II. CONSIDÉRATION
La seconde épine qui pique le cœur ue ce doux Agneau, c'est le baiser de Judas , dont la noire méchanceté ne peut entrer dans nos pensées sans y exciter de l'horreuret de l'indignation. 0 Judas, que ta perfidie est monstrueuse et infâme! tu t'approches comme ami (1), tu le salues comme un disciple fait son maître , lu le baises comme l'enfant fait son Père (2) , tu trahis le Fils de Vhommepar un baiser (3), et comme un cruel serpent tu l'empoisonnes de ton haleine. 0 signe sacrilège! ô caresse détestable , dit saint Ambroiseî lu déclares la guerre par un baiser , et par le signe de la paix tu violes le Sacrement de la paix (4). Voilà la perfidie de Judas, voyez la douceur de Jésus : voilà l'épine , voyez la fleur : voilà la cruauté du loup ,
(1) Amice. Matth. 26. 49.
(2) Ave, Rabbi. lbid.
(3) Osculo filium hominis uu.«.o .«•*.(/•.. 20.48.
(4) O signuna sacrilegum ! à placidum fugiendum ! UM aosculo incipitur bellum , et per pacis indiciutn pacis rumpitu* •a crame o tu m.
382 l'homme &'oRM5<m.
voyez la mansuétude de l'agneau. Mon amif que viens-tu faire (1) ? Il ne lui dit pas , comme remarque Théophilacte: Scélérat malheureux, traître exécrable, que viens-tu faire? il emploie le terme du monde le plus doux pour le toucher, et le faire rentrer en lui-même : Mon ami j je vous ai toujours été bon ami, vous le savez > et je le serai encore si vous voulez. Voyez où votre passion vous précipite : voulez-vous donc vous séparer éternellement de mon amour ? Mon ami ! Ah ! si c'était un ennemi (2) ! on ne s'étonne pas des injures qu'on reçoit d'un ennemi déclaré ; ma?s d'un ami , mais d'un homme qu'on a obligé , qu'on a chéri. Il n'y a point de telles offenses que celles d'un fils , ù\m parent ou d'un ami. Mon ami! 6 douceur admirable! appeler ami celui qui vous traite comme le plus crue] ennemi , baiser celui qui vous trahit , offrir le pardon à celui qui vous donne le poison. Mon ami t ô combien de fois venez-vous nous baiser jusques au fond du coeur par vos inspirations secrètes, pour rechercher notre amitié , alors même que nous vous trahissons par nos infidélités. Mon ami! Apprenez de cet exemple qu'il n'est pas en vore pouvoir de n'avoir point d'enl émis, mais que vous pouvez et devez n'être ennemi de personne ; que ce n'est pas assez d'être doux en- "îéTBJU'ù. qui vous aiment, qu'il le faut être envers ceux qui vous quittent, envers ceux qui vous persécutent, envers ceux qui vous trahissent ; que ïa douceur est une céleste qualité que le Saint-Esprit verse dans l'âme , qui apaise les mouvements de la colère , comme l'huile apaise les flots d'une mer émue, et qui étouffe dans le cœur tous les désirs de vengeance conçusdans le dérèglement d'une passion irritée , adoucissant par une sainte industrie le fiel de la haine par le miel qu'elle fait naître dans la bouche , produisant,
(i) Amice, ad quid venisti ? Matth. 26. 50.
{2) Si inimicu* meus maledixisset mihi , sustinuissem utiquè,
une douce infusion , un épauchement d'onction spirituelle et divine , pour détromper l'amertume de l'esprit, et enfin recherchant toutes les caresses du saint amour, pour combler de bénédictions et de témoignages d'une sincère affection ceux qui veulent vous perdre et opprimer.