‹ L'homme d'oraison (volume 4)Chapitre 154 sur 201 · CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATION

Auparavant il semblait inexorable. C'était le Dieu des vengeances qui punissait les crimes avec de grandes rigueurs. 11 était sensible au mépris , prompt à se mettre en colère contre les pécheurs, difficile à s'apaiser. A peine avaient-ils commis le crime, qu'il était suivi du supplice. La terre s'ouvrait pour les dévorer, le feu tombait pour les consumer, les serpents s'élevaient contre eux pour punir leur rébellion par des morsures venimeuses, leurs ennemis prenaient les armes pour les détruire. Il ne pardonnait pas même à ses favoris, et l'on sait avec quelle sévérité il traita Moïse pour une légère faute qu7on a de la peine à trouver. De là vient ou'ils tremblaient de peur devant lui, et ne lui pariaient qu'avec des craintes et des anéantissements profonds : je parlerai au Seigneur, quoique je ne sois que

(1) Sinite parvulos ad me venire. Marc. 10. 14.

(2) Venite ad me, omnes qui laboratis, et onerati estis, et ego reficiam vos. Matth. 11. 28.

(3) Dominus noster Jésus Christus cùm mansuetudinis reto explicuisset, totam piscatus est terrain, quse sub cœlo est. Théodoret. in Isaiœ oral.

cendre et poussière (1), disait Abraham, qui était un de ses plus grands amis. Et le patriarche Jacob, après avoir vu cette échelle mystérieuse, où les anges montaient et descendaient pour le consoler dans son voyage, pensa mourir de frayeur à son réveil pour le respect qu'il portait à la sainteté du lieu où il s'était endormi, sans savoir qu'il fût consacré à Dieu. Aussi dans ses plus religieux serments, prenant Dieu à témoin de la sincérité de ses paroles, il ne jurait point autrement que par la crainte de sonpère Isaac (2). 11 n'est point dit qu'il jura par l'amour de son père Isaac, mais par la c.ainte, parce que Dieu était pour lors la crainte des jusles, et l'esprit avec lequel il voulait être servi, était un esprit de révérence et de tremblement ; mais de~ puis son Incarnation dans le sein de la bienheureuse Vierge , il est devenu si débonnaire , que les plus grands pécheurs , bien loin de désespérer du pardon, peuvent prétendre à son amitié et à ses faveurs , pourvu qu'ils se repentent de l'avoir offensé. Considérez le cours de sa vie; et voyez le mauvais traitement qu'il a souffert des pharisiens et des scribes de la loi. Il n'y a aucune sorte d'opprobre et d'injure qu'ils n'aient inventée pour le décrier : ils l'appellaient gourmand, ivrogne, séducteur, démoniaque, Samaritain , insensé. A tous ces traits de médisance et d'envie il n'opposait que les bienfaits, rendant le bien pour le mal, et priant pour ses ennemis avec tant de bonté et de tendresse , qu'on eût dit qu'il se sentait obligé des tourments qu'ils lui faisaient endurer, et qu'use repayait et d'affronts et d'outrages (3), ainsi qu'il avait été prédit par le Prophète : c'est ce qu'il continue à faire jusqu'à la fin du monde, usant d'une si grande douceur envers les pécheurs, qu'il aime mieux qu'on doute de son pouvoir que de son amour , et que les hommes manquent de respect, que de con-

(1) Loquar ad Dominum cùm sim pulvis et cinis. Gen. 27. 31.

(2) Per timorem patris sui Isaac. Gènes. 31. 53.

(3) Saturabitur opprobriis. TAren.3. 30.

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fian.ce en sa bonté. C'est pourquoi saint Bernard in'{ Ait amoureusement au sermon vingt-deuxième sur les cantiques, que sa douceur est le charme qui gagne le cœur de tout le monde. «Certainement mon Seigneur » Jésus, c'est cette ineffable douceur de votre esprit » que vos serviteurs nous prêchent t qui nous fait cou- » rir après vous, apprenant de leur bouche que voui » ne méprisez point le pauvre, et que vous n'aveî »> point d'honeur du pécheur. Vous n'avez point rejeté » la confession du larron , ni les larmes de la pécheresse, » ni les prières de la Chananéenne , vous n'avez point » rebuté la femme adultère, ni le publicain qui était » assis à la banque, ni celui qui priait dans le temple, » ni le disciple qui vous reniait, ni le persécuteur de » vos disciples, ni ceux mômes qui vous crucifiaient. » Voilà ce qui nous charme , et ce qui nous fait courir » à l'odeur de vos parfums (1).

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