II. CONSIDÉRATION
Secondement, après qu'il est entré dans le cœur, il y demeure et il y vit avec le même esprit qu'il y est venu. Sa manière de régner est admirable pour sa douceur, vu qu'il ne règne que par amour. Cette sorte d'empire lui plaît sur tous les autres , qui le met
ut parcatjsic aufert, ut restituât; sic tradit , ut eripiat ; sic dtstruit, ut muniat, sic abjicit ut recipiat. Berengof. Abbas, serin, in Nat. Marty.
(1) Intelligimus qualis benignilatis dominicse sit sanitas, cujus indignationis talis est medicina, aut quemadmodùm placatis prodest, qui ità miseretur iratus. S. Amb. serm. 8 — Vult S'.-mper inlrare, sed nen vult imporlunus irruere. S. Ambr.
(2) Rie h. à S. Fie t. in grad. viol, charit.
(3) Favus distillans labia tua, sponsa ; mel et lac sub linguà tuâ.— In primo ilaquegradu spintus ille super mel dulcis intrat ad .-inimam, et dulcedine suâ inebriat eam, in tanlùm ut habeat mel et. lac mbiiugua.su:!, et fiant favus distillans labiasua.
parla charité en possession de son domaine. Voilà de quelle manière l'esprit de Jésus exerce son empire sur le nôtre; c'est à savoir , en nous possédant par amour, dont l'àme s'occupe tellement qu'elle se quitte soi-même pour être tout à son Époux , avec lequel elle devient un même esprit; elle le passionne, elle le désire, elle tend à lui de toutes ses forces , elle le chérit et le serre dans son sein, elle lui ouvre et lui épanche son cœur, et ne craint rien que de le perdre (1). Ce qui est encore plus merveilleux dans la douceur de ce règne, c'est que l'amour étant réciproque, la possession Test aussi; l'âme est à Dieu , Dieu est à Pâme. Ce n'est point témérité de prétendre à ce bonheur, c'est un juste désir, c'est la douceur de l'espérance chrétienne, dit saint Augustin : Que l'amené craigne point de dire : Fous êtes mon Dieu ; elle le peut dire avec confiance, à celui qui lui dit réciproquement : Je sais ton salut. Qu'elle n'appréhende point de lui faire injure en le disant; tant s'en faut, elle l'offensera, si elle ne ledit point(2). Ajoutez à cela que cette double possession ne tend qu'à rendre l'âme bienheureuse. S'il nous possède , et si nous le possédons, l'un et l'autre est pour notre bien; car nous le possédons pour être heureux (3), mais ce n'est pas pour être heureux qu'il nous possède : notre seule
(1) Ecce quomodô régnât Christus in nobis, <lùm amore nos possidet, quo anima eô usque possidetur, ut deficiat à seipsâ,e\ lola tîat Sponsi , cum quo unus spiritus cfficitur; illum conçupiscit, illum desiderat, in illum totis intendit viribus, illum gre* mio mentis fovet, illi se aperit et effundit, et hoc solùra veretur n*e illum possit amittere. Aquaviva^ in Ps. 44. 5.
(2) Non estista temerilas, affectus est desiderii, el dulcedo spei. Dicat anîma, omnino secura dicat : Deus meus es tu ; qui dicit ai:, nue nostrae : Salus tua egosum. Dicat secura, dicat : non faciet injuriam, cum hoc dixerit ; imo faciet, si non dixerit. In Ps.3'2. Concil. 2.
(3) Possidet, et possidetur, et totum propter nos. Ut enim ex illo beali simus, possidetur à nobis; ut autem ille bealus sit, non posside
béatitude est le fruit qu'il prétend 9 soit en se don* nant à nous, soit en prenant possession de nous (1). Heureuse la nation qui a Dieu pour son partage! heureux le peuple que Dieu choisit pour son domaine (2)! Heureuse nation, qui possède un tel héritage! heureux héritage, qui a un tel possesseur (3). Voyez-vous comme l'âme chrétienne est doublement heureuse , et parce qu'elle esta Dieu , et parce que Dieu est à elle : parce qu'il n'esta elle que pour lui faire du bien, et elle n'est à lui que pour en recevoir. Si elle est dans l'obscurité, c'est sa lumière; si elle souffre, c'est sa force et son appui; si elle pleure, c'est sa consolation; si elle pèche, c'est son remède et son salut. 0 Seigneur, que votre esprit est doux en toutes choses, jusque dans la correction que vous faites à ceux qui vous offensent! Car vous leur ouvrez les yeux peu à peu pour reconnaître leur faute, vous parlez intérieurement, et vous les avertissez quand ils s'égarent, afin qu'ils se séparent du vice, et qu'ils suivent vos inspirations avec plus de fidélité (3). Il faut bien dire que cette douceur du Fils de Dieu est extrême , vu la multitude des imperfections où tombent tous les jours ceux qu'il aime le plus; et néanmoins il ne cesse de les combler de ses grâces, souffrant leurs infirmités, oubliant leurs irrévérences et leurs mépris, sans en venir au divorce et à la rupture, qu'à l'extrémité, quand il est contraint de céder la place a son ennemi capital, qui est le péché mortel.
nos : et possidet nos, et possidetur à nobis, non oh aliud , nisi ut nosbeali simus. In Ps. 32, concil, 2.
(2) Beata gens cujus est Dominus Deuô ejus, popuhis quem elegit in haereditalem sibi. Ibid»
(3) Beata gens possessione suâ, bcala hœreditas possessore suo.
(4) 0 quàm bonus et suavis est, Domine, Spiritus Unis inom. nibus ! ideôque eos qui exerrant parlibus conipis, et de quibus peccant admoues etalloquens, ut reliclâ malilià credaut iû te Domine. Sap. 12.