III. CONSIDÉRATION
C'est en cela que le bonheur des serviteurs de Jésus- Christ est merveilleusement grand, d'être assurés de vaincre avant que de commencer le combat, et de pouvoir triompher de leurs ennemis avec tant de facilité, qu'il ne tient qu'à le vouloir. Car enfin la victoire des tentations dépend absolument du refus ou du consentement de la volonté, qui est si libre, qu'il n'y a point de violence ni de contrainte qui la puisse forcer. Le cœur de l'homme est une forteresse inaccessible, où le démon ne peut entrer, s'il ne lui ouvre la porte et s'il ne trahit lui-même sa liberté. 11 peut bien jeter du trouble dans nos imaginations, soulever les passions, frapper les sens, altérer les humeurs et le tempérament du corps , mais il ne peut rien sur la volonté ; et quelque entreprise qu'il fasse sur sa liberté , elle a toujours un pouvoir absolu de résister à ses efforts; elle est au milieu des tentations les plus violen» tes, comme les martyrs au milieu des supplices et des tourments , qui étaient maîtres de leurs tyrans et faisaient trembler leurs bourreaux. On mettait leurs mains dans les fers, mais leur cœur, gardait parfaitement sa liberté ; on resserrait leurs corps dans le? prisons, mais on n'y pouvait pas enfermer leurs es*prits; on les jetait en des cachots pleins de ténèbres, mais au milieu des plus sombres obscurités, ils jouissaient des lumières du cie). Ils étaient libres au milieu des chaînes, glorieux au milieu des ignominies, victorieux au milieu de la mort. Tel est celui que le démon persécute, et qu'il presse de consentir à ces pernicieux desseins : c'est un martyr de Jésus Christ, qui soutient l'honneur de son maître et la gloire de la vertu. Quelques efforts qu'on fasse contre sa Iberfé, il sera toujours invincible tandis qu'il ne voudra pas être vaincu; et si la tentation lui tient lieu de martyre, c'est un martyre pacifique, plus glorieux que
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difficile à souffrir, puisque la plus grande de ses peines est de ne consentir pas à sa ruine, et que la moindre récompenser qu'il puisse attendre de sa fidélité vaut mieux que toutes les couronnes de la terreTAjoutez à cela qu'il n'est rien de plus aisé qu'un mépris, et que celui qui pourrait mettre son ennemi hors de combat seulement en se moquant de lui , serait bien lâche de le craindre, et bien malheureux de lui laisser l'honneur de la victoire, qu'il peut remporter avec tant de facilité. Or je dis que le Sauveur du monde a tellement abattu Satan et qu'il l'a rendu si faible, que c'est assez de le mépriser pour le mettre au désespoir. Car comme il n'est rien qu'un esprit vain puisse moins supporter qu'un mépris, soyez assuré que le diable, qui est le prince des orgueilleux, songera bientôt à la retraite , s'il voit que vous méprisez ses menaces et ses efforts. C'est ainsi que tous les saints l'ont traité, s'élevant, comme dit Germon, sur le trône de Poumiiité, pour condamner cet insolent par le mépris de ses appâts, par le mépris du monde, et par le mépris d'euxmêmes. Le Fils de Dieu leur avait appris cette leçon dans le désert, où il pouvait aisément changer les pierres en pain; mais il ne le voulut pas faire, dit saint Augustin, pour confondre ce tentateur par le mépris de ses conseils, et pour nous montrer qu'il n'y a point de meilleur moyen pour le vaincre que de n'en faire point d'état (1). Et de vrai , si nous considérions avec attention ce que cet ennemi emploie pour nous tenter, et si nous savions lui lever le masque, nous verrions que c'est un imposteur aussi ridicule qu'il est méchant, et que toutes ses promesses sont trompeuses ; ses menaces, vaines; ses charmes, pleins d'illusion, et ses conseils , pleins de folie.
Mais quand cet esprit de malice serait plus redouta-
(1) Non fecit, ut voluntatem contemneret tentatorisj aliter enim tentator non vincitur t nisi contemnatur. 5. Àug. serin» U de verbis DominL
ble, et que ses assauts seraient plus violents et plus difficiles à soutenir, une étincelle de l'amour de Jésus- Christ serait suffisante pour adoucir la peine du combat et nous faciliter la victoire. Car , comme dit saint Chrvsologue, c'est une manière de combattre et de vaincre fort agréable et facile aux plus faibles coma* ges,que de pouvoir triompher de tous ses ennemis en aimant. Or saint Athanase assure que Pamour d$ Jésus-Christ est le plus fort bouclier contre tous les traits de l'ennemi, et qu'encore que ce lion craigne l'éclat de toutes les vertus , néanmoins il n'y a rien qui l'épouvante davantage que le feu de l'amour di* vin, dont la flamme lui est plus insupportable que celle de l'enfer. Par conséquent il n'est rien de plus ai§é que de lui faire prendre la fuite, puisque rien n'est plus aisé que d'aimer le bien , ni plus juste que d'aimer celui qui est la source de tous les biens. Si l'on nous disait qu'il faut donner du sang, pour acheter la victoire , qu'il faut mater le corps par de longues et rigoureuses pénitences, qu'il faut renoncer à tous les plaisirs de la vie, et distribuer tous ses biens aux pauvres, il y aurait quelque prétexte plus apparent de se plaindre de la difficulté ; mais on nous dit seulement qu'il faut avoir un peu d'amour pour Jésus-Christ : ose rions-nous dire qu'il est trop difficile ? 0 bonté infinie de notre Rédempteur! ô promesse avantageuse! aimez Jésus-Christ, et vous triompherez avec lui de tous les efforts de Satan , don<t le dernier malheur est d'être éternellement privé d'amour. S'il veut vous attirer par les charmes de la volupté , aimez Jésus : il est aisé de mépriser les délices de la chair, à qui a goûté celles de l'espriU S'il pense vous éblouir du vain éclat de Thonneur, aimez Jésus : la faveur des hommes n'est qu'un fantôme , à qui possède la faveur de celui qui est le vrai soleil de la gloire. S'il veut allumer dans votre cœur le désir de la vengeance , aimez Jésus : le feu du ciel étouffera celui de l'abîme, et la douceur de TAgHeau sans tache dissipera le fiel du dragon , ^
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le venin de l'aspic. Enfin, de quelque artifice qu'il se serve pour ébranler votre fidélité , si vous aimez Jésus- Christ, vous ne pouvez être vaincu, et vous auriez mauvaise grâce de vous excuser sur la difficulté du combat, puisqu'il n'est difficile qu'à ceux qui n'ont pa§ assoit d'amour.
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