‹ L'homme d'oraison (volume 4)Chapitre 150 sur 201 · II. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

II. CONSIDÉRATION

Secondement , c'est un trait merveilleux de douceur, de n'avoir jamais usé de son pouvoir pour se venger. Saint Chrysostome et saint Hilaire (2) remarquent que le Fils de Dieu ne punit personne durant sa vie, et que, voulant montrer la justice vindicative qu'il exercerait un jour, il en voulut faire l'essai sur le figuier stérile e! non pas sur un homme (3) .11 y en a qui sont doux parmi leurs amis ; mais quand on les offense, ils font paraître la violence de leur esprit, et ne sont pas maîtres dfc leur colère ; ou s'ils dissimulent leur passion, ce n'eM que par faiblesse et par impuissance de se venger. Mab ce qui doit faire infiniment priser la débonnaire té de Jésus-Christ, c'est la puissance souveraine qu'il avait sur ses ennemis qu'il pouvait détruire du seul mouvement de sa volont , sans que jamais il s'en soit servi que pourleur faire du bien. Lisez l'Evangile, vous trouverez partout des preuves de son incomparable clémence , qui vous feront voir combien il était prompt et facile à pardonner (4). Quelle douceur n'exerça-t-il pas envers la femme adultère que les pharisiens lui avaient amenée pour tenter sa débonnaireté ! Avec quelle patience dissimula-t-il la malice de ses accusa -

(1) Ecce Agnus Dei.

(2) S. Chrysosl. homil. 68. in Matth. S. Hilar. cano. 21.

(3) Futuri speciem damno arinrisindicavit.

(4) Revolve Evangelium ubique Jesum invenies et cituna et copiosura ad veniam. GUUbçrtus serm. 33. in Cant

teurs! Avec quelle adresse la tira-t-il de leurs mains! Quelle bonté pareille à celle ou'il témoigna à Magdelaine, la laissant pleurer à ses pieds , et prenant sa défense contre l'orgueil du pharisien, qui en murmurait! Q je drai-je de cette immuable égalité avec laquelle il souffrait ies insulles de ses persécuteurs, leurs blasphèmes, leurs calomnies, et les fréquentes entreprises qu'ils faisaient sur sa liberté et sur sa propre vie? Et toutefois il ne les repoussa jamais par la force ; au contraire, il se retirait doucement de leur présence pour donner lieu àleur colère; et si quelquefois il usait de reproches, ces reproches mêmes étaient des effets de sa bonté qui faisait fondre ses yeux en larmes sur l'aveuglement de ce peuple ingrat, et qui lui arrachait ces pitoyables paroles : « Jérusalem, Jérusalem , com- » bien de foisai-je voulu ramasser tes enfants sous ma » proteetion,comme la poule assemble ses poussins sous » ses a<'«s, et lu ne l'as pas voulu ? Je les rappelais dans » mon sein, non pour les faire mourir de faim, mais » pour les nourrir du lait de mesconsolations et de mes » grâces; non pour les faire transir de froid, mais pour » W'g échauffer du feu céleste que j'ai apporté en ter- » re, afin de vivifier les âmes; non pour leur faire » passer leurs jours en pleurs et en gémissements, » mais pour les caresser avec toutes les tendresses de » la meilleure mère envers ses enfants (1). »

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