‹ L'homme d'oraison (volume 4)Chapitre 149 sur 201 · I. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

I. CONSIDÉRATION

Premièrement, c'est un trait merveilleux de sa douceur d'avoir caché, comme il a fait, les marques de sa grandeur infinie, pour traiter plus fam lièrement avec les hommes. On admire la douceur de Moïse qui mettait un roseau sur son front pour couvrir les rayons qui en sortaient avec tant d'éclat, que les Israélites ne le pouvaient envisager ; mais le Fils de Dieu est bien plus admirable d'avoir caché la splendeur de sa Divinité sous le voile de notre nature, pour tempérer la clarté de ce soleil , et le rendre plus supportable à la faiblesse de notre vue. Pierre Damien loue l'impératrice Agnès , qui s'abstenait de porter la couronne et la pourpre impériale , afin de vivre avec plus de douceur , et moins de faste parmi les grandeurs de sa cour. Nous jeûnons quelquefois, lui dit-il, et nous faisons abstinence de viandes; mais votre jeûne est de vous abstenir de la couronne et de la pourpre, et de tous les plus superbes ornements de votre fortune (1). Et véritablement

(1) Nos aliquando jejunamus à cibis : sed tu jejuqas à purpura ,

sette abstinence est louable dans les grands du monde Leur gioire est de savoir abaisser la majesté royale sans l'avilir; de descendre de leur trône, sans se dé grader; de cacher la qualité de prince, pour prendre celle d'ami; et de ne vouloir paraître plus grands que ies autres qu'en une seule chose, à savoir en douceur et en bonté. Néanmoins les plus riches ornements dont ils se dépouillent , ne valent pas la beauté d'una fleur, et de quelque degré qu'ils descendent, il n'est point si relevé que la mort ne puisse égaler leurs cen dres à celles du moindre de leurs sujets (1). Mais le Fils de Dieu s'est dépouillé des douaires de la gloire qui étaient dus à son corps , afin de le rendre mortel et passible comme les nôtres , et par une condescendance prodigieuse, il s3 est anéanti jusqu'à prendre la for me d'un esclave , lui qui pouvait sans injustice se dire égala Dieu même (2). Eh! qui ne serait ravi de voir son Dieu couché sur la crèche, pleurer et gémir comme un enfant pour attendrir notre cœur ; devoir la sagesse éternelle instruire une simple femme sur le bord d'un puits , et lui apprendre les vérités éternelles ; de voir le souverain Maître du ciel et de la terre traiter familièrement avec de pauvres pécheurs, et les mettre au rang de ses favoris ; et enfin de voir le Saint des saints se mettre dans la foule des pécheurs pour recevoir le baptême de la main de son Précurseur, manger avec des pubiicains pour avoir occasion de les convertir et d'en faire des apôtres, se plaire à l'innocence et à la simplicité des petits enfants pour apprendre l'humilité à ses disciples ? Certes je ne m'étonne pas si saint Jean,

jejunas a coronâ,atque à lot et tam magniticis imperialis gloriœ pompis. S. P. Damianus, opuscul. 56.

(1) Reversus ïmperalor qui privatus exieras , agnoscis, agnoseiiiis : eosdem nos, eumdem te putas : par omnibus, et hoc tan* tùm ceeteris major, quo melior. Plinius in Panegy Traj.— Superior factus descendis in mania familiaritatis officia, et in arrwcum ex imperatoie submitteris.

(2) Non rapinam arbilratus esse se œqualem Deo.

admirant cette ineffable bonté , s'écria en le voyant venir à lui : Voilà V Agneau do Dieu (1) : et si l'humble et débonnaire saint François ne pouvait seulement entendre prononcer le nom d'agneau qu'il ne fondît en larmes de consolation , se souvenant de l'incompréhensible douceur que ce divin Sauveur a exercée envers les hommes.

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