‹ L'homme d'oraison (volume 3)Chapitre 73 sur 164 · II. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

II. CONSIDÉRATION

Il ne se contente pas d'avoir une fois vaincu notre ennemi, mais il le combat avec nous, et il vient à notre secours autant de fois que nous recourons à sa bonté (1).

Il sait que nos ennemis nous persécutent, pour la haine et l'envie qu'ils lui portent; et que son amour l'oblige à nous sauver de leur fureur, puisque nous souffrons pour sa querelle, et que le combat, où nous entrons, n'est pas tant le nôtre que le sien.

Il connaît bien notre faiblesse, et il n'ignore pas que sans lui, comme dit le concile d'Orange, nous n'aurions pas la force de repousser les plus légères tentations (2). Et puis l'amour qu'il a pour nous ne lui p&$* met pas de nous laisser dans le péril: il est trop bun, pour nous oublierai! besoin; et trop fidèle, pour souffrir que nous soyons tentés par-dessus nos forces.

Que si vous me demandez d'où vient donc que nous sommes si souvent vaincus, et que nous recevons si

(1) Vult semper Jésus res mirabiles facere , vult de Jocustis vincere gigantes , et de iis qui in terris sunt cœlestes superare nequitias. Et foi tasse hoc est quod dicebat, quia qui crédit in eum non soltim faciet ea quœ ipse fecit ; sed majora, inquit , horum faciet. Verè enim majus videtur, quôd homo in carne positus , fragilis, et caducus, fide tantùm Christi et verbo ejus armatus superet gigantaeas dœmonum legiones. Quamvis ipsesit qui vincit in nobis, plus tamen esse dicit quôd per nos vincit, qifam quod per se vincit. Tantùm est ut nos armisistis semper simus armati, et conversatio nostra semper in cœlis sit. Omnis motus noster, omnis actus, omnis cogitatio, omnis sermo cœlestis sit. Quantô enim nos illùc ardentiùs ascendirnus, tanto il 1 î praecipitantiùs ruunt, et quanto magis augemur, tantô illi inferiores fiunt , vita nostra si sancta sit, si secundùm Deum sit, illis mortem inferet : si segnis et luxuriosa sit, potens eos adversùm nos, $t gigantes efficiet. Origenes, homil.7. in ISum.

(2) Sine me nihii potestis facere. Joan. 15. 5.

lâchement les impressions de l'esprit malin , qui sème Pivraie dans nos cœurs, au lieu de nous unir à Jésus- Christ, qui vient lui-môme y jeter les semences de la grâce, j'avoue qu'il y a sujet de le trouver étrange, puisque les anges mêmes s'en étonnent : Est-ce que vous n'avez pas semé une bonne semence dans votre champ? D'où vient donc qu'il y a de l'ivraie (1) ? Mais vous serez encore plus surpris , si vous considérez la réponse que le Fils de Dieu leur donne. C'est un homme ennemi qui a fait cela (2). Que veut-il dire par ces paro* lesP veut-il décharger le démon du mal que nous lui imputons, comme s'il n'était pas la première cause de nos malheurs? Nullement; mais il nous veut apprendre que cet ennemi, qui a la fureur des dragons, n'a que la force d'un homme, c'est à-dire, que tout homme en particulier a autant de forces pour se défendre, et )oême davantage, que le diable n'en a pour l'attaquer. S'est ce que Daniel vit en esprit, lorsqu'on lui montra Jes bêtes farouches qui devaient désoler la terre, Car la première qu'il aperçut, lui, parut d'abord comme une lionne, qui avait des ailes d'aigle ; mais elles lui furent bientôt arrachées, et alors, se levant sur ses pieds, elle prit ie cœur et le visage d'un homme. Cela veut dire que cette tentation qui vous étonne, cet ennemi qui vous épouvante, et qui vous montre un visage de lion en vous attaquant , n'a pas plus de force qu'un homme , et qu'en lui résistant cons! animent, vous lui arracherez les ailes, et vous lui ferez bientôt tomber le masque. Je dis encore plus: Quand tout l'enfer s'élèverait contre vous, ces esprits de ténèbres, pris tous ensemble, n'auraient pas plus de force qu'un homme ; car ils n'en auraient pas plus que vous. Quelque fureur qui les transporte, ils ne peuvent faire que ce que Dieu leur permet, et il ne leur permettra jamais qu'ils

(1) Nonne bonum semen seminàsti in agro tuo ? undè ergo habet zizania ? Matth. 13. 27.

ç2) Inimicus bomo hoc fecit. Ibid*

entreprennent rien qui surpasse la force qu'il vous donne pour les vaincre. Ne craignez pas votre ennemi, dit saint Augustin, il n'a de pouvoir sur vous que ce qu'on lui en veut donner ; mais craignez celui qui borne son pouvoir par une plus haute puissance (1)* La volonté de Satan est toujours mauvaise; mais la puissance qu'on lui donne ne peut être injuste , parce qu'il la tient de Dieu, qui ne fait tort à personne. A proportion qu'il étend le pouvoir de nos ennemis, il redouble le secours qu'il nous donne , et si nous leur cédons lâchement, nous n'en devons rejeter la faute que sur nous-mêmes. Jetez les yeux sur le fumier de Job, qui fut, comme dit Tertullien, le cercueil et le tombeau des démons (2). Origène dit que le prince des ténèbres, oubliant la conquête de l'univers pour attaquer un seul homme, ramassa toutes les troupes des démons pour ébranler sa constance; et toutefois cet homme seul couvert de plaies, et couché sur son fumier, triompha de leur orgueil , et les mit au désespoir. Que cette confusion est juste, et que la puissance de Jésus-Christ est admirable! il n'y a point d'homme si faible dans l'empire de ce grand roi, qui ne soit plus fort que tout l'enfer. Car s'il a tout l'enfer sur les bras, tout le ciel est armé pour sa défense ; et si le Prince du monde soulève toutes les créatures contre lui, le créateur et le Sauveur du monde est au milieu de son cœur, et sa seule présence le rend plus fort et plus terrible qu'une armée rangée en bataille. Comparez, je vous prie, celui qui l'attaque avec celui qui le défend : qui est celui qui lui livre le combat? un ennemi vaincu, qui est tombé du ciel, et qui est encore tout brisé de sa chute : qui est celui qui le défend ? le vainqueur du monde , de la chair et du diable , gui étend son bras tout-puissant pour le protéger, et le couronner après

(1) Noli timere inimicum; taotùm facit, quantum acceperit potestatem , eum time qui habet summam potestalem. S. Aug.

(2) l'ert. i.de Patient, c. 4.

le combat (1). Et donc si Jésus-Christ est de notre parti, comment se peut-il faire , dit Césarius (2) , que le diable ïious fasse peur? vous avez pour vous un chef si puissant, et vous craignez encore vos ennemis? vous combattez sous les auspices d'un si grand roi , et vous doutez de la victoire ? Je veux que votre ennemi soit importun, et qu'il vous donne tous les jours de rudes attaques : Jésus-Christ n'est-il pas aussi toujours auprès de vous? Satan a dessein de vous renverser, et Jésus- Christ, de nous relever; celui-là ne respire que votre mort, et celui-ci est le gardien de votre âme et le défenseur de votre vie : demeurez donc ferme et inébranlable, et soyez assuré que Jésus-Christ est incomparablement plus fort pour vous soutenir, que Satan pour vous opprimer. Vous voudriez peut-être qu'il usât de son pouvoir absolu, pour écarter si loin vos ennemis que vous n'eussiez pas la peine de les combattre, ni la peur d'être vaincu. Ce désir est trop bas, pour toucher une âme forte; et trop injurieux à votre maître, pour tenter un cœur qui lui est ûdèle : mais si vous étiez assez lâche pour vous couvrir de ce prétexte, et vous excuser sur la difficulté du combat ? sachez que Jésus-Cbrist ne vous offre pas seulement son secours, mais qu'il met la victoire entre vos mains, et que vous avez cet avantage, qu'il ne tient qu'à vous de n'être pas vaincu (3).

(1) Ipse tecum archangelus, qui cecidit, pugnat; ipse tecum luctatur ; sed tecum est Pater, et Filius, et Spiritus sanctus. D. Antonius , episcopus Constant, ep. Ad Av.

(2) Si Deo conjuncti sumus, quomodô fieri potest ut diabolura timearnus ? talem imperatorem tecum habes, et diabolum limes? sub tali rege militas ? et de Victoria dubitas ? adversalur quidem quotidiè diabolus , sed prœstôest Christus : illevult premere, iste levare: ille vult occidere, iste vivificare : sed securi state , plus valet ad erigendum Christus, quàm diabolus ad deprimendum. Cœsar. AreU hom. t9.

(3) Magna Christiani félicitas, quandô ei in ejus arbiliio posiU est Victoria, Picus Miïand, ep* i.ad Nepote.

ttCTURES SPIRITUELLES. 201

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