VII. CONSIDÉRATION
sixième vanité. La gloire du monde n'est rien , si vous regardez le lieu où vous êtes, qui est la terre. C'est travailler en vain, que de chercher un trésor où Ton sait bien qu'il n'est pas. Or le lieu de la vraie gloire, c'est le ciel. La terre est un lieu stérile , frappé de la malédiction de Dieu , qui ne produit que des épines. Pendant que vous êtes ici-bas, cultivez soigneusement la vertu , vous trouverez la gloire que vous cherchez dans le tombeau (1). Que sert aux réprouvés d'être loués sur la terre, où ils ne sont plus , et d'être tourmentés dans l'enfer, où ils seront à jamais ? Si vous comparez la terre au ciel , vous trouvez que ce n'est qu'un point ; et dans ce point si tous regardez l'endroit où vous êtes connu , vous verrez que c'est moins que rien, encore n'y avez-vous pas toute l'estime que vous voudriez y avoir. D'un million de personnes qui vivent dans la même province que vous, à peine y en a-t-il cent qui vous connaissent, et de ce petit nombre à peine y en a-t-il dix qui vous estiment : mais quand toute la terre parlerait de vous , à quoi vous sert cela dans une vallée de larmes, où vous ne devez penser qu'à la pénitence? Pourquoi donne-t-on la lumière au misérable s et la vie à ceux qui sont pleins de tristesse et d'amertume (2)? L'état de cet exil est un état de pénitence et de larmes : pourquoi y chercher les triomphes? C'est un état d'obscurité et de bassesse : pourquoi chercher la pompe et l'éclat ? 0 que c'est un grand fardeau, dit saint Grégoire, à celui qui voyage sur la terre , et qui ne respire que le cie! ,
(1) Virtutem cole dùm vivis, famam reperies in sepulcro.
(2) Quarè misero data est lux, et vita his qui in amaritudine animée sunt? D. Aug. 10. Confess. c. 37. et ep. 64.
304 l'homme d*ora.ison.
de se voir chargé des louanges et de l'estime des hommes! Ce n'est pas seulement un fardeau, c'est un martyre qui fait gémir les saints. La langue de ceux qui les louent est un fléau qui les bat, une fournaise qui les consume. La langue des hommes est -une fournaise ardente , où je souffre tous les jours un cruel martyre, dit saint Augustin, parlant de la vaine gloire qui le tenait. Vous savez, Seigneur, les gémissements de mon cœur, et les torrents de larmes que je verse pour ce sujet devant vous (1). La raison est parce que les saints craignent que ces vains applaudissements ne soient la récompense de leurs travaux, et que la gloire du monde, qui ne dure qu'un moment, ne leur fasse perdre celle du ciel qui est éternelle (2),