I. CONSIDÉRATION
Auparavant il était inaccessible aux hommes mortels. Celait un Dieu de respect et de majesté , qui imprimait tant de terreur dans l'esprit du peuple d'Israël, qu'il n'avait pas l'assurance de s'approcher de la montagne, ni
(l)S9 Bern. de diligendo Deo,
1) Beitiguita» et hutnanitas apparuit Salvaiori» nostri Del. Ad Tîli 8» 4^
d'écouter sa parole. Que Moïse nous parle, disait-il dans sa frayeur, et que Dieu ne nous parle point, de peur qu'il ne nous fasse mourir (1). C'étaient les menaces dont Dieu usait pour tenir /es Israélites dans le respect et réprimer leur curiosité : Personne ne me verra sans mourir (2). D'où vient que le père de Samson ayant vu l'ange qui lui apportait la nouvelle de la naissance de sonflls, crut qu'il ne pouvait plus vivre long-temps, et qu'il /allait se résoudre à la mort (3). L'arche même, qui n'était que le (rône d'où il rendait ses oracles, les obligeait à une si profonde révérence , que ceux qui s'en approchaient de trop près étaient punis à l'heure même, et quoiqu'elle fût le siège du Dieu vivant, elle portait partout les traces funestes de la mort. Mais depuis qu'il est né de la Vierge, il a quitté ces terreurs, et s'est rendu si familier et d'un accès si facile, que tout le monde peut lui parler sans crainte; il ne rebute personne, et son plaisir est de s'entretenir avec les enfants des hommes. Il ne fut pas plus tôt entré dans le monde, qu'il appela les pasteurs et les invita à sa crèche. Et d'abord qu'il commença à converser parmi le peuple, il voulut que saint Jean le montrât à tous comme un agneau, dont la douceur attira bientôt les disciples de son cher Précurseur,qui s'attachèrent à sa personne. Le peuple en était si saintement charmé , qu'il le suivait en foule dans les déserts ; et les pharisiens,envieux de ce grand concours,disaient entre eux par un mouvement de jalousie : Ne voyez-vous pas que nous perdons nos peines, et que tout le monde le suit (&)? 11 n'y avait pas jusques aux gentils, qui n'eussent désir de le voir. Nousvoulons voir Jésus (5). Et sa bonté était
(1) Dicentes Moysi : Loquere tu nobis, et audiemus : non loqua* tur nobis Dominus,ne forlè moriamur. Exod. 20. 19. (2) Mon enim videbit me homo, et vivet.
(3) Morte moriemur, quia vidimus Deum. Jud. 13. 22.
(4) Videtis quia nihil proficimus, ecce raundu» totus posteum •biit. Joan. 12. 19.
(6) Volumui J«sum videra. Joan. 11.21.
si grande, qu'il ne les rejetait pas. IKaaça même une fois ses disciples, parce qu'ils empêchaient le* enfants de venir à lui , de peur qu'ils ne lui donnassent de l'importu nitè : Laissez venir ces petits enfants (1). Je suis la fleur du champ et le lis des vallées, je suis venu pour tous , et je veux que ma bonté se répande sur les petils aussi bien que sur les grands. Venez tous à moi, vous qui travaillez, et qui êtes surchargés, et je vous soulagerai {2) : douce parole qu'il adresse encore aujourd'hui à tous les fidèles, pour les inviter à la participation des divins mystères. Aimable douceur, qui lui a servi de filet, dans lequel il a pris, comme dit Théodoret, toutes les nations de la terre (3).