‹ L'homme d'oraison (volume 3)Chapitre 88 sur 164 · I. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

I. CONSIDÉRATION

Le troisième office d'un roi est de donner la paix à ses sujets ; mais celle que donnent les rois du monde est seulement extérieure et temporelle ; il n'appartient qu'à Jésus-Christ, qui est le roi des cœurs , de donner la paix intérieure et éternelle. Jésus-Christ, dit saint Cyrille , est le souverain arbitre de la paix. C'est lui qui la propose , et qui la donne à ceux qui croient en lui , comme un bien particulier qui lui appartient en propre ; car il dit : Je vous donne ma paix , je vous laisse ma paix (1). Elle est à lui par plusieurs titres,

(1) Pacis donator et arbiter est Christus, qui hoc tanquàm proprium et peculiare bonum in se credentibus et proponit et do-

qui justifient la qualité qu'il prend de Prince de la paix.

Premièrement, c'est un fruit de l'alliance qu'il a faite entre Dieu et les hommes en épousant notre nature. C'est pourquoi saint Léon dit que le jour de sa naissance est aussi le jour natal de la paix , et que les fidèles sont obligés de la garder entre eux, afin d'offrir la concorde des enfants au Père des pacifiques (1). Saint Paulin, suivant la même pensée , dit que l'Homme-Dieu Jésus-Christ a réuni Dieu et l'homme, qui étaient auparavant ennemis, et que c'est en sa personne que leur discorde a cessé, et qu'ils ont fait une alliance éternelle (2). Cette heureuse alliance a été suivie d'une autre entre les hommes et les anges, qui n'étaient pas en bonne intelligence. Car nous étant séparés de Dieu par le péché , les anges qui habitaient dans la céleste Jérusalem nous regardaient comme des étrangers avec lesquels ils dédaignaient d'avoir aucun corn merce ; mais parce que nous avons reconnu notre roi, ils nous ont aussi reconnu pour leurs concitoyens ; car depuis que le roi du ciel s'est revêtu d'un corps terrestre, ces sublimes intelligences ne méprisent plus notre bassesse. Les anges renouent la paix avecnous, et au lieu qu'ils nous traitaient auparavant avec mépris comme vils et abjects, ils nous honorent maintenant comme leurs compagnons, voyant notre nature élevée sur le trône du Seigneur, et tout éclatante d'une immortelle lumière (3).

nat. Pacem enim , inquit, meam do vobis , pacem relinquo vobis. S. CyrilL /.11. de Adorât.

(1) Natalis Domini natalis est pacis. Ergô singuli fidèles offerant Patri pacificorum concordiam filiorum. S. Léo, serm. 6. de JNat. Dom.

(2) Hominem et Deum in seipso connexuit Deus homo Chrislus :in quo utraque substantia naturae discordiam posuit, et vivificantis gratiae aeternum fœdus agnovit. S, Paulinus ,<?/?. 4.

(3) Quia enim peccando extranei eramus à Deo, extraneos nos à suo consortio deputabant angeli cives Dei. Sed quia nos

IIa CONSIDÉRATION.

Secondement, c'est un fruit de la victoire qu'il a remportée sur le démon, le péché et la mort. Ces trois ennemis , comme dit saint Chrysostome, exerçaient un cruel empire sur nous, avant que le Fils de Dieu fût venu au monde pour leur déclarer la guerre. Le diable les séduisait, le péché leur ôtait la vie, la mort les ensevelissait dans les enfers (1). Mais depuis que Jésus-Christ a pris les armes de la croix pour les combattre, en détruisant leur tyrannie , il a rendu à la terre la paix et la joie, dont elle jouit sous la douceur de son règne. Le Seigneur a rétabli son royaume, que la terre se réjouisse (2) ; c'est la raison , dit ce même Père, sa joie est bien fondée. Auparavant elle était réduite à la servitude, et maintenant elle est dans sa liberté ; auparavant elle était dans les ténèbres de Terreur et du péché, et maintenant elle est dans la splen» deur de la gloire ; auparavant elle était cachée dans les tombeaux, maintenant elle est assise dans le trône; elle était auparavant accablé d'ignominie, et maintenant elle est comblé d'honneurs et de biens (3). Qui lui

cognovimus regcm nostrum , recognoverunt angeli cives suos. Quia enim cœli Rex terram nostrae carnis assumpsit , infirmitatem nostraui illajam angelica celsitudo non despicit. Ad pacem nostram angeli redeunt, et quos infirmos priiis abjectosque despexerant, jam socios venerantur, ciim naluram noslram in sede dominicà immortali fulgentem glorià perviderunt. Etherius et Beatus, L 1. contra Elipandum.

(1) Diabolus quidem decipiebat, peccatum interficiebat , mors sepeliebat. S. Chrysost. hom. de uno Législature.

(2) Dominus regnavit , exsultet terra.

(3) Merito sanè exsultare debuit, quae quondam in servitulem redacta , jam liberata est ; quae quondam erravit , jam glorià resplendet ; quœ quondam in monumentis condita delitescebat , nuncia throno collocata est ; quse quondam omni ignominià oppressa jacebat, nunc omni glorià et honore afficitur. Ibidem*

a causé tant de bonheur? Jésus-Christ, le roi pacifique. Jésus-Christ, dit saint Chrysologue au sermon 149e qui est le roi de la paix, venant avec elle dans le monde, en a banni la discorde, chassé les dissensions, dissipé les troubles, et maintenant la paix illumine l'Eglise de l'éclat de sa beauté, comme le soleil remplit le ciel de la splendeur de sa lumière (1). 0 que le nom de la paix est souhaitable! ô que c'est un ferme fondement de la religion chrétienne ! ô que c'est un céleste ornement de l'autel du Seigneur! Que peut-on dire qui soit (ligne d'elle? c'est le nom de Jésus-Christ. L'Apôtre dit qu'il est notre paix, qui de deux peuples n'en a fait qu'un (2).

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