‹ L'homme d'oraison (volume 4)Chapitre 169 sur 201 · II. CQNSIDÉfcATlOV · texte numérisé non relu

II. CQNSIDÉfcATlOV

Secondement, comme il a gagné l'empire du monde parla douceur, il le gouverne aussi avec une admirable douceur : et c'est avec raison qu'il a dit que son joug était doux , et qu'il ne foulait point ses sujets (4). Si vous considérez sa conduite et la forme de son gouvernement, il ne peut rien se dire de plus doux ni de plus aimable. 11 appelle tous les hommes à son service;mais il ne veut contraindre personne (5). 11 ne dit pas: Bon gré , mal gré , vous viendrez après moi; mais : Vous viendrez si vous voulez, car je ne force personne ; je n'use point de violence , ni de con'rainte (6).

(t) Qualis agnus est quem lupi timent? qualis agnus est qui leonern occisus occidit ? sanguine agni victus est leo. S. Aug, tract. 7. in Joannem.

(2) Ecce spectacula christianorum. Magnum est hoc spéciale per totura orbem terrarum, vicluin leonem sanguine agni, edacla de dentibus leonum membra Christi et adjuncla corpori Christi.

(3) Mansuetudine enim ipse rex noster vicit diabolum.Sœviebat il!e, iste sufferebat. Victus est qui saeviebat, vicit qui sufferebat. In islà mansuetudine corpus Christi, quod est Ecclcsi?, vicit iuimicos. S. August. in Psal. 131.

(4) Jugum meum suave est, et onus meum levé.

(5) Si quis vult venire post me.

(6) Si quis vult.

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( nr si vous ne voulez, il ne se fera rien , il vous laisse à votre liberté ; celui qui vous a créé sans vous , ne vous sauvera pas de même , il demande votre consentement, il ne vous fera pas heureux contre votre volonté (1); il frappe à la porte de votre cœur; mais si vous ne l'ouvrez librement, il n'y mettra jamais le pied. Il pourrait bien la romp; j par violence ; mais, comme dit saint Ambroise , il ne veut pas être importun (2). Comme il n'y vient que par amour, il y veut être reçu par amour : la faveur qu'il vous fait ne serait plus un bienfait, si vous ne la receviez qu'à regret (3). D'ailleurs le service qu'il exige de nous et la loi qu'il nous prescrit est la douceur même ; car il n'en a point apporté d'autre que celle de la charité , et le service qu'il exige de nous n'est autre que de bien vivre. Il n'est point roi d'Isi ael , comme dit saint Augustin , pour lever des tributs , ni pour amasser des troupes, et faire trembler la terre sous la terreur de ses armes :il ne fait gloire d'être roi que pour régner dans les cœurs , que pour procurer notre salut éternel , que pour conduire dans le ciel ceux qui se donnent à lui par foi, par espérance et par amour. «Aimez et faites ce que vous voudrez (4); » aimez-le par préférence à toutes choses, et votre prochain comme vous-même , il est content de vous : y at-il rien de plus raisonnable ni de plus doux?

Le commandement que je vous donne aujourd'hui , n'est •point au-dessus de vos forces, ni fort éloigné de vous, ni caché dans le ciel ; il est tout près de vous , il est dans votre bouche, il est dans votre cœur , il ne tient qu'à le vouloir , il suffit de m'aimer pour s'en acquitter parfaite ment (5). Ajoutez à cela que cette loi ne vient pas

(1) Si quis vull.

(2) Non vult importunus irruere. S, Ambr.

(3) Beneficium non est quod confertur invitis. i'4) Ama et fac quod vis. S. August.

<5) Mandalum hoc quod ego praecipio tibi hodiè, non supra te est , neque procul posilum, nec in cœlo situm , sed juxtà te es!

d'un tyran, mais du meilleur maître , et du plus doux père qui futjamaist qui ne nous met pas notre bûcher sur les épaules, comme autrefois Abraham fit perler à son fils unique le bois et le feu qui devaient le consumer : mais qui a porté sa croix devant nous, et qui nous aide encore à porter la nôtre. Il a porté sur ses épaules le fardeaudeson empire, dit le prophète Isaïe(l); c'est-à dire, comme l'explique la paraphrase chaldaïque, il s'est soumis lui-même à sa loi , il ne nous commande rien qu'il n'ait fait lui-même tout le premier. Quelle difficulté, pour grande qu'elle soit, ne doit paraître légère à la vue d'un tel exemple? Saint Clément ayant été envoyé en exil par le commandement de l'empereur Trajan , trouva dans l'île, où il avait été relégué , deux mille chrétiens qui vivaient ensemble, et souffraient ; leur bannissement avec joie pour la défense de leur foi ; ce qui le consola tellement!, qu'il ne pouvait assez priser le bonheur qui lui était arrivé , sYslimant indigne de participer à leur couronne, aussi bien qu'à leurs souffrances (2) . Qui ne s'estimera donc trop heureux de porter le joug de l'amour divin en la compagnie de tant de saints qui suivent Jésus-Christ, et qui courent avec allégresse à l'odeur de ses parfums ? 0 que [son exemple nous devrait donner de courage ! vu principalement , comme nous avons dit, qu'il ne se contente pas de porter son joug , qui est si pesant, mais il nous aide encore à porter le nôtre parle moyen de sa grâce (3). Je ne porte pas tout seul le joug de mon maître , dit l'Apôtre , sa grâce travaille avec moi : grâce si puissante, qu'avec elle rien ne m'est impossible ; grâce si douce , que je ne sens

Kimo valdè in ore luo , et in corde tuo, ut facias illum. Veut. (f) Factus est priacipatus super humerum ejus. Is. c. 2.

(2) Non raeis meritis misit me Dominus vestrue corons parti* cipem fieri.

(3) Mon ego, sed gratis Dei mecum. 1. Cor. 16.

LECTURES SPIRITUELLES. 40b

point mon fardeau , ou, si j'en ressens la pesanteur , j'aime la peine que j'endure , ma joie est de souffrir pour un si bon père ; si mes travaux sont grands , ma consolation ne l'est pas moins (1). De là vient que le joug du Fils de Dieu n'est pas tant une charge qu'un soulagement , une décharge, une faveur particulière : c'est un soulagement , parce qu'il est accompagné d'amour , qui fait que la loi divine nous devient facile et agréable (2); c'est une décharge, car il nous délivre de la tyrannie du monde et du diable, dont le jou^ est insupportable (3). C'est une faveur particulière, parce qu'outre le plaisir qu'il y a de servir un prince si débonnaire , il y a de l'honneur et du profit. La servitude que nous lui vouons, dit saint Chrysologue , ne nous lie pas , mais plutôt elle nous dégage : elle ne nous est point pénible , mais honorable : elle ne nous laisse pas une tache d'infamie, mas elle l'efface (4). Elle est aux enfants de Dieu ce que les ailes sont aux oiseaux; elle élevejusqu'au ciel ceux qui la portent sur la terre. Cette seule considération serait capable d'adoucir toutes les souffrances de la vie, si nous avions, comme dit saint Paul ,les yeux du cœur ouverts pour connaître quelle est l'espérance de notre vocation, et quelles les richesses de la gloire, qui fait le partage des saints et des serviteurs de Jésus-Christ (5). Alexandre voyant

(1) Sicut abundant pass'on^s Christi in nobis , ità et perChristum abundat consolatio nosira. 2. Cor. 1.

(2) In eo enim quod amalur , aut non laboratur, aut labof amatur, $ Aug de sanctâ virginit.

(3) Jugum illius jugum ferrcum est, et vinculum illius vinculurrt œneum est. Eccli.28.

,4) Iliec servitus non obligat, sed absolvit ; non onerat, sed honorât : abstetgit ieîvitutisibaculàmf non inurit. S. Chrysol. serm*

(5) Huec sarcina qu;e esse pulatur, non est pondus onerati,sed àlae volaluri. Habent enim ei aves peunarum sarcinas; portant illas in terra, portantur ab illis in cœlo. S. Aug, serrri* 32. d< verbis Aposloli-

un jour un de ses gens chargé d'un sac d'or et d'argent fort pesant, qu'il portait avec beaucoup de fatigue dans le trésor de son épargne , le lui donna en pur don , et lui commanda de le porter en sa propre maison. Ce commandement ne lui devait-il pas être bien doux, et son fardeau bien aimable, puisqu'il lui était si utile et si avantageux? Telle est la loi de Jésus- Christ, tel le joug qu'il nous impose. C'est un trésor où tous les biens du ciel sont enfermés ; et quand il nous commande de le porter, ce n'est pas pour son profit, c'est pour le nôtre (1), Les pécheurs regardent le service qu'ils lui doivent, comme un joug qui leur paraît fort dur Ot fort pesant. C'est pourquoi ils tâchent de s'en défaire ; mais le chrétien vertueux le regarde comme une couronne précieuse, qui ne lui pèse point sur la tête , parce qu'il n'est chargé que d'or et de joyaux , dont il connaît la valeur. Jugez si nous n'avons pas sujet d'aimer un maître si débonnaire, qui est si facile à servir, et si libéral à récompenser.

m. considérât: o

Mais s'il est aimable par la douceur qu'il fait paraître dans sa personne, il ne l'est pas moins par celle qu'il nous inspire. Les rois de la terre peuvent avoir de la douceur, mais ils ne la peuvent donner à leurs sujets. II n'y a que le Fils de Dieu, dont l'esprit est si doux, qu'il change les peuples les plus inhumains, et de loups en fait des agneaux. C'est pourquoi il fit publier la paix dès sanais?:nce, et depuis il la donna à

(0 Leges tùm juga sunt sub quibus raali arant, tùm al» guibus boni volitant, et libero cœlo fruuntur. Aurelius Imperator, >d uxorem. Eph. l. Deus Doraini nostri Jesu Christi pater giori» det vobis spiritum sapientiœ et revelationis in agnitionem ejqis , illuminatos oculos cordis vestri, ut scialis quœ sit spes vocahonis ejus et qu» divitiœ glori» haereditatis sanctorum.

son Église après sa mort, pour nous apprendre que son sang ne devait pas seulement adoucir la colère de son Père* mais encore la dureté du cœur des hommes, et qu'il était venu pour accomplir la promesse qu'il avait faite à ses élus, de leur ôter ce cœur de pierre, que le péché avait endurci, et leur donuer un cœur de chair capable de recevoir la loi d'amour avec la douceur de son Esprit. 0 débonnaire Sauveur, que vous êtes bon à ceux qui vous servent! et que celui-là est aveugle, qui craint de s'assujétir à voire empire! 0 Seigneur, faites-moi sentir les effets d<3 votre douceur, afin que je vous aime : faites que j'aime la douceur de votre Esprit , afin que ie l'imite.

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