I. CONSIDÊRATUV
Il est descendu p dit-elle , ainsi que la n see iu de' , qui tombe doucement $ur la terre ou sur la laine , qui a beaucoup moins de dureté que la terre (1). Ce fut le signe qui fut donné à Gédéon pour l'assurer du secours divin , et lui laisser une éclatante figure de la venue du Messie (2). La toison représente son humanité sainte prise dans le sein de la Vierge, que les Pères appellent pour ce sujet une toison sacrée, qui n'a jamais été teinte que de la Divinité f et qui n'a servi d'habillement qu'à cet éternel monarque, qui en a fait sa pourpre royale (3). La rosée est le symbole de la Divinité môme f qui, venant pour éteindre l'ardeur des trois concupiscences , dont le funeste embrasement avait désolé
(1) Descendet sicut plu via in vellus. Ps, 71.
(2) Voyez les Entretiens del'Avenl.
(3) Lanam Divinitate purpuralam teleino imperatori solnr»modù indui digniss/mam. Alcuinus.
toute la terre , devait sans doute descendre comme une douce pluie, propre à rafraîchirle cœur humain, quibrûlait d'un désir insatiable du plaisir et de Phonneur. L'un et l'autre ensemble exprime parfaitement la douceur de son esprit et de sa conduite sur nous. Car , comme dit saint Chrysnstome (1), il n'est point venu, comme il avait fait autrefois, sur la montagne de Sina , parmi les tonnerres et les éclairs, faisant trembler la terre, ébranlant la machine des cieux , opérant d'autres semblables prodiges , pour jeter la terreur et l'épouvante tfans les esprits. Il a changé ces orages en pluie (2), ces rigueurs en douceur et en amour. Il est venu si doucement , que le monde ne s'en est pas aperçu , il est né dans une petite grotte sur le foin et sur la paille, il a vécu dans la maison d'un simple artisan , il a souffert les opprobres, les mépris, les tourments et la mort même, sans ouvrir seulement la bouche pour se plaindre; en un mot, il n'a pas fait plus de bruit qu'une gou(te de rosée, qui tombe sur la laine (3) : douceur admirable, qui ravissait le prophète Isaïe, et lui faisait dire avec tant de tendresse : 0 cieux , qui n'êtes pas moins pitoyables que féconds , faites tomber cette douce rosée que nous attendons depuis tant de siècles ; nuées fertiles, qui , par un prodige de libéralité , vous épuisez vous-mêmes , et qui distillez goutte à goutte , pour arroser nos campagnes et multiplier nos moissons, ouvrez votre sein, et faites sortir de vos trésors ce juste, dont la seule vue nous est plus souhaitable que toutes les richesses du monde (4). 0 terre, qui produisez une si agréable diversité de fruits et de fleurs, faites naître cette belle fleur qui doit sortir de la racine de Jessé , et dont l'odeur doit embaumer tout
(1) S. Chrysost.; Quod Christus sit Deus.
(2) Fulgura in pluviam fecit. Psal. 134.
(S) Descendit sicut pluvia in vellus. Ps. 71. (4) Rorate, cœli, desuper, et nubes pluant juslnm ; apêrialur terra et germinet Salvatorem , et justitia orialur simul. Is . 45. 8*
l'univers. Toutes les vertus fleuriront avec lui, et la justice , qui semblait avoir été bannie du monde , y rentrera avec plus d'éclat que jamais , à la faveur de ce doux réparateur de notre liberté et de nos vies. Ah ! Seigneur, que tardez-vous? que n'ouvrez-vous les cieux pour descendre sur la terre , vous feriez fondre nos cœurs à la vue de vos bontés, fussent-ils plus durs que des rochers (1). Que ne rompez-vous ces voûtes d'airain, dont la dureté repousse nos soupirs et nos prières. Quand il ne devrait plus y avoir ni de ciel ni de soleil , venez et brisez tout. Votre divin visage nous servira de ciel, et vos yeux, plus favorables que les astres , nous feront un jour sans nuit par la douceur de leurs regards.