I. CONSIDÉRATION
pRBMiÈRiMENT, sï vous considérez comme il entre dans le cœur humain, et les adresses dont il se sert pour le disposer à se rendre et lui ouvrir la porte, il ne peut rien se dire de plus doux ni de plus aimable. Car, au lieu que l'âme qui est morte à la grâce, devrait le rechercher comme l'unique source de la vie (1), c'est lui-même qui se présente à elle, et qui lui dit, comme autrefois à Zachée: Descendez promp-
(l)Quoniam apud te est fons vil».
tcment; car je veux aujourd'hui loger chez vous (1). il ne se contente pas de s'inviter, sachant le bien qu'il veut lui faire, comme dit Ambroise (2), il la flatte doucement, et lui fait cent caresses amoureuses pour l'attendrir, et l'exciter aux larmes d'une amoureuse componction, telle que saint Augustin la demandait à Dieu dans ses Méditations : «0 Seigneur, je vous sup- » plie par vos très douces larmes, et par toutes les » miséricordes l /ec lesquelles vous avez daigné nous » secourir dans l'extrémité de nos misères , de m'ac- » corder le don des larmes , que mon âme désire ar- » demment; parce que je ne le puis obtenir que par » voire grâce et par le mouvement du Saint-Esprit, » qui ramollit le cœur endurci des pécheurs, et le » porte aux pleurs d'une sainte componction, qui » naît de la douceur ineffable de votre amour (3). » Que si les caresses ne suffisent pas , il frappe à la porte par une aimable rigueur , il afflige le pécheur , ,H lui ôle les biens, les plaisirs de la vie, la santé, l'honneur ; mais ce n'est que pour le faire rentrer en son devoir , et l'obliger à se défaire du péché , qui est la source de son malheur; c'est une colère d'ami), c'est une colère d'un père miséricordieux , qui se fâche contre son fils pour le tirer du péril où il se jette, qui le menace pour lui pardonner , qui lui ôte les biens pour les lui rendre avec usure , qui le Hvr* nn»r le délivrer , qui le ruine pour rétablir , qui le rejette pour le recevoir, qui fait voir qu'il doit espérer de lui , quand il sera apaisé, puisqu'il est si débonnaire dans le fort de son indignation et de son courroux (4). Au reste, après tous les efforts que sa miséricorde fait pour
(1) Festinans descende, quia hodiè in domo tuà oportet ma manere. Luc. 19.5.
(2) Sciens uberem hospilii sui esse mercedem. 5. Ambv. I. S in Lucam,propé fînem.
(3) S. Au g ait, lib. Médit, c. 36.
(4) Ira trmericors, quœ sic irascilur, ul subveniat ; sic minalur
MOBBT. IEUV. XIX, 18
410 l'homme d'ora-ison.
trouver entrée dans le cœur de l'homme, jamais îî n'y met le pied que de son consentement (1). Il est toujours prêt à y venir, mais il ne veut point user de force; comme il n'y vient que par amour, il n'y veuf être reçu que par amour. Il est semblable au soleil , dont les rayons entrent partout où ils trouvent la moindre ouverture; mais ils ne rompent rien, et ne font point de violence. Si vous lui fermez votre cœur, vous vous privez vous-même de la clarté de sa lumière ; si vous l'ouvrez , il l'éclairera aussitôt , et y portera le calme , la paix et la joie du Saint-Esprit , çui surpasse toutes les délices des sens. Car, comme dit Richard de Saint-Victor (2) , son esprit, plus doux que le miel , entre dans l'âme , et l'enivre tellement de sa douceur , qu'on peut dire d'elle ce qui est dit de l'Époux, qu'elle a le lait et le miel sur la langue , et que ses lèvres sont comme un rayon de miel , d'où découle sans cesse une douceur toute céleste et toute divine (3)