II. CONSIDÉRATION
L'auteur du traité de la Passion qu'on attribue à saint Bernard , dit que la croix est le vaisseau dans le-
(1) Ex Aquilone exardescent mala. Jerem. 4.
(2) Heec ergô navis Ecclesia est, quae et si quotidiè seculum istud tanquàrn aliquod pelagus sortitur infestum , nunquàm eliditur adsaxum , nec mergitur ad profundum.
(3) Spes hiunani generis, Christe, Deus de Deo,refugium nostrum et virtus, cujus lumen à longe inter caliginosas nebulas super maris procellas quasi stellae maris radius oculos nostros irradiât, ut dirigamus ad te portum : guberna, Domine, navcm nostram tuâ dextrâ , clavecrucis tuae, ne pereanius in fluctibus, sed virtute crucis tuae trahe nos ab hoc pelago ad le solamen uuicum 2 etc. Soliloq, 3. c* 35.
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quel il faut passer la mer de ce siècle sous la conduite de notre admirable pilote. « Si quelqu'un , dit-il , se » trouve en danger dans cette mer spacieuse, qui est » longue et difficile à passer , qu'il prenne jksus-Christ » pour viatique dans le vaisseau de sa croix , s'il veut » être en sûreté; qu'il mange ce pain des anges, qu'il » l'adore, qu'il en tire sa nourriture, sa consolation, » sa joie, sa force, en un mot, tout ce qui lui est né- » cessaire pour passer heureusement à travers de tous » les périls qui l'environnent. Car si le Psalmiste dit » que les navires passeront par là, c'est-à-dire ceux qui » suivent Jésus-Christ avec leurs croix, quel navire y » passera plutôt que celui de Jésus-Christ crucifié (1) ? » Qu'il ne craigne donc point d'y entrer avec un si bon patron, qui tient le gouvernail, Plusieurs saints, dit l'auteur du Cantique Nouveau , se confiant en Dieu, ont déjà méprisé les flots de cette mer orageuse; plusieurs les ont foulés sous les pieds ; plusieurs marchant sur les eaux sont arrivés sûrement au port. Sus, mes frères, soupirons ardemment après notre chère patrie (2) ; souffrons ce pèlerinage qui nous retient, mais ne l'aimons pas : hâtons cependant notre voyage. Nous n'avons point sujet de nous arrêter en chemin : vous ne trouvez rien dans le siècle qui soit aimable. Montons sur le vaisseau de la foi , et sur la croix tout ensemble ; que l'ancre de l'espérance ne nous manque point, ramassons les voiles de la charité , demandons le vent favorable de la parole de Dieu, ayons soin de vider la sentine de nos péchés , et de purifier notre conscience par le moyen de l'aumône. Je veux que nos fautes soient légères, mais elles sont en grand nombre (3).
(1) Créditas Bern. tract, de Pass9 Dom. c> 43.
(2) In Deo sperantes multi jam sancti hos fluctus spreverunt , multi calcaverunt, multi super ejus aquas ambulantes securi ad patriam pervenerunt. Auct. lib. de Cant. novo, c.2. tom. 9,
(3) Ascendamus navem fidei simuletcrucem, nec desit anchora spes nostrse salutis, vêla charitatis colligamus , invocemus ven-
Elles pourraient mettre le vaisseau en danger; vidons-le donc premièrement^ et puis ne craignons plus d'y entrer. Voyez comme l'Apôtre ne nous montre pas seulement ce vaisseau , mais qu'il y monte , et convie tout le monde d'y monter (1). Quand il disait : A Dieu ne plaise que je me glorifie en autre chose qu'en la croix de notre Seigneur Jésus-Christ, par qui le monde est crucifié à mon égard, comme je suis crucifié pour lui, il montait dans le vaisseau (2). Quand il disait: La foi, l'espérance, la charité, demeurent, mais la charité est la plus excellente des trois, il ramassait les voiles de la charité (3). En disant : Que la parole de Dieu habite en vous avec abondance, il demandait un vent favorable (4). En disant: Nous avons été sauvés par l'espérance, il jetait l'ancre dans le cœur des fidèles (5). En disant : Jérusalem qui est d'en haut, est libre , et c'est elle qui est notre mère, il nous montrait notre pairie (6). Enfin en disant : 0 mort, où sont tous tes efforts P grâces à Dieu, qui nous a donné la victoire par notre Seigneur Jésus-Christ, il parlait comme s'il n'eût pas couru les dangers de la mer, et qu'il eût été
tum prosperum Verbum Dei , exhauriamus sentinam àpeccalis, per eleemosynas mundelur conscientia. Non negligamus peccata nostra: minuta sunt, sed multa sunt.
(1) Vide Aposlolum hoc navigium non soliim demonstranlem , verùm etiara ascendentem , et quàm plurimos invitantem.
(2) Quandô dicebat : Mini autem absit gloriari nisi in cruce Domini nostri Jesu Christi, perquem mihi mundus crucifuus est et ego mundo , navem ascendebat.
(3) Quandô dicebat : Manet fides, spes, charitas, major horum charitas, charitatis vêla colligebat.
(4) Quandô dicebat : Verbum Dei habitet in vobis abundanter, venlum prosperum invocabat.
(5) Quandô dicebat: Spe salvi facti sumus, anchoram in cordibus credenliurn (ïgebat.
(6) Quandô dicebat : Jérusalem quee sursùm est, libéra est, quee est mater nostra, ipsam palriam demonstrabal.
déjà dans son propre pays (1). 0 très-sage gouverneur, ô très excellent maître et docteur, vous avez fait ce que vous avez enseigné; c'est pourquoi vous êtes bientôt parvenu au port, parce que vous avez fait avant que d'avoir enseigné (2).