et ubi ego sum , il lie minisler meus erit.

(5) Fixum enim esse ac indivisibiliter hœrere Christo tidelem aporiet.

Saint Ambroise, suivant la môme pensée, dit excellemment que cette miraculeuse colonne, selon sa forme extérieure, précédait les enfants d'Israël comme leur guide; mais, selon le mystère, elle figurait le Seigneur Jésus, qui devait venir dans une nuée légère , c'est-à-dire dans le sein de la Vierge , pour nous servir de directeur, dont il faut absolument suivre la conduite, pour arriver heureusement au terme de notre voyage (1). Le peuple d'Israël, ajoute-t-il, n'avait encore que la figure, et néanmoins il ne faisait rien que par ses ordres ; mais nous avons la vérité. Confions donc noire voyage à la sage conduite de notre Seigneur Jésus , qui a premièrement introduit la loi, et donné à son peuple la terre qu'il leur avait promise en héritage , par l'entremise d'un autre Jésus, qui représentait sa personne. Aussi lors même que Moïse semblait être le conducteur d'Israël, il voulut que Jésus l'assistât (2). Pourquoi? pour montrer, par cette figure , qu'il était le véritable guide de l'ancien Testament aussi bien que du nouveau, et que les saints qui vivaient dans la loi de la nature et dans la loi écrite , ne marchaient qu'à la faveur de ses lumières, et ne réglaient leur vie que sur le modèle de ses vertus, qui leur était montré par avance : si bien qu'on peut dire de chacun deux, ce que saint Ambroise dit de Moïse, que Jésus conduisait ses pas , et qu'il lui servait de guide (3). Certes saint Augustin dit de Job (1), qu'ayant devant les yeux de

(1) Specie quidem pr&cedebat filios Israël , mysterio aulem signincabatDominum Jesuin , in nube ventunini levi , hoc est in Virgine Maria. S. Àtnb. serm. 5. in Psal. 115. ad 1. versum.

(2) In populo tvpusfuU ,in nobis verilas. Nos igilur commillamus iler nostrum duclui Domini Jesu , qui légem primo inlroduxil, etanteà per Jcsum terrain promissions in possessionem populo suo dédit. Sed etiam quaudô Moyses videbalur cluclor essa aderat illi Jésus.

(3) Aderat illi Jésus. Ibid.

(4) yEstimavit se terram? eî cinerem ? mente conspicîcas Clirùii

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l'esprit, la justice et l'innocence admirable de Jésus- Christ, non-seulement selon sa divinité, mais encore se Ion son àme et son corps , il conçut un profond mépris de lui-même, s'estimant plus vil que la cendre et la poussière de la terre. Il se fonde sur le témoignage de ce saint patriarche , qu'il allègue en ces termes : Seigneur, je vous vois des yeux de Pesprit ( souffrant et mourant pour mes péchés ) , et cette vue m'oblige à me blâmer moi-même : je condamne mes sentiments; Jen ai une extrême douleur , et je vois bien que je ne suis que terre et que cendre (1).

Heureuse l'âme qui ne perd jamais de vue ce roi des cœurs, et qui marche constamment sous sa conduite! elle peut s'assurer que la manne des consolations divines ne lui manquera point, et qu'il ne l'abandonnera pas un seul moment, jusqu'à ce qu'il l'ait introduite dans la terre des vivants, où les bienheureux jouissent de tous les biens du Seigneur en le voyant. C'est pour cela qu'il demeure avec nous jusqu'à la fin du monde dans le Saint-Sacrement, pour y établir le siège de son règne, comme l'ange dans la colonne. Son très saint corps que nous y recevons, est la nuée mystique qui va devant les vrais Israélites, pour leur montrer le chemin du ciel. Toute l'armée des fidèles, ô Seigneur, qui en êtes le roi, suit la nuée de votre sainte humanité, et quiconque ne la suit pas, est dans les ténèbres, et marche dans les ténèbres , et ne sait pas où il va. Car c'est elle qui nous éclaire , et qui nous montre le chemin qui mène à la vie ; le chemin , dis-je, de l'humilité et de la patience, le chemin de la dou-

justitiam, incujus non tantùra divinitate,sed nec in anima , nec in carne, ullum potuit esse peçcatum. S» Àugustinus, /. 2. de pec. merit. et rem.

(1) Ecce oculus meus videt te : ideô vituperavi meipsum , et distabui , et œslHmavi meipsum terram et cinerem.

:euretde la miséricorde, et tout ce que vous avez daigné nous révéler par le mystère de l'Incarnation (1).

(1) Hancnubem totus exercitus sequitur, Domine, Rex Sabaoth. Qui autem non sequitur eam , in tenebris est, et in tene<3 bris ambulat, et nescit quô eat. Reîucetenim de hâcsemitâ, qu<38 ducit ad vitam , semita humilitatis et patienliae, semilamansuetudinis et misericordiœ , et quidquid pep incarnationis tu* myslerium rcvelare dignatus es. Drogo , de Sacrant, pom. Passions.

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