‹ L'homme d'oraison (volume 4)Chapitre 147 sur 201 · II. CONSiDFRATlON · texte numérisé non relu

II. CONSiDFRATlON

Secondement, il est venu dans le mou au comme un doux zéphir, dont le souffle délicat ne ferait pas tomber une fleur, ni une feuille d'arbre. C'est ainsi qu'il fit voir au prophète Élie la douceur de son esprit, et la manière amoureuse avec laquelle il devait descendre du ciel. Ce prophète, fuyant la persécution de Jézabel, se retira sur la montagne de Sina, et se cacha dans le creux du rocher, pour y digérer à loisir l'amertume de son zèle et de la douleur qui le consumait. Mais Dieu, qui voulait le consoler, lui promet de se faire voira lui, autant qu'un homme mortel en est capable , et lui commande, pour cet effet, qu'il se tienne à l'entrée de sa caverne, lorqu'i! le verra venir. En même temps il s'élève un tourbillon de vent si furieux, qu'il renversait les montagnes, brisait les rochers, et les jetait en poussière ; mais Élie connut que Dieu n'y était point (2). Cet orage fut bientôt suivi d'un

(1) Utinam dirumperes cœlos et descenderes, à facie tua" moules dciluerent. ls. 64. 7.

(2) Non itt spirituDominus. 3. Reg, 19. 13.

tremblement de ter~e, qui lui donnait bien de Pétonnement, mais qui ne lui marquait point la présence de Dieu (1). Bientôt après il aperçut un globe de feu, qui menaçait le monde d'un effroyable embrasement; mais Dieu n'y était point en ;ore (2). Enfin, après tous ces orages impétueux, il entendit un petit souffle de vent, qui le remplit intérieurement d'une suavité si merveilleuse, qu'il vit bien que Dieu n'était pas éloigné. C'est pourquoi, sortant de sa grotte et se tenant à l'entrée, il se couvrit le visage de son manteau, de peur d'être ébloui de l'éclat de sa lumière. Voilà, dit saint Irénée (3) , une naïve figure de l'avènement du Fils de Dieu , qui n'a point voulu signaler son entrée dars le monde par la terreur des peuples, ni par des mai» ques pompeuses de son pouvoir infini, mais par d< s traits si sensibles de sa douceur, qu'on voit bien qu'il avait plus envie de se faire aimer, que de nous donner de la crainte : car il a parfaitement accompli ce que le prophète Isaïe avait prédit de lui, qu'il ne serait point fâcheux ni colère, mais si doux et si paisible, qu'il ne romprait pas seulement un roseau déjà tout brisé, et qu'il n'achèverait pas d'étouffer là fumée d'une mèche déjà éteinte (4).

[if. CONSIDÉRATION.

En troisième lieu, il esi venu comme l'aurore, dont les premiers rayons n'ouvrent pas plus doucement les portes de l'Orient, quand le soleil se lève sur les ténèbres de la terre, pour rendre la vie, la joie et la beauté à toute la nature , que cet aimable Sauveur a fait paraître de bonté et de tendresse dans sa nais-

(1) Non in commolione Dominus.

(2) Non in igné Oominus.

(3) S. lr encens, l. 4. c. 37.

(4) Calamum quassatutn non confringet, et linum fumigaos non exstinguel. 1s . 42.

sance(î).En quelque état que je le considère, soit que je le regarde naissant éternellement du sein de son Père, ou temporellement du sein de sa mère, ou miraculeusement du tombeau t je puis dire , avec le Prophète , que ses sorties sont plus amoureuses et plus douces que l'aurore du plus beau jour (2). Mais il me semble que sa naissance temporelle a je ne sais quoi de si tendre et de si charmant , qu'il n'y a point de courage assez farouche pour résister à ses attraits. Et certes il le fallait ainsi ; car il venait au monde pour gagner le cœur des pécheurs, qui est de soi ombrageux et timide, parce que c'est le propre d'une mauvaise conscience de se défier de tout. Un pécheur n'est jamais en sûreté, il craint tout jusqu'à son ombre; et quoique personne ne le poursuive , il ne laisse pas de fuir, tant il est troublé dans sa pensée (3). 11 ne fallait donc pas, s'il le voulait prendre, qu'il l'intimidât davantage par l'éclat de sa grandeur, ni parla terreur de sa justice % de peur de faire fuir sa proie, dit Théodote (4). Quand le chasseur veut faire tomber sa proie dans le piège qu'il lui a dressé , il n'a garde de lui donner de la peur : il se cache derrière un buisson, il se baisse contre terre, il se déguise, il fait ses approches sans bruit, il lui présente l'appât et lui couvre ses filets. Ainsi ce doux Sauveur, voulant prendre le cœur humain , ne vient pas avec éclat dans le monde , il y entre comme un petit vermisseau, dont les traces sont imperceptibles, il choisit le silence de la nuit; lorsque toutes choses reposent, il sort du sein de sa mère comme un éclair innocent , sans tonner ni faire trembler la terre : c'est pourquoi le prophète Osée invite tous les peuples à s'approcher do l>>:. V<>oez, retour-

Ci) D. Aug. explicat hune locum de resurr. /. 18. de C.

Del c. 28i

(2) Quasi diluculum praeparatus est egressus ejus.

(3) Fugit nemine ptrsequenle.

(4) Ne venaiionem effugeiel. Theod. 9 rat. de Chrisli NatUiU Nourt. Œuv. X/X. 16

nons au Seigneur: il nous recevra entre ses bras, et nous guérira ; il nous blessera, efnous rendra la santé, Dans deux jours il nous donnera la vie , et au troisième il nous ressuscitera , et nous vivrons en sa présence. Il nous f ra savoir ses volontés afin de les suivre, et de connaître combien il est débonnaire (1); car il viendra comme l'aube du jour , qui fait revivre tou* tes les créatures. Ne fuyez pas, pauvre criminel , vous n'avez rien à craindre, dit saint Bernard (2). Il ne vient pas armé de foudres pour vous perdre : il n'a que des larmes et des soupirs pour vous toucher : vous ne pouvez pas lui dire , comme fit le premier homme dans le paradis terrestre : J'ai entendu votre voix , et je me mis cache de peur (3); il est si petit, qu'il ne peut encore parler : s'il jette quelques cris, ce ne sont que des cris d'enfant, dont les gémissements doivent vous donner plus de pitié que de crainte, et plus d'amour que de frayeur. C'est un enfant que vous pouvez facilement apaiser. Il est entre les bras d'une mère Vierge , dont le cœur est plein de tendresse , vous n'avez point sujet d'appréhender son courroux, ses mains sont enveloppées de langes , vous n'avez rien à craindre de sa puissance (4). Y a-t-il humeur si sauvage que la douceur innocente d'un enfant ne puisse apprivoiser, esprit si barbare qu'elle ne puisse adoucir, cœur si dur qu'elle ne puisse attendrir (5) ? Vous pouvez bien voir par tout ce qui l'environne, qu'il n'a

(!) Venite, revertamur ad Dominum, quia ipse cepit, et saoahit nos, percutiet, et curabit nos. Vivificabit nos post duos dies, in die lertià suscitabit nos, et vi venins in conspectu cjus, sciemus, sequemurque. ut cognoscamus Dominum quasi diluculum piœparatus est egressus ejus. Osée 6. 1. 2. 3.

(2) Noli fugere, noli timere, non venit cum armis , non puniendum, sedsalvandum requirit. S. Bern. serm. 2. de Nat.

(3) Vocem tuam audivi et abscondi me.

(4) Parvulus factus est , louera membra Virgo mater pannis alligat, et adhuc timoré trépidas ?

(5) S. ChrysoL serm, 58.

point dessein de vous nuire , et qu'il ne serait pas ne

de la sorte, «'il ne voulait être aimé (1).

(I) lnfanlia quaua barbanem non vincit? Quam feritatem non mitigat ? Quam duritiem non resolvit? Sic ergo nasci voluit, q>?\ voiuit aimari.

364 l'homme D'ORMSOlï.

KNTRFTHÎN

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