I. CONSIDÉRATION
La première épine qui pique ce cœur divin, et qui fait éclater sa douceur, est le sommeil de ses apôtres , qui s'endorment lâchement dans son extrême tristesse, et qui s'abandonnent à la fin dans le péril. C'est ce qui
donne bien de l'amertume aux personnes affligées , et qui tire de leur bouche beaucoup de reproches contre leurs amis, qui les laissent dans leur besoin. Mais le Fils de Dieu n'est point sujet à ces faiblesses. Trouvant ses disciples abattus du sommeil, à peine a-t-il le cœur de les reprendre. Vous dormez , Sjmon(l). 0 aiguillon d'abeille , qui n'a pas moins de miel que de pointe ! ô myrrhe amère, mais suave , qui préserve le cœur de la pourriture du péché par une correction amoureuse! Simon , vous dormez : voilà l'aiguillon de la correction. Rien ne touche tant un cœur généreux que de lui reprocher sa lâcheté. L'esprit est prompt } malt la chair est faible (2) : voilà le lénitif qu'il y apporte. Que ce miel est doux, et que ce remède est facile à prendre! Il n'y a personne qui ne fasse de bonnes résolutions dans l'oraison ; mais on n'en vient pas à l'effet , parce que la cliair est débile. Nos premiers efforts sont semblables â l'essor de la perdrix, qui est fort prompt et fort brusque; mais elle retombe aussitôt, et ne vole pas bien loin. Hélas ! nous ne sommes que faiblesse. Notre Seigneur s'écarte tant soit peu de ses apôtres f et les apôtres s'endorment: sans sa grâce nous tomberions aussitôt , et s'il ne nous prêtait la main , nous ne nous relèverions jamais. Mais il revient à eux comme une tendre nourrice qui reprend promptement entre ses bras le petit enfant qui chancelle. Dormez et reposez (3). Il avait bien plus besoin qu'eux de rafraîchissement et de repos ; mais comme un bon père, il veut que ses enfants soient à leur aise, et va aux travaux pour eux. Sa douceur n'est point lâche ; mais généreuse: il prend le travail pour soi, et procure le repos aux autres.
Apprenons de cet exemple que la mansuétude chrétienne commande peu, et fait beaucoup, qu'elle est
(1) Simon, dormis.
(2) Spiritus quidem promptus est, caro autem infirma. Mallh, 26.41.
(3) Dormile jam,et rcquiescite. Matth. 23.46»
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liueet désarmée, mais que ses attraits fléchissent bien plutôt les hommes sous le joug de son empire , que les commandements armés de menaces et d'épouvante. La terreur frappe les sens , la violence frappé le corps, mais la douceur gagne le cœur, et avec lô cœur elle tient toutes les puissances de l'homme cap* tives. Que c'est une belle chose de savoir faire couler ses commandements comme June douce rosée dans le cœur des sujets, et non pas comme un feu qui les dévore; de se considérer comme dépendant de Dieu, et lui dire en commandant : Mon Dieu, de quel esprit vous plaît-il que je fasse exécuter mes volontés ? sans doute du même esprit que vous voulez que je garde les vôlres.